Quand j’étais enfant, lorsque j’allais en vacances chez mes grands-parents paternels, les consignes étaient peu nombreuses et claires :

  1. Interdiction d’être dans la maison en dehors des repas
  2. Interdiction d’être en retard pour les repas
  3. Interdiction de se présenter à table avec les mains sales

Pour le reste, se référer à l’article 5 de La déclaration des droits de l’homme et du citoyen : “Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être empêché”.

La première consigne était la plus simple à suivre, puisqu’il n’y avait de toute façon rien d’intéressant à faire dans la maison pour un enfant.
La seconde n’était guère plus complexe, parce que j’étais toujours à portée d’oreille d’une cloche de village qui sonnait les heures et les demi-heures.
La troisième, par contre… Que ce soit jouer avec les animaux, travailler au jardin, bricoler une vieille tondeuse pour en faire un karting, et, principalement, aller à la pêche ; toutes ces activités impliquaient de se salir les mains.

Heureusement, les mêmes consignes s’appliquaient également à mon grand-père, et il m’a rapidement partagé son astuce pour ne pas subir les remontrances de ma grand-mère.

Ainsi, avant de se présenter dans la maison, il passait par un petit bâtiment annexe dans lequel se trouve un évier équipé d’une arrivée d’eau, et il se frottait énergiquement les mains avec un produit particulier, qui lui permettait, en quelques secondes, de faire partir toute trace de crasse, et de pouvoir passer systématiquement l’inspection matriarcale.
Là, où, malgré plusieurs minutes d’effort avec un bloc de savon normal, je me voyais renvoyé à la salle de bains deux fois sur trois.

Kid washing hands

Ce produit, il me l’avait initialement décrit par les termes : “de la pate à savon”.
Comme souvent lorsqu’il m’indiquait un mot ou un concept qui m’était alors inconnu, j’arrivais à la conclusion initiale que c’était soit un terme issu du patois local, soit un terme désuet.
Ce n’est qu’en lisant avec attention ce qui était écrit sur le pot de la dite “pate à savon”, que je découvrais qu’il était en fait question du nom Patasavon, ce qui amusa fortement l’enfant de l’époque.

La Patasavon, c’est un mélange de produit lavant (du savon), de particules abrasives/exfoliantes et d’éléments absorbants.
Là où un savon normal va simplement essayer d’accrocher les corps gras de surface avant d’être embarqués par l’eau au rinçage, la Patasavon va à la fois décrocher tout ce qui est sur la peau et les ongles, absorber une grosse partie des matières grasses et, avec son savon, accrocher le restant des corps gras ; avant d’emporter tout ça dans l’évier avec l’eau de rinçage.

Et comme le dit Tessa Martin, c’est terriblement efficace !

J’ai immédiatement été conquis.

Cependant, si ce produit a une place particulière dans mon cœur, au-delà des personnes auxquelles je le rattache, c’est parce que le lavage de mains à la Patasavon, c’était toute une expérience.

D’abord, l’arrivée d’eau à laquelle je me lavais les mains, elle se trouvait dans un bâtiment non chauffé et dont la canalisation était très sommairement isolée, résultat l’eau était glaciale. Si, en hiver, j’avais des astuces pour manipuler des poissons sans me geler les mains, la séance de nettoyage d’avant le repas ruinait tous ces efforts.

Ensuite la Patasavon, avec son odeur très particulière.

Enfin, pour s’essuyer les mains, il n’y avait dans le bâtiment qu’un vulgaire bout de tissu qui devait avoir trois fois mon âge, et qui, non seulement n’absorbait quasiment rien, surtout si je passais après le grand-père, mais surtout donnait l’impression de s’essuyer les mains avec du papier de verre.

C’est ainsi qu’aujourd’hui, des années après, à chaque fois que j’ouvre le pot, l’odeur me saisit et les souvenirs remontent immédiatement à la surface.
Le plaisir des sens et de la mémoire.

Pourquoi c’est bobo ?

Car contrairement à d’autres produits de ce type, c’est majoritairement constitué d’ingrédients non nocifs pour l’environnement et potentiellement biodégradables.
Par contre, si ça sert à retirer de l’huile de bagnole, y’a pas de miracle…

Car son efficacité fait qu’il ne faut que très peu de produit pour obtenir un résultat impeccable. Même chose pour l’eau de rinçage.

Patasavon

J’ai découvert avec les années qu’il existe différentes marques qui proposent un produit similaire, et pour être honnête, ils sont tous aussi efficaces.

Cependant, celui de mon enfance, avec son odeur que j’apprécie tant, c’est uniquement la Patasavon de chez Auto Pratic.
Personnellement, je la trouve au rayon automobile des grands supermarchés type Auchan ou Carrefour.