Récemment, j’ai cherché à me débarrasser d’objets qui prenaient de la place chez moi et, plutôt que de les mettre à la poubelle puisqu’ils étaient encore totalement fonctionnels, j’ai décidé de les mettre en vente sur Le Bon Coin.

Et comme à chaque fois, ce fut une plongée dans la débilité de mes concitoyens.

Ma stratégie quand je cherche à vendre un objet est la suivante.
Si c’est un objet technique et de valeur, comme un équipement de vélo ou du matériel informatique, je passe par des plateformes spécialisées, où les acheteurs potentiels sont majoritairement des personnes connaissant les produits et, surtout, leur valeur.
Si c’est un objet générique ou de faible valeur, je passe par Le Bon Coin ou Vinted et majoritairement mon objectif est de me débarrasser au plus vite de l’objet ; j’y pratique donc un tarif très agressif.
Peu importe le produit que je cherche à vendre ainsi que combien j’en demande, je prends systématiquement le temps de rédiger une description complète et détaillée du produit, en précisant son état cosmétique, son état de fonctionnement et ses éventuels défauts.

Dans la première situation, ça se passe majoritairement bien ; les acheteurs savent exactement ce que je vends, ont conscience que le tarif est honnête et, en dehors de quelques lourds, ça négocie rarement, ou alors de manière raisonnable.
Que ce soit à distance ou en main propre, les transactions se font ensuite de manière fluide.
Dans la seconde situation, sur Vinted ça négocie systématiquement, avec souvent des offres absurdes, et à part de rares filous, tout se fait à distance ensuite et la plateforme est suffisamment bien faite pour que ça se passe bien, même avec des voisins européens.
Reste Le Bon Coin.
L’enfer sur Terre.

Une règle que j’ai rapidement observée déjà : plus le tarif demandé pour un objet est faible, plus les emmerdes seront importantes. C’est dramatique.
Les quelques produits >100€ que j’y ai vendu, ça s’est passé de la manière la plus normale. Par exemple pour une transaction à distance de 250€, nous n’avons échangé absolument aucun mot : l’acheteur a réservé le produit, j’ai confirmé sa disponibilité, il a payé, j’ai envoyé, il a récupéré, on a posté un avis positif sur le profil de chacun. Terminé. Royal.
À l’inverse, pour des merdouilles à 10€, ça s’est déjà terminé par plusieurs dizaines de messages écrits, puis plusieurs appels afin de se retrouver pour effectuer la transaction en main propre, alors que la personne avait déjà 10mn de retard et a essayé de négocier à 8€ une fois en face de moi. L’enfer.

Oui parce qu’une transaction Le Bon Coin, elle peut dégénérer à n’importe quel moment.

Gogoles Le Bon Coin

Dès le départ, quand des gens envoient un message pour demander si le produit est encore disponible, et après une réponse positive, ils ne donnent plus signe de vie.

Quand ils essaient de négocier de manière absurde et maladive.
On a ceux qui ont besoin de négocier, simplement pour avoir l’impression d’être maître de la transaction. Alors que leur proposition reste plus élevée que ce que j’espérais en tirer. C’est cool, au final, on est tous les deux contents.
Et on a également ceux qui font clairement pitié, à négocier des fonds de tiroir, sans que ça ait réellement de sens.
Quel est l’intérêt de négocier 8€ sur un produit pour lequel on en demande 10 alors que, neuf, il en vaut 150 ?
Que les bien pensants descendent immédiatement de leurs grands chevaux non-binaires : l’argument des gens qui finissent le mois à 2€ près n’est pas recevable. À quel moment une personne dans cette situation aurait besoin d’acheter une paire de RayBan d’occasion alors que pour le même tarif, Decathlon propose une paire neuve, garantie, et avec de meilleurs verres ?
Non, ça relève de la pathologie, avec des individus qui ont besoin de négocier.
Après tout, la seule fois où j’ai explicitement dit que je donnais un produit, j’ai bien des gens qui m’ont demandé si je pouvais faire le déplacement gratuitement pour apporter le produit en question chez eux. Raison pour laquelle je ne mets systématiquement un tarif minimum de 10€.

Quand les acheteurs ne lisent pas l’annonce et posent des questions dont la réponse s’y trouve.
Est-ce que j’expédie un meuble Ikea à 10€ ? Bien sûr que non, c’est pour ça que j’ai écrit “Pas d’expédition” dans l’annonce et que j’ai désactivé les options d’expédition.
Est-ce que je veux bien vendre la moitié du lot ? Tout à fait, c’est pour ça que j’ai écrit “Pas de vente au détail” dans l’annonce.
Est-ce que je suis prêt à aller à Paris pour faire la transaction sachant que lui doit déjà faire la route depuis Toulouse ? Tout à fait, 100€ de TGV et une journée de déplacement pour un cuiseur vapeur à 15€, ça me semble tout à fait honnête comme proposition !
Est-ce que je suis prêt à démonter le produit pour ne vendre qu’une pièce dedans ? Bien sûr que non, abruti !
Est-ce que je veux bien échanger une paire de pneus de vélo contre une cigarette électronique ? Nique ta mère !

Quand il faut se fixer un rendez-vous pour procéder à la transaction.
Pour leur simplifier le travail, j’envoie généralement un message du type “Je suis disponible mardi entre 10h et 18h ; à quelle heure vous souhaitez passer ?”.
Certains idiots comprennent qu’ils peuvent passer toute la semaine entre 6h et 23h, sans fixer d’horaire précis en amont.
Certains idiots comprennent qu’ils peuvent passer mardi entre 10h et 18h, sans fixer d’horaire précis en amont.
Ces deux catégories, je dois les relancer pour leur demander un horaire précis. Bah ouais Morray, j’suis pas un pakat’ ouvert h24 !
Ou alors ils débarquent à l’improviste et sont relativement déçus de ma réponse négative.

Quand il faut se pointer au rendez-vous.
90% du temps la personne se pointe avec minimum 5mn de retard.
J’en ai déjà eu un qui m’a supplié de fixer un RDV à 19h15 alors que je lui avais dit que je n’étais disponible que jusqu’à 19h, et qui s’est pointé à 19h30. Sans surprise, il s’est énervé quand je lui ai expliqué que je n’étais plus chez moi depuis 10 minutes.
Évidemment, il y a aussi ceux qui ne se présentent pas du tout.
Parfois, ils envoient quand même un message, après l’heure prévue, pour expliquer leur absence.
Parfois, ils ne donnent plus jamais signe de vie.
Parfois, ils ont l’audace de demander à fixer un rendez-vous à un autre horaire ou une autre date.
Résultat, il m’est déjà arrivé de simplement donner l’objet à l’acheteur, car il avait eu l’outrecuidance de se présenter à l’heure, après un ou deux échecs avec d’autres acheteurs potentiels.

Quand il faut se pointer sur le lieu du rendez-vous.
L’entrée de mon immeuble étant difficilement accessible, et parce que je n’ai pas envie que des inconnus manquant clairement de stabilité psychologique sachent où j’habite, j’ai pris l’habitude de fixer les rendez-vous à une adresse publique, très reconnaissable, parfaitement référencée dans les différents systèmes de guidage et proposant du stationnement gratuit et disponible.
Pourtant, de manière quasi-systématique, les acheteurs vont me dire qu’ils sont arrivés alors qu’ils se trouvent à une distance pouvant aller jusqu’à 500m du lieu convenu.
En milieu urbain dense, c’est énorme. Cela oblige à passer du temps au téléphone pour leur expliquer où ils sont censés se trouver et comment s’y rendre.
Bien souvent, ils ont aussi l’incroyable lucidité d’esprit de rester dans leur véhicule. Entourés par des centaines d’autres véhicules. Et c’est à moi de les retrouver, alors qu’ils ne me fournissent pas d’information si je ne leur en demande pas explicitement, ou alors plutôt que de me fournir la couleur du véhicule, ils vont m’indiquer le modèle. Mais connard, je m’en branle que t’aies ton cul plein de merde dans une Golf GTI VI, j’ai pas la moindre idée d’à quoi ça ressemble ce genre de poubelle !

Quand il faut procéder à la transaction.
Là, clairement, on est dans une descente qui nous mène à la ligne d’arrivée.
J’ai déjà eu quelques tentatives de négociation à ce moment-là, mais quand les personnes ont vu mon attitude lorsque je répondais négativement, elles ont compris que c’était perdu d’avance.
Il n’y a qu’une seule fois où ça a coincé, avec un acheteur qui avait déjà préalablement négocié, et qui, une fois en face de moi, a essayé de négocier encore et s’est montré insistant malgré mon refus. Je lui ai alors simplement souhaité une bonne journée et suis repartis.

Enfin, au milieu de tout cela, ça peut aussi déraper, car la personne pense avoir réservé l’objet sous prétexte qu’elle a posé des questions très vagues, et quand elle revient quelques heures/jours plus tard et découvre que la transaction a été réalisée avec quelqu’un de bien plus proactif, alors ça s’énerve et accuse de manque de respect.
Le dernier en date, qui me demande si je suis disponible deux jours plus tard ; à qui je réponds que oui, je suis disponible dans la soirée et qui ne donne plus de nouvelles. Entre temps une autre personne me fixe un rendez-vous pour le lendemain matin. A J+2, le premier revient vers moi et me demande si je suis disponible le lendemain et m’explique que je suis une mauvaise personne, car j’ai vendu le produit la veille.

Devoir faire face à ce genre d’attitude alors que je ne cherche même pas à me faire de l’argent, mais simplement à donner une nouvelle vie à un objet qui ne me sert plus, c’est épuisant.
Cependant j’essaie de relativiser en me disant que, justement, ce n’est pas mon métier, et que je peux me permettre de bloquer immédiatement tous les individus qui montrent le moindre signe de gogolitude.
Malheureusement, pour les personnes occupant un emploi alimentaire et devant supporter ces comportements au quotidien dans les commerces, elles n’ont pas cette chance et ne peuvent que subir, jour après jour.

J’avais également tendance à me demander si c’est moi qui les attirais ou si c’était spécifique à la région ou la plateforme, jusqu’à ce que je tombe sur cette vidéo réalisée à propos de Marketplace (Facebook) aux États-Unis et où on peut retrouver exactement les mêmes situations que j’ai pu vivre sur Le Bon Coin. À tel point que si initialement ça m’a bien fait rire, au second visionnage et en passant dans les commentaires, je ne pouvais m’empêcher de voir qu’il s’agit bien d’un problème à l’échelle de l’humanité.

Pour finir sur une note positive quand même, je tiens à préciser que je suis parfois tombé, trop rarement cependant, sur des humains humains et que j’ai pu avoir des échanges enrichissants avec certains acheteurs.
En parallèle, quand c’est moi qui suis acheteur et que je me pointe en avance aux rendez-vous, j’ai droit à des louanges de la part des vendeurs, alors que je ne fais preuve que du respect que j’estime basique pour ce genre d’interaction.