Miss Wagner, I love u

Après avoir été subjugué par la première saison, je craignais que ça ne retombe comme un soufflé. C’est pour cela que j’ai mis six mois à me décider à lancer cette deuxième saison.

Rapidement on comprend que ça va être différent. Car des joueurs sont partis ? Non. Car le monde entier a vu Last Chance U avant le début du tournage de la suite. C’est à dire également les protagonistes du début. Et leurs proches. Tout cela provoquant chez eux diverses réactions, dont certaines sont retranscrites devant la caméra. Et les nouveaux protagonistes aussi l’ont vu. Ils ont alors conscience que tout ce qu’ils font pourra être vu sur Netflix. Là où dans le premier volet l’ignorance et la naïveté étaient partagées par tous.
Plus fort encore, certains sont devenus de véritables stars et leur vie a été impactée par leurs fans.

Adieu la télé-réalité ringarde scénarisée où l’on regarde de mauvais acteurs faire des singeries dans un espace clos et où la seule interaction du public se limite à envoyer des SMS surtaxés pour décider qui reste et qui part.
Avec Last Chance U, on peut échanger gratuitement sur les réseaux sociaux avec des personnes qui vivent leur vie devant nos yeux. On peut même leur offrir des objets qui apparaîtront ensuite dans un épisode !

Différent, oui, mais pas tant que ça. Les objectifs sont différents, la trajectoire très proche. L’issue similaire… peut-être. Je peux donc aborder les deux saisons sans distinction.

Si Last Chance U suit une équipe de football américain universitaire, ce n’est pas une raison pour qu’elle soit réservée aux passionnés de ce sport. Bien au contraire.

Quoi de mieux que de choisir l’un des sports préférés d’un pays pour raconter la vie de ses citoyens ?

Last Chance U c’est l’Amérique rurale, celle qui a élu 45.

Last Chance U c’est l’Amérique et son tiers de la population obèse, les trois quarts en surpoids. Celle qu’on ne voit pour ainsi dire jamais dans la propagande culturelle.

Last Chance U c’est l’Amérique et ses contradictions. Où une ville de conservateurs blancs supporte une équipe de repris de justice noirs. Où tout le monde se dit Chrétien mais n’a pas vu l’intérieur d’une église depuis son baptême.

Last Chance U c’est l’Amérique du business. Où une équipe de football américain universitaire dispose de moyens supérieurs à ceux d’une équipe de Ligue 2.

Last Chance U c’est l’Amérique du spectacle. Où seul le résultat sportif importe. Tant pis si cela ruine la santé des joueurs dont la carrière s’arrête avant même de n’avoir commencé.

Last Chance U c’est l’Amérique fan de son sport. Où quand la planète se passionne pour la Coupe du monde de football, ils mettent des Doritos dans leur caddie en attendant le Superbowl.

A côté c’est un documentaire où la réalité dépasse la fiction. Les personnes ayant vu Friday Night Lights verront immédiatement de quoi je parle. Buddy Garrity la copie de Buddy Stephens. Tami Taylor la copie de Brittany Wagner. C’en est hallucinant.

C’est un documentaire où la réalisation est d’une telle qualité qu’il est difficile de croire que c’est la réalité, en particulier les matchs qui donnent l’impression de sortir tout droit d’un blockbuster.

Bien entendu, une prise de recul est nécessaire. Tout ceci est fortement retravaillé en post-production pour choisir minutieusement les images et les sons à diffuser. Tout comme certaines réactions sont nécessairement forcées par la présence de l’équipe. Ce ne sont pas des images brutes qui sont proposées, telles qu’on pourrait les voir si l’on était une mouche se baladant à EMCC.

Last Chance U est le fruit d’un énorme travail de la part de toutes ses équipes et le résultat est exceptionnel.

Une troisième saison est en cours de tournage. Mais pour autant, je ne crois pas qu’elle soit nécessaire. Ces deux saisons se complètent à merveille et se suffisent. J’ai peur qu’une suite ne vienne tout gâcher.

Photo.

Posté le 2 mars 2018 par Jacques Danielle