JDMAI #60

Vikings (Saison 4) : J’avais décidé d’attendre la fin de la série pour déguster les trois dernières saisons d’une traite. Finalement ce ne sera pas nécessaire car je vais m’arrêter là.
Jusqu’à présent je trouvais que Vikings avait une identité, une esthétique, une vision, une ambiance, un esprit, des personnages… c’était une vraie série unique, vraiment plaisante et de qualité.
Si je devais résumer cette quatrième saison, je dirai que j’ai eu l’impression de regarder une émission de télé-réalité sur une famille de cas sociaux. Avec le père alcoolique/toxicomane, le premier fils qui part dans la droite lignée, puis ses frères encore plus ravagés, hideux/handicapés, tout le monde se met à avoir des comportements sans aucune logique, a s’exprimer comme des attardés, à s’insulter sans raison…
Même dans Trailer Park Boys ils ne vont pas aussi loin. Et en plus c’est drôle.
Là c’est inintéressant, déstructuré, absurde… Bref c’est nul.

Room 2806: The Accusation (Saison 1) : Pas hyper convaincu. En seulement quatre épisodes de 50 minutes, c’est nécessairement très peu creusé. Surtout, à l’époque, je me nourrissais encore énormément de l’actualité alors j’étais très au courant de l’affaire. Résultat je n’ai globalement rien appris de nouveau. La série a l’avantage de rester neutre, en laissant la parole aux femmes relatant leurs expériences malencontreuses (…) avec DSK et aux avocats et amis de ce dernier. Et de ce côté, si le discours des avocats américain est tout à fait à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre, celui de son avocat français et de ses amis français est tout simplement abject. A part une place en Enfer, je ne sais pas ce qu’ils espèrent gagner en tenant des propos d’une telle indécence.
A l’inverse, côté NYPD j’ai été particulièrement étonné de l’incroyable humanité dont font preuve Paul Browne et Michael Osgood qui ne se focalisent que sur la victime et la recherche de la justice.

A Perfect Crime (Saison 1) : Exactement le même format que le docu/série précédent et pourtant j’ai bien plus apprécié. Peut-être car cela s’intéresse à une période plus lointaine que je ne connaissais pour ainsi dire pas du tout ? Peut-être parce que c’est bien mieux documenté ? Peut-être parce que c’est bien mieux scénarisé ? Quoi qu’il en soit c’est passé incroyablement rapidement. Très bien.

Murder Mountain (Saison 1) : D’après le titre, je m’attendais à une mauvaise télé-réalité sur des cas-sociaux sur-armés comme on peut en voir en permanence sur la TNT. J’ai donc été très agréable surpris. Certes il y a son lot d’histoires abracadabrantes impliquant des simples d’esprit ayant la gâchette facile. Dont en partie celle qui sert de fil rouge. Mais autour de ça, la série creuse des sujets bien plus vastes comme l’histoire de cette région avec les hippies venus s’y installer en marge de la société, puis les conséquences désastreuses de la politique autoritaire de Nixon et sa War on Drugs et enfin la révolution attendue suite à la récente légalisation de la culture du cannabis. Tout en s’intéressant aux personnes qui y vivent. Au final une histoire très pertinente dont des dizaines de leçons, comme de balles, peuvent être tirées.

The Ripper (Saison 1) : On dépasse encore un niveau en terme de documentation, c’est tout simplement impressionnant la quantité d’éléments d’époque qu’ils ont réussi à réunir dans ces quatre épisodes. Narration et montage au cordeau; très bon. Et pour une histoire dont je ne connaissais rien, c’était passionnant.

Posté le 1 janvier 2021 par Jacques Danielle

Maîtres des briques

N’ayant pas pris la peine de brancher le décodeur TV fourni avec mon nouvel équipement Orange reçu en 2018, techniquement je suis un de ces je ne regarde pas la télé. Pour autant j’ai un compte Molotov, surtout pour suivre des évènements sportifs.
Tout ça pour dire que ce qui y est diffusé m’est totalement étranger et les rares fois où je zappe, je constate que je ne manque rien.
Jusqu’au mercredi 23 décembre.

Là où j’ai passé mes vacances de fin d’année il est de coutume de passer quelques soirées devant la télé. Et c’est ainsi que nous sommes tombés par hasard sur le tout nouveau programme de la chaîne M6 : Lego MASTERS.

Le concept suit un peu la même logique que les émissions vues et revues de cuisine comme Top Chef, Le Meilleur Pâtissier… Des anonymes viennent participer à une compétition où ils doivent réaliser des épreuves selon des thèmes imposés avant d’être jugés par un jury d’experts qui décide chaque semaine qui part, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.
Mais cette fois, point de blanquette de veau ou de macarons, mais des constructions à base de Lego.

Des adultes qui jouent aux Lego à la télé ? Ça peut sembler très étonnant au premier abord. Et puis on se retrouve deux heures plus tard, complètement passionné par le déroulé de l’émission.

De la constitution des binômes à la réalisation, en passant par le contenu des épreuves et la qualité du plateau de tournage, tout est maîtrisé pour que le téléspectateur se prenne au jeu et ça marche. A tel point que je n’ai pu résister à regarder la seconde partie, bien que rentré chez moi entre temps. Et pour cause, le contenu était encore supérieur à celui du 23/12 !

Initialement c’est une série lancée en 2017 au Royaume-Uni, avant d’être abandonnée. Puis relancée début 2020 aux États-Unis avant d’autres pays.
Vraisemblablement certaines épreuves sont reproduites d’une nation à l’autre, ce qui explique selon moi que certains participants français semblaient tout à fait préparés, en particulier sur l’épreuve du pont.

D’une manière générale, tout ce qu’ils arrivent à produire dépasse de loin ce que le joueur moyen est capable de faire, peu importe la quantité et la diversité de pièces à sa disposition. Il faut dire que le temps qui leur est accordé n’est pas négligeable non plus. Avec respectivement quinze et onze heures, pour les deux premières épreuves.

Le seul point noir à mes yeux, en dehors des coupures pub aux moments cruciaux évidemment, vient des PNJ :

J’imagine qu’il est moins aisé de trouver des experts Lego que de grands cuisiniers reconnus, mais là ça donne vraiment l’impression d’une imposture. Il aurait mieux valu prendre un panel de jurés anonymes pour décider du sort des candidats. Au moins il n’y aurait pas eu cette espèce de jalousie constante. Et en plus les deux ont autant de charisme qu’une figurine Lego sans tête.

En dehors de cela c’est vraiment génial. Ça se regarde sur M6 le mardi soir à partir de 21h, ou en replay ici.

Posté le 31 décembre 2020 par Jacques Danielle

JDMAI #59

Bernard Werber – Demain les chats : Nouvelle tentative de fiction en livre audio français. Nouvel échec. Mais clairement ici c’est l’histoire. J’avais adoré Les Fourmis. J’adore les chats. Alors ça me semblait parfait ? Hélas non. Je n’arrive absolument pas à comprendre les choix faits concernant le vocabulaire du chat. S’il connaît « drapeau« , « poisson rouge » et « carpe« , il ne sait pas ce qu’est un fusil « bâton qui fait de la lumière au bout » et un écran de télévision « monolithe lumineux« . Résultat les dialogues sont dignes d’une histoire pour enfant. C’est tout à fait ennuyant. Et j’ai complètement lâché l’affaire lorsque la narratrice, une chatte donc, demande à un jeune mâle de la saillir « pour passer le temps » avant de décrire avec précisions ce qu’elle ressent lorsqu’il la pénètre. What the fuck am I reading ?

Engrenages (Saison 8) : La fin d’une longue histoire. Huit saisons. Quinze années écoulées… La série a su évoluer au fil du temps, s’adapter à l’actualité pour rester pertinente tout en conservant son identité. Cette dernière saison commence plutôt mal avec une intrigue très brouillonne et un choix de présenter le pire de Paris. Puis ça s’améliore grandement, épisode après épisode. Avec un final moitié génial, moitié chiant. Avant de conclure proprement. Merci pour cette aventure Laure et Gillou !

The Queen’s Gambit (Saison 1, Épisode 1) : L’orpheline enfant prodige blablabla… Nope.

Unsolved Mysteries (Saison 1) : Bien que très inégale d’un épisode à l’autre, majoritairement captivante. Le principe est simple mais la mise en œuvre fait qu’on se prend au jeu d’essayer de se trouver des théories pour expliquer ce qu’il s’est passé. Et certaines affaires sont vraiment dingues.
Il-y-a même un épisode consacré à l’affaire Dupont de Ligonnès qui m’a appris pas mal de choses car je ne m’y étais tout simplement pas intéressé jusqu’à présent. Par contre étrangement le montage des interviews est plus que mauvais car les discours semblent hachés en permanence, difficiles à suivre.
A côté de ça, deux épisodes qui n’ont pour moi strictement rien à faire là. L’un sur un UFO ayant été vu par plusieurs témoins avec enlèvement et compagnie. L’autre sur des fantômes vus par les survivants du tsunami de mars 2011 au Japon. Je suis allé au bout de premier car je pensais qu’il y aurait un twist (spoiler : non) et j’ai rapidement arrêté le second puisqu’il suffit de voir les images du tsunami en début d’épisode pour comprendre que des gens ayant vécu un tel traumatisme peuvent perdre contact avec la réalité et imaginer des choses surnaturelles.
Étrange ce choix de les inclure.
Et en écrivant ces lignes j’ai découvert qu’en plus c’est un reboot Netflix d’une série de 1987 avec… 16 saisons; quelle joie !

Ted Lasso (Saison 1) : Tout indiquait que c’était un feel-good show un peu niais combiné à l’esprit très puritain d’Apple. Mais quelques personnes de bon conseil me l’ont recommandé alors j’ai tenté.
Est-ce le contexte de 2020 qui fait que j’avais besoin de ça ? Est-ce simplement une production de qualité ? Trop de sentiments pour trancher. Mais je n’ai pas réussi à m’arrêter et ai enchaîné les dix épisodes d’une traite. Excellente surprise.
Jusqu’à présent je dois avouer que le contenu Apple TV+ s’avère bien moins propret que ce que je craignais. Bonne nouvelle.

Upload (Saison 1) : Le pitch, basé sur le meilleur épisode de Black Mirror c’est à dire San Junipero, est attirant car je voulais voir l’idée développée. A ça on ajoute une ambiance façon The Good Place ? Pourquoi pas… Mais attention, ça semble un peu trop bien-pensant et niais votre histoire…
Quoi ?! C’est déjà fini ?!
Alors oui, il-y-a plein de petits détails qui rendent la série imparfaite. Certes. Mais ça ne la rend que meilleure, ne pas trop se prendre au sérieux, car pour le reste c’est tout simplement génial. On s’attache fortement aux personnages principaux, c’est truffé de références comiques, technologiques ou non, sans en avoir l’air ça amène une réflexion profonde sur la société, notre lien à la technologie et les relations entre humains, le réel et notre planète, c’est fluide, bien construit, je pourrais regarder vingt-cinq saisons comme celle-ci sans m’arrêter et ce final incroyable qui ouvre la porte d’une infinité de possibilités pour la suite.
VITE ! ENCORE ! ENCORE !!!!!

Le Bureau des Légendes (Saison 5) : Une nouvelle série Canal+ de qualité qui se termine. Excellente saison encore une fois. Les intrigues nombreuses, les personnages creusés multiples, tout semble posé et réfléchi. Vraiment très bien. Dommage quand même pour la fin trop prévisible que l’on voit venir dès l’avant-dernier épisode.

Veep (Saison 4) : Partagé. D’un côté c’est très drôle et bien senti. De l’autre j’ai du mal à enchaîner plusieurs épisodes malgré le format court. Et malheureusement beaucoup du comique réside dans l’enchaînement des gags sur les épisodes. Et en laissant s’écouler plusieurs/jours semaine entre deux épisodes, je rate une bonne partie du contenu. Le contexte politique américain ayant également bien changé, ça semble dépassé. A voir comment ils ont réussi à évoluer pour s’encrer dans le réel par la suite.

Ricky Gervais : Humanity : Excellent, du Gervais, rien à dire. Si ce n’est que j’en avais tellement vu d’extraits que je connaissais au moins la moitié du spectacle qui m’a paru bien court forcément. Dommage.

The Good Place (Saison 3) : Drôle, simple, joyeux. Ça évolue pas trop mal. C’est oui.

The Crown (Saison 4) : C’est toujours un travail d’une grande qualité, avec des performances incroyables de la part des principaux acteurs. La saison nous livre son lot d’anecdotes et d’histoires si particulières et creuse avec la même rigueur les sentiments de la famille. Et c’est peut-être en s’attardant un peu trop sur le Prince Charles et son attitude insupportable que la série devient lassante au cours de certains épisodes. J’ai par ailleurs été étonné de réaliser que j’étais parfaitement au courant de certains faits. Pourquoi ? Comment ? Bonne question ! J’ai cependant hâte de voir la cinquième saison puisqu’elle s’attaquera aux années 90, une période à laquelle je pourrais plus facilement me rattacher que précédemment.

Posté le 1 décembre 2020 par Jacques Danielle

JDMAI #58

The Deuce (Saison 3) : Réellement chiant en majorité. C’est beau, très bien fait, mais l’histoire d’une majorité de personnages ne m’intéresse tout simplement pas. Les deux derniers épisodes m’ont un peu plus distrait que le reste. Bon. C’est fini. Ça ressemble plus à de la grosse nostalgie de la part des auteurs que d’un souhait de raconter des histoires marquantes.

Narvalo (Saison 1, Épisode 1) : La nouvelle création de Matthieu Longatte, aka Bonjour tristesse sur YouTube. J’étais fan de son travail, en particulier sur la forme et majoritairement sur le fond. Puis en début d’année, avant que tout ne parte en sucette, j’ai assisté à son spectacle, plein d’enthousiasme. Malheureusement c’était la douche froide car contrairement à ce que j’espérais, dans son spectacle il n’élargit absolument pas son spectre et continue en boucle sur les politiques, les anecdotes de jeunes de banlieue, les injustices fictives ou réelles… le tout en mode Jamel Comedy Club c’est à dire qu’il fait rire pour pas cher, en se basant sur le fait que son public est du même milieu que lui, sans jamais creuser ou prendre de recul. Sur des vidéos de quelques minutes en mode énervé c’est drôle. Sur un spectacle complet c’est navrant. De plus, plusieurs de ses anecdotes tournaient autour d’histoires impliquant des comportements inadaptés au volant d’une automobile (conduite sans permis, en état d’ivresse, sous l’influence de stupéfiants…). C’est peut-être le fait d’avoir été renversé à plusieurs reprises ou d’être régulièrement victime d’automobilistes irresponsables, mais l’insécurité routière ce n’est pas un sujet que je prend à la légère. Alors forcément ça m’a laissé un goût amer supplémentaire. Et puis la semaine dernière j’ai vu qu’il avait liké ce tweet incitant les automobilistes à s’en prendre directement à l’intégrité physique des zouaves que sont les cyclistes. Pour quelqu’un qui prône le respect et la tolérance envers les minorités, cela semble être trop compliqué à comprendre pour lui que ça ne devrait pas se limiter aux noirs et aux arabes. J’ai alors décidé d’attendre avant de regarder Narvalo, pour ne pas y aller avec un apriori négatif. Je m’y suis d’ailleurs tenu pendant tout l’épisode. Mais forcément quand l’histoire racontée est celle d’un délinquant qui circule sans permis, sous l’influence de stupéfiants, en état d’ivresse, qui ment aux forces de l’ordre, est plusieurs fois condamné et continue malgré tout à circuler au volant de sa voiture, sous prétexte que le système est injuste, non. Simplement non. Et même si le sujet avait été autre, tout montre qu’il nous ressort encore une fois ses anecdotes de jeunes de banlieue, sans aucune réflexion. Je ne peux être le public ciblé par ce contenu alors inutile de persister. Mais tout cela confirme qu’il est temps pour moi de m’adonner à la cancel culture à mon niveau et de bannir cet artiste de mon répertoire. Si ça plaît à d’autres, tant mieux. Aucun doute que ça soit le cas. Mais ce n’est pas pour moi.

The Sinner (Saison 2) : J’en gardais un mauvais souvenir malgré une critique très positive. Et la tête du gamin sur l’affiche de la deuxième saison m’effrayait plus qu’autre chose. C’est donc une bonne surprise d’avoir totalement apprécié ces huit épisodes.

Romain Gary – La Promesse de l’aube : Ça a le mérite de se lire facilement. Pour le reste, je suis relativement partagé car si on peut y lire l’histoire d’un amour maternel incroyable et d’une mère et de son fils déterminés à s’en sortir, on peut aussi y lire les aventures de deux individus égocentriques qui n’hésitent pas à faire primer leurs intérêts sur ceux de personnes plus juste et honnêtes et sur l’intérêt général. A côté de cela, l’auteur fait preuve d’une chance inouïe qui permet de nourrir une bonne partie du récit. Partagé.

The Staircase (Saison 1) : Voir critique complète.

La Révolution (Saison 1, Épisode 1) : Dès le début ils annoncent la couleur. Ce n’est pas une série historique, elle n’a pas vocation à être fidèle. C’est donc une pure fiction fantastique se déroulant en France, à l’époque de la révolution de 1789. Ça me va. Le problème c’est tout le reste. Le côté ultra stylisé. L’étrange mélange entre comtesse et femme du peuple. La majorité des acteurs qui donnent aux personnages principaux des traits d’adolescents. L’intrigue. Bref, c’est chiant, pas prenant et pas crédible.

Utopia (AU) (Saison 2) : Toujours un nom de merde. A côté la série s’est améliorée, à tel point qu’il est difficile de respirer tant les situations comiques s’enchaînent avec brio. Vraiment bien.

O Mecanismo (Saison 2, Épisodes 1/2/3/4/5) : C’est devenu trop chiant, j’ai essayé de tenir mais non. Le drama inutile qui prend de plus en plus de place et qui manque de crédibilité vient tout gâcher. Dommage.

Cheers (Saison 4) : Enfin de bonnes évolutions, ça bouge, c’est souvent drôle. Bien ! Par contre Diane est vraiment absolument insupportable. Il n’y a strictement rien à sauver dans ce personnage.

#Playlist

AaRON – ULTRARÊVE : Le clip est ce qu’il est. On aime ou on n’aime pas. Et le rapprochement avec la performance de Christopher Walken pour Weapon of Choice de Fatboy Slim est inévitable. La musique est incroyable. Calme et énergique en même temps.

Posté le 1 novembre 2020 par Jacques Danielle

The Staircase

Commençons par souligner que même si elle concerne une affaire judiciaire américaine, cette série documentaire est française. Réalisée par Jean-Xavier de Lestrade, elle a été produite en majorité par Canal+ avant d’être acquise par Netflix qui finança les trois derniers épisodes. En partie financée par le CNC elle ne sera disponible sur Netflix France qu’en décembre 2022 puisque Canal+ profite de son exclusivité, et de nos impôts, pendant quelques années pour ne la diffuser en France que sur sa propre plateforme. Ce qui explique sa très faible popularité ici.
Nous avons donc des créateurs de qualité, mais nous subissons la bêtise des financiers qui empêche la diffusion large de leurs œuvres au public. Privilège de l’exception culturelle française ? Avec en plus un nom français, Soupçons, absolument catastrophique.

Cette série documentaire donc, suit l’affaire North Carolina v. Michael Peterson depuis les jours suivants la découverte du corps sans vie de Kathleen Peterson le 9 septembre 2001 jusqu’aux derniers évènements marquants de l’affaire en mars 2017, en s’intéressant en majorité au côté de l’accusé puisque seule partie à avoir accepté d’être suivie par l’équipe de tournage.
Concrètement le sujet n’est pas tant l’affaire que le système judiciaire américain.
Rapidement on réalise que la recherche de la vérité n’est la préoccupation de personne. Côté accusation, une théorie a hâtivement été élaborée et tout sera fait pour que le mari soit reconnu coupable du meurtre de sa femme et soit envoyé en prison pour le restant de ses jours. Côté défense, l’objectif est de faire en sorte que leur client ne soit pas reconnu coupable.
Des deux côtés, on ne lésine pas sur les moyens humains et financiers pour arriver au but. Comme le dit très justement Michael Peterson, ce n’est que parce qu’il est riche qu’il a pu s’offrir une véritable équipe d’experts et qu’il peut tenter de se défendre. Sans sa fortune, il aurait été simplement écrasé par la machine judiciaire et expédié en quelques heures en prison avant d’être oublié à jamais.
Mais la vérité n’importe pas. A aucun moment.
Comme une guerre de religion, chacun défend l’opinion qu’il s’est fondée sans se poser la question de savoir si elle est juste ou véridique. Le concept de justice semble totalement dévoyé.
L’accusation indique chercher la justice, en privant Michael Peterson de liberté, pour la famille de la victime. Sa fille et ses sœurs. Car ils ont décidé que le coupable était le mari.
Mais s’ils étaient partis sur une autre théorie, alors ils affirmeraient chercher la justice pour sa famille. Son mari. Ses enfants adoptifs. Sa fille et ses sœurs.
En réalité ce qu’ils cherchent c’est à défendre leurs intérêts personnels et leur carrière.
Et on comprend que le système judiciaire américain n’est finalement qu’une industrie comme une autre, avec des carrières qui se font, des intérêts personnels et financiers, des concurrences, des alliances et des gens prêts à tout par ambition.
Y accorder sa confiance pour connaître la vérité et trouver la véritable justice serait une énorme erreur.

Et l’affaire, alors ?
Si j’avais été juré au procès, j’aurais dit que je conservais un reasonable doubt et que je ne pouvais le considérer comme coupable.
Avec les éléments apparus ensuite, je pense qu’il est innocent.

Généralement pour trouver le coupable d’un crime on va chercher trois éléments : le mobile, le moyen et l’opportunité.

L’opportunité est évidente, ils étaient tous les deux au domicile, seuls.

Le moyen est plus complexe car dans l’unique théorie de l’accusation, ils se basent sur des tâches de sang retrouvées ça et là ainsi qu’un blow poke (j’ai pas trouvé mieux que bouffadou en français) qui appartenait à la victime et a étrangement disparu. On apprendra par la suite que l’analyse des tâches de sang a été réalisée par un charlatan qui a inventé des expériences pour démontrer sa théorie imaginée dès son arrivée sur la scène. Mais surtout que le blow poke introuvable avait en réalité été découvert par l’accusation peu avant le procès mais que cette information avait été omise puisque l’objet ne présentant aucune trace pertinente, n’allait pas dans le sens de leur théorie.

Et le mobile, là ça devient grotesque et pervers (!) puisque même si tout le monde, fille et sœurs de la victime comprises, reconnaissaient l’union heureuse de Michael et Kathleen, l’accusation est allée fouiller l’ordinateur de l’écrivain pour lui découvrir des penchants bisexuels avec des images de pornographie homosexuelle et des échanges d’e-mails avec des escorts homosexuels. Le mobile étant alors que Michael avait décidé d’assassiner sa femme après qu’elle ait découvert ce côté de sa personnalité puisque selon eux, il est impossible d’avoir une union hétérosexuelle stable lorsque l’on est aussi attiré par des individus du même sexe que soit.

En analysant de près l’accusation, on trouve l’équipe du district attorney, les experts, l’enquêteur principal… qui apparaissent tous comme ayant décidé d’une théorie, la culpabilité de Michael dans l’assassinat de sa femme, et vont faire ce qu’il faut pour la démontrer. Sans se poser une seule seconde la question de savoir si c’est la vérité ou s’ils font ce qui est juste pour arriver à leurs fins. De leur côté, le mobile pour choisir ce coupable est tout trouvé puisque l’accusé s’était présenté aux élections municipales deux ans plus tôt et en tant que journaliste il attaquait régulièrement les institutions de la ville. L’opportunité étant cette situation où une femme sans vie est retrouvée chez lui. Le moyen est un système judiciaire tout à fait corrompu. Ne seraient-ce là les coupables d’un crime ?
Pendant le procès, on a également les médias. Avec des journalistes qui après avoir assisté aux séances se présentent face caméra et relatent une vérité tout à fait déformée de ce qui s’est déroulé au tribunal et allant exclusivement dans le sens de l’accusation.
Enfin on a la famille de sang de la victime. Sa fille biologique mais également ses sœurs et en particulier Candace Zamperini, qui dans le documentaire apparaît comme une Nadine Morano chargée de haine. Avec en particulier des propos tenus dans ses dernières déclarations qui ne m’apparaissent absolument pas comme ceux d’un individu cherchant la vérité mais uniquement à obtenir ce qu’elle, personnellement, a décidé qu’elle mérite, à savoir le plus mauvais avenir possible pour celui qu’elle considère comme le meurtrier de sa sœur.

Pour la défense, il y a l’équipe engagée par Michael. Si une majorité semble là pour gagner sa vie, David Rudolf apparaît comme quelqu’un de relativement sympathique et au delà de l’intérêt de son client, semble préoccupé par l’intégrité de la justice.
La famille de Michael, qui reste à ses côtés tout le long, ses fils biologiques, ses filles adoptives, son ex-femme… Cela ressemble à une famille soudée et aimante. Impossible d’exclure un tragique évènement. Mais dur d’y voir l’entourage d’un sociopathe criminel.
Et Michael lui-même. Plutôt repoussant par son attitude d’intellectuel prétentieux au départ, il gagne en sympathie avec le temps. Visiblement très intelligent, il tient des propos d’une clairvoyance déstabilisante, a un discours constant tout du long, et surtout semble perpétuellement à la recherche de la vérité. Il est le seul à régulièrement se soustraire de la bataille pour remettre la victime initiale au centre de ses préoccupations.
Il paie physiquement cette affaire et en particulier les huit années de prisons. Et émotionnellement il apparaît comme plus affecté par la mort de sa femme et ce que ces évènements font à ses proches, plutôt que son propre sort.
S’il est coupable, alors c’est un psychopathe avec des talents d’acteur incroyables.

Finalement, le documentaire étant très orienté en faveur de Michael Peterson, avec des moments de vie habilement sélectionnés, je n’exclue à aucun moment manquer d’objectivité sur l’affaire et qu’en ayant d’autres points de vue j’évoluerai plutôt dans l’autre sens. Mais j’ai du mal à croire que des éléments pourraient me convaincre à 100% de sa culpabilité.

Posté le 17 octobre 2020 par Jacques Danielle

Page suivante »