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Sarkozy, rends l’argent !

Suite à mon billet d’avril sur ma découverte de l’intérêt de la déduction fiscale liée aux dons, qui n’est pas une astuce de bourgeois pour s’enrichir au profit des finances publiques, mais un procédé permettant de choisir où vont ses impôts; j’ai eu quelques retours qui m’ont fait comprendre que mon article manquait de clarté car le cœur de l’explication n’a pas été compris.

Comme ça me semble important qu’un maximum de personnes imposables saisissent bien la chose tant elle permet d’agir concrètement sur la société, probablement plus qu’en allant voter, je recommence; cette fois avec des illustrations pour aller à l’essentiel.

Par soucis de simplification, je vais me limiter à trois acteurs :

  • Le citoyen; vous, moi
  • La Croix-Rouge Française; l’organisme auquel on souhaite donner de l’argent pour soutenir ses actions
  • La DGFIP, Direction Générale des Finances Publiques; ceux qui viennent prélever l’impôt

Je fais un calcul simple du taux d’imposition selon les revenus (10%) et j’ai pris la Croix-Rouge, un organisme d’aide aux personnes en difficulté ce qui donne droit à une déduction d’impôts de 75% sur les 1000 premiers euros donnés.

Dans les faits, rien ne change, si ce n’est les différents taux et donc les calculs à réaliser pour savoir combien on peut donner, combien on peut déduire et finalement combien on doit à la DGFIP.

Commençons.

(A) Le cas de base. Je suis citoyen, je touche un revenu, je suis imposé dessus, je ne donne pas d’argent à un organisme.

L’organisme n’a donc rien touché de mes revenus (ce qui ne l’aide pas) tandis que l’État peut profiter de 100% de mes impôts pour faire ce que bon lui semble… et moi j’ai vu 10% de mes revenus s’envoler.

(B) Ensuite on passe sur la réalisation d’un don à hauteur de 10% de mes revenus, sur lesquels je suis imposé. Je ne connais pas ou ne comprend pas le principe de la déduction d’impôt et ne déclare donc pas mon don à la DGFIP.

L’organisme reçoit 1000€ (cool !), l’État peut profiter de 100% des mes impôts pour faire ce que bon lui semble… et moi j’ai vu 20% de mes revenus s’envoler.
Je suis un bon citoyen qui paie ses impôts, et je me suis privé de 10% de mes revenus pour soutenir des personnes qui ont une situation moins confortable que la mienne. Au détriment de 20% de mes revenus.

(C) Enfin, je réalise là encore un don à hauteur de 10% de mes revenus, sur lesquels je suis imposé. Mais cette fois je déclare à la DGFIP mon don.

L’organisme reçoit 1000€ (cool !), mais cette fois l’Etat ne peut profiter que de 25% de mes impôts pour faire ce que bon lui semble… et moi j’ai vu 12.5% de mes revenus s’envoler.
Je suis un bon citoyen qui paie ses impôts, et je me suis privé de 10% de mes revenus pour soutenir des personnes qui ont une situation moins confortable que la mienne. Au détriment de 12.5% de mes revenus.

Wait.

Dans les cas B et C, je soutiens toujours la Croix-Rouge à hauteur de 10% de mes revenus (cool !) et je suis toujours dans la légalité vis à vis de la DGFIP, par contre ça ne m’a coûté que 2.5% de mes revenus en plus par rapport à la situation A où je ne faisais pas de don. Quel est ce miracle ?!

Très simple : la DGFIP autorise les citoyens, via le mécanisme de déduction d’impôt, à choisir eux même à quoi sert une partie de leurs impôts.

Dit autrement, c’est comme-ci, à la place de donner 1000€ à la Croix-Rouge et 250€ à la DGFIP, je donnais 250€ à la Croix-Rouge (d’où les 12.5% du C par rapport aux 10% du A), 1000€ à la DGFIP puis que je disais à la DGFIP que j’aimerai bien que 75% des impôts que je leur ai versés soient reversés à la Croix-Rouge.

Illustré ça donne ceci :

Voilà, j’espère qu’expliqué ainsi c’est plus clair, car c’est vraiment important de bien comprendre puisque c’est une façon simple et légale d’agir concrètement sur la société. Non seulement de l’argent va à une cause à laquelle on adhère, mais en plus c’est de l’argent qui est disponible en moins pour l’État pour faire de la merde.

Et même si les taux de déduction sont différents, ça marche aussi avec les partis politiques, ce qui a probablement plus d’effet qu’un bulletin dans l’urne. Ou encore, pour ceux qui trouvent qu’il y a trop de pistes cyclables, ça marche également avec les association de défense des automobilistes.

Enfin, s’il fallait encore une motivation pour s’y intéresser, dites-vous bien que les riches, les vrais, ils pratiquent ça depuis qu’ils respirent. Et les sommes en jeu sont bien plus importantes. Et les causes qu’ils soutiennent sont probablement bien éloignées des intérêts du citoyen lambda.


Dire que je me retrouve à faire des diagrammes de séquence le weekend, comme-ci je n’en faisais pas suffisamment la semaine au travail…

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Nutri-fail

Pendant mes vacances en juin dernier, au cours d’un petit-déjeuner, je découvrais l’existence de la pâte à tartiner Banania.

Pas consommateur de ce genre de produit, j’étais logiquement passé à côté jusqu’alors. Mais dans mon esprit, Banania, ça résonne particulièrement.
Enfant, j’ai d’abord été consommateur de Nesquik puis de Benco avant de passer au Banania à la pré-adolescence pour enfin me tourner vers l’Ovomaltine à l’adolescence. Oui, ce n’est pas un historique glorieux mais là n’est pas le sujet.

Quand j’ai vu ce pot de pâte à tartiner Banania, ça a fait remonter pas mal de souvenirs et j’ai forcément voulu goûter.

Sans grande surprise c’est extrêmement sucré (53% lol) et j’ai rapidement été écœuré mais la présence de petits flocons de bananes, caractéristiques de la poudre du même nom, est plaisante.

En regardant l’emballage pour scanner les ingrédients et les valeurs nutritionnelles, j’ai été attiré par son Nutri-score : un D sur fond orange.

Avant d’enchaîner, petite précision utile : en tant que participant de longue date à l’étude NutriNet-Santé j’ai indirectement participé à l’élaboration du Nutri-score puisque l’étude a servi de point d’appui pour les conseillers scientifiques. A la base je trouvais ça intéressant comme idée, mais avec les différentes publications et les différents questionnaires qui étaient proposés, j’ai compris que les lobby de l’industrie agro-alimentaire faisaient bien leur travail et réussissaient à mettre suffisamment la pression pour faire du Nutri-score un allier plus qu’une contrainte. Ce qui fait qu’aujourd’hui j’ai globalement un avis négatif sur ce système, son fonctionnement et la règlementation qui l’entoure.

De part mon alimentation, je suis rarement confronté au Nutri-score. Déjà parce qu’il n’est pas obligatoire (ce qui le rend déjà bien inutile) mais surtout parce que les produits industriels que je consomme ont majoritairement un score A ce qui fait que visuellement je n’y prête pas attention (pour ceux qui y verraient un ton moralisateur, merci de se référer au début de l’article où j’explique que j’ai passé plus de la première moitié de ma vie à me gaver de merdes industrielles). La seule exception étant l’huile d’olive mais là aussi c’est un des gros problèmes du fonctionnement actuel du Nutri-score et il semblerait qu’une mise à jour soit au programme.

Tout ça pour dire que tenir dans mes mains un produit avec un score D, ça m’a fait tout drôle. Et en regardant les ingrédients et les valeurs nutritionnelles, je me suis fait la réflexion suivante : est-ce qu’on a vraiment besoin d’un logo coloré pour savoir qu’une pâte à tartiner chocolatée c’est de la merde ?
Certes, une partie de la population a le cerveau suffisamment sous-développé pour nourrir ses jeunes enfants avec des biberons au Coca-Cola, mais là on parle d’extrêmes, une cause perdue.
Pour le reste de la société, même si la nutrition ne fait pas partie du programme scolaire, est-ce vraiment nécessaire ? Mais surtout, efficace ?

Oui car un autre problème du Nutri-score, c’est que son but n’a jamais été très clair.
Initialement, l’idée était de mettre en avant le côté nocif de certains produits pour que les consommateurs s’en détournent au profit de produits plus sains et, par voie de conséquence, évitent le syndrome métabolique.
Mais officiellement, aujourd’hui il est là est simplement pour informer le consommateur. Dit autrement, la liste des ingrédients et leurs proportions, ainsi que les valeurs nutritionnelles, sont des données trop complexes pour l’inculture du consommateur moyen. Des études semblent dire que ça fonctionne. Quand on voit l’agitation que soulèvent les dérogations sur les ingrédients des produits ultra-transformés, j’ai comme un doute.

L’autre idée derrière ce score, c’est qu’en score-shamant les produits pourris, ça allait pousser les industriels à revoir leurs recettes pour obtenir un meilleur score et s’offrir un greenwashing nutritionnel, car les bon scores A et B sont en vert.
Et sur ce point, je serai tenté de dire que ça semble fonctionner.
Restons chez Banania. Leur poudre « Original » (probablement celle que je consommais il y a une vingtaine d’années; bordel j’suis vieux) a ainsi un score B. C’est déjà très honorable et hum… un peu suspect.
Mais ils sont allés plus loin ! Ils ont ainsi sorti une poudre « Moins de sucres » qui présente un score A. Génial ! On peut donc se faire des lignes de Banania à longueur de journée et vivre en bonne santé !

On parle de poudre chocolatée pour le petit-déjeuner là. C’est pas vraiment la définition d’un produit nutritionnellement sain, non ?

Focalisons-nous sur la version « Moins de sucres » qui obtient le score A.

Le premier ingrédient, et donc celui présent en plus grande quantité ? Du sucre. Et pour cause, la poudre est constituée à 48% de sucre !
Oui, près de la moitié c’est du sucre et pourtant, miracle, score A.
Mais comment c’est possible ?
Facile : ils ont rajouté des bonnes choses (fibres), retiré un peu de mauvaises (sucre) et voilà, le tour est joué !

Est-ce que le Banania « Moins de sucres » est nutritionnellement meilleur que le Banania « Original » ? Probablement.
Est-ce que le Banania « Moins de sucres » est un aliment suffisamment sain pour être consommé régulièrement comme porterait à croire son Nutri-score A ? Absolument pas !
Et c’est pareil pour l' »Original » et son B. On est devant deux produits de type plaisir (si tant est que l’on prenne du plaisir à se nourrir d’autant de sucre; chacun ses délires) qui devraient être consommés de manière aussi exceptionnelle que la pâte à tartiner et son score D.
Mais la formule de calcul du Nutri-score actuel est tellement mal pensée (ou plutôt habilement pensée pour le portefeuille des acteurs de l’industrie agro-alimentaire) qu’on en arrive à ce genre d’absurdités.

Je pourrais aller plus loin en expliquant aussi qu’au jeu des substitutions pour obtenir un meilleur score, le consommateur est rarement gagnant puisque remplacer du sucre par un édulcorant permet de passer du rouge au vert facilement, sans pour autant contenir quoi que ce soit d’intéressant pour l’organisme. Pire encore, la consommation d’édulcorants est tout sauf neutre. C’est ainsi qu’un Coca-Cola Classique se tape un E tandis qu’un Coca-Cola Zéro s’en sort avec un B.

Vous l’aurez compris, le Nutri-score c’est de la merde. Des modifications sont au programme mais sans surprise elles se feront avec le moins de contraintes possibles pour les industriels et donc le moins d’impacts positifs pour les consommateurs.
Si vous voulez manger correctement, lisez les ingrédients et les valeurs nutritionnelles.
Sinon continuez à manger ce que vous voulez, le Nutri-score ne vous apprendra rien d’important, le peu de fois où il sera présent sur vos achats.

Si je me focalise sur Banania ici c’est uniquement parce que cette réflexion a été lancée après avoir été confronté à leur pâte à tartiner. C’est évidemment pareil chez tous les autres acteurs de l’industrie agro-alimentaire. Sauf peut-être pour l’affiche raciste.

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Salut, et encore encore merci pour le poisson

Je ne sais pas pourquoi j’avais encore ce compte d’ouvert, alors que je n’y vais jamais et que je reçois régulièrement des e-mails de personnes qui veulent s’y abonner ou de tentatives frauduleuses de connexion.

L’annonce du lancement du SCAM des jetons non fongibles dans 100 nouveaux pays ce jour m’a rappelé à l’ordre.

On confirme la demande.

C’est validé.

Et l’e-mail de confirmation.

Bisous Mark.

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JDMAI #79

Agent Sonya: Moscow’s Most Daring Wartime Spy – Ben Macintyre : Passionnant !

Ursula Kuczynski was not a feminist. She had no interest in the role or rights of women in the wider world. Like other independent-minded women of her time, she had entered a male-dominated profession and excelled at it, using every possible advantage that her gender gave her.
[Agent Sonya: Moscow’s Most Daring Wartime Spy – Ben Macintyre]

Dead Against Her – Melinda Leigh : Un peu mieux que le précédent, mais clairement le pattern utilisé est trop flagrant et répétitif. Et plus ça va, plus j’ai l’impression que la façon dont sont écrites les scènes d’actions ne tiennent absolument pas la route. A commencer par la gestion du temps, où des minutes sont utilisées pour décrire des évènements qui ne prennent que quelques secondes en réalité (exemple : le temps qui s’écoule entre le moment où l’on sonne à une porte et qu’une personne à l’intérieur se dirige vers celle-ci; l’auteure parle de plusieurs minutes, alors que c’est normalement quelques dizaines de secondes tout au plus). Mais en contrepartie ça se lit toujours aussi facilement.

Hate is a living thing, a seed to be planted and watered. If adequately nourished, it blooms and grows. When the conditions are just right, it acts like an invasive species and takes over, obliterating the original plants, blocking their sunlight and oxygen. Starving them. Until they die.
[Dead Against Her – Melinda Leigh]

The Summer I Turned Pretty – Jenny Han : Bon, on est clairement sur un livre à destination d’adolescentes, mais contrairement à Twilight (dont j’ai lu les quatre premiers tomes…) pas de délire de vampires ici; on reste 100% dans le monde réel. L’écriture est fluide, légère, la narration bien maîtrisée et les personnages, bien que pas forcément très simples à apprécier, sont suffisamment explorés et stables que c’est crédible tout du long. Résultat ça se lit comme du petit lait.
Évidemment rien d’incroyable ou d’immanquable ici, c’est de la lecture facile d’été.
Ce qui m’a le plus impressionné c’est que malgré la différence de sexe et de pays, les ressemblances entre ce que vit et raconte le personnage principal et ce que j’ai vécu sont vraiment nombreuses ! D’ailleurs c’est sûrement ça qui fait que j’ai accroché, le côté nostalgique de cette époque au global et l’aspect coming of age qui font remonter des souvenirs positifs; contrairement à ce qui a suivi juste après…
J’ai vu qu’Amazon avait diffusé une adaptation en série TV. De base c’est à mon avis sans grand intérêt car ce qui prime ici c’est avant tout le discours intérieur du personnage principal, mais à la vue du casting, il ne fait aucun doute que ça doit être affreusement niais.

The next day my mother didn’t mention anything, but she didn’t have to. She could make me feel guilty without saying a word.
[The Summer I Turned Pretty – Jenny Han]

It’s Not Summer Without You – Jenny Han : Nope nope nope ! Ce qui était intéressant dans le premier tome n’est plus là, par contres les personnages ont décuplé leur capacité à être insupportables. Je n’irai pas plus loin. Tant pis pour le dernier volet.

The other day I’d come downstairs to find her sweeping the front hallway, and her eyes were red, and I’d been afraid. She wasn’t the crying kind. Seeing her like that, like an actual person and not just my mother, it almost made me not trust her.
[It’s Not Summer Without You – Jenny Han]

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Mort au rat

Lorsque je circule à vélo dans la campagne, je croise beaucoup d’animaux écrasés sur la route ou au bord : rongeurs, hérissons, oiseaux, chats… en me doutant de l’identité de l’assassin (des cages en métal) mais en me demandant systématiquement si c’était un acte volontaire ou non. Ou tout du moins si la personne derrière le volant avait vu l’animal et avait essayé de l’éviter.

Et puis mercredi, en traversant Lille, à vélo toujours, je voyais surgir sur la route, 50m devant mois, un rat bien décidé à la traverser.
A peine le temps de réaliser la présence de ce rongeur que l’automobile qui me précédait venait à sa rencontre. L’animal disparaît sous la roue avant droite, est projeté sous le bas de caisse, rebondit, atterrit sur la route avant de passer sous la roue arrière droite de la voiture puis de rester figé, les quatre pattes en l’air, pendant que le véhicule blanc s’éloigne, comme-ci de rien n’était.

Tout s’est finalement passé extrêmement vite et le sort du rat était réglé aussi rapidement qu’il était apparu sur la route.

Dans la situation présente, au moins, j’ai la réponse. L’automobiliste n’a pas cherché à éviter d’écraser le rat. Mais compte tenu de la position du véhicule lorsque l’animal s’est inséré sur la route, et la configuration des lieux, je n’ai aucun doute qu’il n’est pas entré dans le champ de vision de l’automobiliste. Et que la rencontre entre la voiture et le rat est passée totalement inaperçue aux sens du conducteur. Tout au plus une sensation similaire à un minuscule trou dans la chaussée.

La conclusion dans tout ça ? Aucune. A part que cela se passe très rapidement et qu’il n’y a absolument rien à faire face à cela. Seuls des aménagements qui permettent de prévenir ce genre de rencontre impromptue pourrait éviter de retrouver des animaux écrasés sur la route. Mais quand on voit que l’on ne fait déjà pas cela pour protéger piétons et cyclistes, alors c’est cause perdue pour les autres animaux.

Bref, j’ai vu un rat se faire écraser en me rendant au travail et ça m’a fait réfléchir.

Passez un agréable mois d’août quand même.