Note : Ce qui m’a pris le plus de temps pour écrire cet article, c’est de me décider sur son titre.
Après de multiples réflexions, je me suis arrêté sur Heureux les simples d’esprit, tel qu’utilisé dans la chanson de Sinsémilia, et non pas tel que rapporté par Matthieu.


En 2013, j’indiquais ici-même comment j’avais décidé d’arrêter de suivre l’actualité pour prendre de soin de ma santé mentale.
Depuis, je m’y suis tenu… autant que possible.

La réalité, c’est que cela reste difficile.
Ne pas les lire les journaux, ne pas regarder les journaux télévisés, ne pas écouter les radios d’actualité… Facile.
Échapper à des irruptions d’évènements dans les flux des réseaux sociaux… Plus compliqué.
Ne pas être éclaboussé par la volonté de proches, de collègues… de discuter d’évènements… Impossible !

Au fil du temps, j’ai clôturé la plupart de mes comptes sur les réseaux sociaux.
J’évite autant que possible de discuter de ce genre de choses avec les gens.

Mais, malgré tout, ça arrive à passer.
Par exemple sur YouTube, j’ai toujours des vidéos en lien avec l’actualité qui me sont suggérées.
Forcément, j’ai du mal à résister à l’envie de cliquer.
Et même si j’arrive à tenir, la miniature et le titre auront quand même réussi à faire parvenir des informations dans mon esprit.

Résultat, sur l’année écoulée, j’ai eu tendance à me laisser happer par tout ça.

Pour ne rien arranger à la situation, de manière bien plus proche, différents évènements ont participé à ajouter un lourd poids sur mon moral.

Au printemps, la MEL a installé des Points d’Apport Volontaire (PAV) pour biodéchets.
J’étais initialement ravi par cette initiative !
Comme je cuisine 95% de mes repas, le gros de mes ordures ménagères est en réalité des déchets alimentaires, qui pourraient être réutilisés de manière plus intéressante qu’en les brûlant.
Malheureusement, j’ai rapidement constaté que ce genre de système ne fonctionne que si l’ensemble des citoyens fait preuve d’un minimum de réflexion.
Semaines après semaines, je constatais que les PAV étaient à moitié remplis de sacs d’ordures ménagères, de déchets aussi divers que des cannettes de bière, des sacs de restauration à emporter, de vêtements…
J’avais l’air bien ridicule, à venir déposer mes épluchures de carottes.
D’autant plus que cette démarche était contraignante : je devais placer ces déchets dans un contenant dédié, à côté de ma poubelle principale, puis, au moins une fois par semaine, faire les 200m jusqu’au PAV avec mon seau, le vider aussi bien que possible, avant de m’en retourner chez moi.
À quoi bon faire cela si c’est pour finir mélangés à un vieux jeans ?

Puis, il y a eu ce collègue à côté duquel je me suis retrouvé pendant trois mois.
70km dans son Picasso HDi pour venir au bureau.
Trois cafés, une bouteille de Cristalline et une boîte de viennoiseries pour passer la matinée.
Midi, direction la Belgique (~20km) pour aller déjeuner, ou alors un sac à emporter dans un fastfood.
Trois cafés, une bouteille de Cristalline et un paquet de gateaux pour passer l’après-midi.
70km dans son Picasso HDi pour rentrer chez lui.

J’ai conscience que ce paragraphe peut apparaître comme un jugement direct de l’individu, et ça l’est sûrement un peu.
C’est simplement ce que j’ai observé.
À un tel rythme, chaque soir sa poubelle personnelle de 10L était pleine.
C’est au fur et à mesure que j’ai noté ces habitudes, et plus ça allait, plus ça me semblait irréel.
On est totalement dans l’anecdote.
L’objectif n’est pas de montrer du doigt cet individu en particulier.
D’autant plus que, pour avoir beaucoup échangé avec lui, ce n’est pas du tout le genre de personne qui se comporte de la sorte par provocation.
La réalité, c’est qu’il n’a absolument aucune conscience de l’impact de ses actions.
À l’inverse, il prend le plus grand soin à éteindre son écran dès qu’il s’absentait de son poste de travail pour ne pas trop consommer de courant !!!

J’ai plein d’anecdotes de ce style sur des choses que j’ai pu vivre ou observer pendant l’année.

Dans toutes les démarches que j’ai pu entreprendre, je n’ai jamais prétendu sauver le monde, et j’ai toujours eu conscience que c’était une minuscule goutte d’eau distillée dans un océan d’eau polluée.
Cependant, ça me permettait de trouver une sorte d’équilibre, de me dire qu’à défaut de grands changements, je tâchais au moins de faire quelque-chose de bien, et que ça compensait, partiellement, les impacts négatifs de mes autres actions.

Pourtant, la réalité est là : se déplacer à vélo, c’est super, mais quand ton voisin de bureau se tape au moins 140 bornes en mazoutière, ça revient à pisser face au vent.
Et les biodéchets, est-ce qu’il vaut mieux les mettre dans un sac biodégradable pour les déposer sur le trajet du travail et ne pas salir le contenant, ou alors éviter le besoin de fabriquer ces sacs, les mettre directement dans un seau, faire un aller/retour dédié aux PAV pour vider le seau, puis devoir régulièrement nettoyer le seau pour éviter les odeurs et moisissures ?
Le genre de question qui crée une vraie charge mentale.
Alors que, pendant ce temps, le collègue, il s’éclate à écouter sa musique dans son Picasso climatisé, et il n’a pas à s’emmerder à laver sa tasse tous les jours, puisqu’il suffit de jeter son gobelet !

Finalement, n’est-ce pas lui qui a raison ?

Pour revenir à l’actualité plus globale, ce qui m’a vraiment fait basculer, ce sont les réactions qui ont suivi la mort de Jean-Marie Le Pen.
Voir des gens se réunir dans l’espace public pour célébrer, à la façon d’une victoire sportive, la mort d’un ancien homme politique, c’est un niveau d’inhumanité auquel je n’étais pas préparé.
Je n’arrive pas à imaginer le vide absolu que doit être la vie de ces personnes pour qu’elles décident de consacrer leur soirée à fêter la mort de celui qu’elles considèrent comme leur ennemi.
Il ne s’agit pas de personnes qui disent “youpi, il est mort le vieux facho !”, et reprennent le cours normal de leur existence, l’esprit léger pendant quelques heures.
Non !
Ce sont des personnes qui ont fait le chemin jusqu’à République, qui ont fait des pancartes, qui ont ramené le champagne… volontairement, pour célébrer la mort d’un autre être humain.
Car ici, c’est bien uniquement ce dont il s’agit : la mort d’un être humain.
On n’est pas devant la chute d’un régime politique suite à la mort de son leader, ce qui impliquerait une forme de libération de tout ou partie du peuple.
Non.
La mort de Jean-Marie Le Pen est totalement anecdotique dans la politique française.
Ses idées ne disparaîssent pas avec lui ; au contraire, puisque son héritage progresse à chaque élection et se rapproche toujours un peu plus de l’Élysée.
Quelle raison a donc pu pousser ces individus à agir de la sorte ?
Pour moi la réponse est simple : dans le monde politique moderne, il n’y a plus aucune notion de moralité.
L’objectif est de gagner contre ses adversaires, quoi qu’il en coûte.
Aucune notion d’intérêt général : c’est nous ou eux.
Tout cela étant confirmé directement par la porte-parole de La France Indigne, Mathilde Panot.
Avec cette mentalité dénuée de toute morale, le signal est clair : tout est permis.
Ça s’est déjà traduit par des actes de vandalisme sur la tombe de Jean-Marie Le Pen, mais surtout, comment cela va se traduire dans l’autre camp, maintenant qu’à gauche, ces comportements ont été approuvés ?
Il ne faudra pas venir jouer la carte de l’indignation quand des militants d’extrême droite organiseront des méchouis gaulois pour célébrer la mort d’un petit ange, abattu par la police.
Ce sera la juste réplique à ces apéros inhumains, dans ce combat d’indignes qu’est le monde politique moderne.

Face à tout ça, j’ai vu que je sombrais de plus en plus et que je me trouvais dans un état de stress et de désespoir constants.
Alors, j’avais le choix : continuer à souffrir mentalement, face aux actions des autres ; ou me concentrer sur mon épanouissement personnel.

Si j’écris ce post, c’est évidemment parce que j’ai choisi la seconde option.

Fuck everything but cats

Sur YouTube, à chaque fois qu’une vidéo trop générique m’est proposée, je signale à l’algorithme de ne plus me recommander cette chaîne.
Résultat, mon flux, c’est quasi-exclusivement du vélo, de la tech experte et… des chats, si jamais j’ai malgré tout besoin de m’apaiser la tête.
J’ai encore nettoyé mes flux RSS.
Lorsque l’on vient me parler d’un sujet problématique, je demande à ne pas poursuivre la conversation.
Je m’occupe l’esprit avec des choses qui m’intéressent et qui me permettent de progresser : faire du vélo, développer des compétences techniques…
Je m’échappe de tout ce qui est négatif pour me concentrer sur le positif.

Je continue mes petites actions du quotidien ; par contre, j’arrête complètement de réfléchir à l’impact de chacune de mes actions.
Mes épluchures de carottes ? Avec les ordures ménagères !
Il me prend l’envie de faire quelque-chose que je sais avoir de lourdes conséquences ? J’m’en bats les couilles frère !

Cela peut paraître égoïste, et ça l’est, ça ne fait aucun doute.
Cependant, il arrive à un moment où la réalité nous rattrape, et se détruire la santé pour… rien, littéralement ; c’est idiot.
Et, peut-être que j’ai le droit à un peu de bonheur.

Je ne sais pas si je vais réussir à complètement fermer les yeux, mais je vais chercher à me mettre les œillères les plus larges possibles.

Heureux celui qui lui ne comprend pas ce qui passe
Ne voit pas s’accumuler la crasse
[…]
Maudite cette lucidité qui chaque jour prend leurs places
Qui fait que la résignation peu à peu nous enlace
Que nos sourires chaque jour se transforment en grimace
Que grandissent nos angoisses
[Sinsémilia - Simple d’esprit]