P’tit Quinquin, grosse daube

Les deux dernières semaines de Septembre, Arte diffusait en première partie de soirée du Jeudi la série en quatre épisodes P’tit Quinquin.

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Après plusieurs années à faire confiance à la chaîne pour découvrir de très bonnes séries, avec au passage Ainsi soient-ils dont la saison 2 vient de prendre le relais sur le même créneau horaire, c’est uniquement sur ce critère que je me suis basé pour me décider à regarder P’tit Quinquin, faisant ainsi fi de la vague de hype l’entourant, ce qui est généralement très mauvais signe.

Et après la moitié du premier épisode, mes craintes se confirmaient. J’esquissais quelques sourires, et me forçais à aller jusqu’au rire sur une scène, mais c’est surtout la gène et le malaise qui dominaient.

Par respect pour le travail et à cause d’un TOC qui m’empêche de laisser une saison inachevée, je décidais d’aller jusqu’au bout malgré la pénibilité de la démarche.

Alors P’tit Quinquin, c’est quoi ?

C’est une réalisation de Bruno Dumont. Là, je ne connais pas son travail, donc je suis parti sans apriori à ce niveau. Et globalement, j’arrive toujours à rester critique sur le travail d’une personne dont j’ai déjà adoré une partie de celui-ci; comme c’est le cas pour Alexandre Astier ou David Simon. Parmi les différentes critiques de simples téléspectateurs que j’ai pu lire, nombreux sont ceux faisant référence aux films La Vie de Jésus et L’Humanité. Je n’ai vu ni l’un ni l’autre. Si ce sont de bons films, tant mieux; mais P’tit Quinquin n’en est pas une bonne série pour autant. Toutefois, force est de reconnaître que la photographie est, avec la musique*, la seule réussite de celle-ci.

C’est une série qui dépeint le Nord d’une manière beaucoup moins comique que Bienvenue chez les Ch’tis.

C’est une œuvre sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2014.

C’est une œuvre encensée par la critique.

Et là, c’est le drame.

D’un côté, un réalisateur du cru qui veut certainement bien faire en rendant hommage à sa région natale mais qui l’ayant quittée depuis trop longtemps, et ayant trop fréquenté le microcosme bobo-parisiano-filmo-culturel (bullshit here) n’arrive pas à savoir sur quel pied danser. Une invitation au voyage ? Oui, la photographie en est la preuve. Dépeindre la misère et le désespoir ? Oui, mais non, sinon ça pourrait choquer. Et là, ce serait très mauvais. Alors on fait appel au comique et au burlesque, on en fait des tonnes. Et ça en devient indigeste, inintelligible.

De l’autre, on a le monde de la culture. Bruno Dumont n’est semble-t-il pas n’importe qui. Il réalise un travail sur le Nord, cette pauvre région sinistrée qui est malgré tout très en vogue depuis Bienvenue chez les Ch’tis. Alors pour ne pas risquer de se faire conspuer pour avoir osé la critique envers un pauvre nordiste, et parce qu’il est plus simple de se laisser porter par la vague que de nager à contre-courant, on saute à pieds joints dedans et on sort la mitraillette à superlatifs.

Enfin  il y a les téléspectateurs. Ceux qui savent, qu’ils viennent du Nord ou qu’ils aient simplement connaissance de la vie là-bas. Ceux qui ne savent pas mais qui ne se font pas avoir par la hype. Et puis les followers; ces fiers winners qui prennent plaisir à se moquer doucement de ces pédophiles-chômeurs-consanguins depuis leur canapé installé dans un appartement haussmannien, sous couvert de burlesque.

P’tit Quinquin, c’est long, c’est creux, c’est vide, c’est grotesque, c’est nul, c’est immoral, c’est incompréhensible, c’est insensé, c’est idiot… Mais c’est surtout un bon coup de communication.

Si le Nord vous manque, refaites vous Bienvenue chez les Ch’tis, à défaut d’être réaliste, au moins c’est vraiment drôle.

* Voir (et écouter !) la chanson Cause I Knew de Lisa Hartman.

Posté le 4 octobre 2014 par Jacques Danielle