De plus en plus au cours des derniers mois, j’observe de nombreux professionnels et entreprises parler d’éco-conception de sites web.

L’idée étant de proposer un site avec l’impact écologique le plus faible possible.

Autant, réduire son impact sur ses déplacements en privilégiant des modes de transports sobres ou en limitant ses déplacements, c’est concret et presque simple à estimer.
Autant, faire de même pour quelque chose d’aussi virtuel qu’un site web, c’est tout de suite une autre paire de manches.

Alors, pour aider dans la démarche, de nombreuses prestations de conseil ont vu le jour, mais également différents index ont été créés, afin de tenter de mesurer l’impact d’un site.

Avant d’aller plus loin, j’ai testé Elauhel sur plusieurs de ces outils et j’étais plutôt confiant car, comme je l’avais expliqué, en passant sur Hugo, j’en avais profité pour mettre en place des mesures de bon sens qui, comme souvent aujourd’hui, se trouvent être labellisées éco-conception.

Résultats

ecoindex.fr

ecoindex.fr

Lien vers le rapport détaillé.

websitecarbon.com

websitecarbon.com

Lien vers le rapport détaillé.

ecograder.com

ecograder.com

Lien vers le rapport détaillé.

Critique

À première vue, c’est plutôt du GG. Pourtant, mon côté perfectionniste ne peut s’empêcher d’être frustré en voyant des notes comme 92/100 ou pire, 82/100.

Pour ecoindex, proposé par GreenIT.fr, qui a le mérite d’exister depuis 2004 et n’est donc pas là pour surfer sur une tendance récente, il semblerait que la page soit encore trop complexe et nécessite donc trop d’opérations de calcul sur la machine du visiteur.
Soit.
Ça me paraît coûteux comme effort de revoir la structure des pages sans pour autant sacrifier la lisibilité, pour essayer de grappiller les 8 points restants.

Pour websitecarbon, tout va bien. À part qu’il m’est reproché d’utiliser un hébergeur qui utilise de la bog standard energy.
Problème, pour affirmer cela, l’outil se réfère à la base de données de The Green Web Foundation dans laquelle ne se trouve pas mon hébergeur actuel, O2Switch.
Pourtant, si l’on se base sur leur site, il semblerait qu’ils utilisent dans l’immense majorité une énergie décarbonée. Logique pour une entreprise située en métropole française.
S’ils ne sont pas dans l’index de TGWF, et si j’ai une mauvaise note sur ce point, c’est probablement uniquement parce qu’ils n’ont pas fait la démarche pour s’y trouver.
Trois solutions s’offrent à moi :

  1. Migrer chez un hébergeur présent dans l’index, comme OVH ou Infomaniak
  2. Contacter O2Switch pour leur demander s’ils ne veulent pas engager la procédure de référencement
  3. Ne rien faire, car finalement la mauvaise note se base sur des informations erronées

Compte-tenu des échanges positifs que j’ai eu avec le support, je vais surement partir sur l’option 2.

Pour ecograder, c’est plus compliqué.
Je n’obtiens que 89/100 pour l’UX Design pour la simple et bonne raison que je n’ai pas mis en place de cache policy pour les ressources statiques.
Problème, je passe par un hébergeur mutualisé et malgré des recherches dans la documentation, je n’ai pas trouvé comment paramétrer cela.
Pour améliorer la situation, je pourrais migrer sur une ressource privée, sur laquelle j’aurais la main. Cependant, une ressource privée est nécessairement plus consommatrice qu’une ressource partagée ; et ça, aucun des trois outils ne le mesure.
En procédant de la sorte, j’améliorerai mes résultats (je pourrai en profiter pour passer chez un hébergeur vert d’après TGWF) virtuellement mais, dans les faits, il est certain que l’impact réel du site serait plus important.
Quitte à contacter le support O2Switch pour l’histoire de l’index TGWF, je vais en profiter pour leur demander ce qu’il est possible de faire concernant les cache policies.
J’obtiens également un superbe 0/100 pour le green hosting, pour les mêmes raisons que sur websitecarbon.

On voit déjà que ça s’annonce compliqué d’améliorer ma note ; ou alors une démarche en ce sens pourrait en réalité s’avérer contre-productive.

Autre souci majeur, c’est la différence des informations fournies.
Selon ecoindex, le site émet 1.16gCO2e par visite.
Selon websitecarbon, le site émet 0.002gCO2e par visite.
Selon ecograder, le site émet 0.0031gCO2e par visite.

Compliqué.

Pour illustrer ces différences, on peut également faire analyse chaque outil par les autres. Troll mode on.

Ainsi, ecoindex obtient un A+ de la part de Websitecarbon mais émet 0.01gCO2e par visite soit 5x plus qu’Elauhel et obtient un 100% de la part de Ecograder grâce à sa cache policy et en étant hébergé chez OVH qui est listé che TGWF, mais émet 0.01gCO2e par visite, soit 3x plus qu’Elauhel.

websitecarbon obtient un triste C et 67/100 de la part de Ecoindex avec en gros point noir sa lourdeur générale et obtient un 92% de la part de Ecograder malgré sa lourdeur, sa non-gestion du cache, mais sauvé par son hébergeur déclaré comme green.

ecograder obtient un A et 85/100 de la part de Ecoindex avec une page bien plus complexe et de bien plus nombreuses requêtes qu’Elauhel et obtient un A+ de la part de Websitecarbon en émettant 0.1gCO2e par visite soit 50x fois plus qu’Elauhel ! Mais ils utilisent un hébergeur déclaré comme green alors tout va bien.

Problématique également, chez websitecarbon, ils proposent un badge qui permet de faire du virtue signalling d’afficher les performances d’éco-conception du site aux visiteurs.
Même s’ils expliquent que ce badge a été conçu pour limiter son impact, fondamentalement, c’est totalement contre-productif : il génère au moins deux requêtes supplémentaires pour chaque nouveau visiteur (une pour récupérer le code du badge, une autre pour récupérer le score du site), il augmente la complexité du site en ajoutant des éléments dans la page et en ajoutant du compute pour le construire et, enfin, il force websitecarbon à procéder à un test hebdomadaire du site, générant automatiquement des requêtes et des calculs, pour le maintenir à jour…

Fondamentalement, avoir un indicateur de performance est nécessaire si l’on souhaite s’améliorer. Sans lui, impossible de savoir si les efforts portent leurs fruits.
Cependant, le communiquer publiquement et d’une manière qui génère de la consommation, uniquement pour cette communication, pour moi, c’est purement du greenwashing et donc : de la merde.

Dans la même veine, on a des organisations qui communiquent ouvertement sur leur démarche d’éco-conception.
Sérieusement, un C et 61/100, vous en êtes suffisamment fiers pour construire une page dédiée à ça ?
Quand on voit le contenu de la page et les explications fournies, en particulier l’appel à un prestataire pour cette démarche, je peux affirmer d’expérience que ce sujet a nécessité des centaines d’heures de travail et des centaines d’échanges électroniques (emails, chat, audio/visioconférences, documents…) donc le coût environnemental ne sera très certainement jamais remboursé par les économies induites par cette nouvelle démarche.

C’est bien là le plus gros problème que j’ai avec cette mode de l’éco-conception de sites web.
Non seulement c’est avant tout du greenwashing, pour tenter de donner une bonne image de l’organisation1, mais en plus, il est très probable que ces chantiers s’avèrent finalement néfastes puisqu’à l’origine d’un coût supérieur aux gains engendrés par une refonte éco-conçue.
Un peu comme les fameux tote bags, ou quand ce qui devait être une solution devient un nouveau (plus gros) problème.

Enfin, comme le rappelle, via un lien, ecoindex ; le plus important, et de loin, dans l’impact du numérique, ce sont les appareils bien physiques.
L’impact d’un site web est ridicule en comparaison.

Une chose à ne pas oublier avec le numérique et dont je parlais au début, c’est que le bon sens amène automatiquement des gains environnementaux.
Les entreprises n’ont pas attendu la création de ces index pour chercher à réduire le nombre et la taille des requêtes effectuées sur leur infrastructure puisque ça a avant tout un avantage colossal pour elles : réduire leurs coûts financiers.

Le titre.


  1. Je parle au global ici, pas uniquement de ces honnêtes bretons. ↩︎