C’était un vendredi soir de février 2012, j’étais dans le TGV pour rentrer d’une semaine de travail à Paris, et pendant le trajet, il s’était mis à neiger de manière importante, ce qui fait qu’en arrivant à Lille, on pouvait voir la ville couverte de blanc à travers les fenêtres du train.

Comme à mon habitude, j’attends que la majorité des passagers aient quitté la voiture pour me lever et prendre mes affaires, en toute tranquilité.
Lorsque je tire la masse sombre posée au-dessus des sièges, à peu près à l’endroit où j’avais laissé mon manteau une heure plus tôt, je suis surpris par son poids, bien supérieur à celui auquel je suis habitué. Et en plus la matière semble différente.
Et pour cause : ce n’est pas mon manteau !

Panique : je regarde partout, il n’y a pas d’autre vêtement sur le support, et je suis maintenant seul dans cette partie du train.
Autre problème : il neige dehors et je suis actuellement en t-shirt.
La météo et la présence de ce manteau me fait dire que je n’ai pas été victime d’un vol, mais simplement, d’une erreur de vêtement.
J’en arrive aussi à la conclusion que je dois pouvoir enfiler ce manteau, puisque si l’individu n’avait pas réussi à enfiler mon manteau, il aurait réalisé son erreur et procédé à un échange pour la corriger.

Effectivement, j’arrive à me glisser dans ce paletot, deux fois trop grand et trois fois plus lourd que le mien.
En parlant de poids, je constate qu’il est déséquilibré sur la droite : effectivement, la poche poitrine intérieure contient une grosse masse qui, après vérification, s’avère être composée de divers papiers, d’un chéquier et un portefeuille en cuir qui déborde de cartes et autres papiers.

Que faire ?
Si son propriétaire légitime arrive en cet instant et me voit éplucher son portefeuille, il va me prendre pour un voleur1.
Décision est prise : je me dirige vers le métro pour rentrer chez moi, et j’inspecterai les papiers au calme et au chaud, pour tâcher d’identifier la personne qui s’est trompée de manteau et procéder à un échange.

Je vais arrêter ici le récit détaillé de cette histoire, car ce n’est pas le sujet de l’article, mais une fois chez moi, je n’ai pas trouvé le numéro personnel du monsieur, par contre en comparant ses papiers et un lot de cartes de visites qui se trouvaient dans le portefeuille, j’ai compris que c’étaient celles de sa femme, qui a décroché, s’est excusée pour l’erreur de son mari, et m’a transmis son numéro personnel pour qu’on s’accorde sur un RDV à la gare 1h plus tard.
Sur place, l’individu a une attitude qui me laisse penser qu’il est convaincu que c’est moi qui suis à l’origine de l’incident, et il ne s’excusera pas et ne me remerciera pas pour la démarche. Il ira même jusqu’à vérifier que les ~200€ en liquide sont toujours présents dans son portefeuille.
Il doit être 22h passé lorsque je rentre enfin chez moi, avec mon propre manteau sur les épaules.

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La leçon que j’ai tirée de cette aventure, c’est que les gens sont tous des connards.
Non, pardon.
C’est que si cela s’est relativement bien terminé, c’est que dans l’autre manteau, j’ai trouvé de quoi identifier son propriétaire.
Alors que dans le mien, il n’y avait qu’un paquet de mouchoirs.
On ne m’y reprendra plus : les affaires qu’il m’arrive d’abandonner dans un lieu public, j’y laisserai systématiquement un moyen simple et rapide de m’identifier et me contacter.

En parallèle, depuis approximativement le début du siècle, la SNCF demande à ce que les bagages soient étiquetés :

Vos bagages sont sous votre responsabilité et doivent être impérativement étiquetés.
En effet, il est nécessaire de permettre l’identification de vos bagages.
Par exemple, dans le cas d’un oubli dans la gare ou dans le train, votre bagage pourra être détruit s’il n’est pas identifié.
S’il est étiqueté, vous augmentez vos chances de retrouver vos affaires.
Inscrivez juste vos nom, prénom, votre adresse postale, un numéro de téléphone et/ou une adresse mail.
[Transport de vos bagages]

Et pour cela, ils fournissent même gratuitement des étiquettes en papier, mais c’est de la grosse daube qui se déchire dès le second voyage.

Il me fallait trouver une solution plus durable.

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C’est alors qu’au hasard d’un film (ou d’une série, je ne me souviens plus trop), je vois un militaire avec des plaques d’identité à son cou.
Bingo ! Si ça résiste à la guerre, ça devrait résister à des voyages en train…

Depuis, j’ai une plaque dans chaque manteau/veste et sur chaque sac/bagage que j’emporte avec moi.
Jusqu’à présent ça ne m’a jamais été utile, mais la durabilité a été démontrée.
Je n’y mets que mon nom, prénom et numéro de mobile2, car l’adresse postale n’est pas suffisamment durable.
Initialement, j’étais passé par un vendeur américain sur eBay, mais depuis je passe par MonIDTag, vendeur français, également disponible sur Etsy, pratiquant des tarifs corrects et travaillant très rapidement.

Pourquoi c’est bobo ?

Car étiqueter ses bagages quand on prend le train est obligatoire, et que prendre le train, c’est responsable.

Car c’est beaucoup plus durable que les étiquettes en papier et/ou plastique habituelles. Et c’est totalement recyclable puisque c’est de l’acier.

Car permettre de retrouver un vêtement perdu, ça évite de devoir en racheter un, et donc de consommer inutilement.


  1. Oui, je suis sur ce genre d’abruti qui se culpabilise systématiquement, même s’il est la victime. ↩︎

  2. J’ai le même numéro depuis le lycée, donc pas trop d’inquiétude sur la durabilité de cette donnée personnelle. ↩︎