Pendant mes vacances en juin dernier, au cours d’un petit-déjeuner, je découvrais l’existence de la pâte à tartiner Banania.

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Pas consommateur de ce genre de produit, j’étais logiquement passé à côté jusqu’alors. Mais dans mon esprit, Banania, ça résonne particulièrement.
Enfant, j’ai d’abord été consommateur de Nesquik puis de Benco avant de passer au Banania à la pré-adolescence pour enfin me tourner vers l’Ovomaltine à l’adolescence. Oui, ce n’est pas un historique glorieux mais là n’est pas le sujet.

Quand j’ai vu ce pot de pâte à tartiner Banania, ça a fait remonter pas mal de souvenirs et j’ai forcément voulu goûter.

Sans grande surprise c’est extrêmement sucré (53% lol) et j’ai rapidement été écœuré mais la présence de petits flocons de bananes, caractéristiques de la poudre du même nom, est plaisante.

En regardant l’emballage pour scanner les ingrédients et les valeurs nutritionnelles, j’ai été attiré par son Nutri-score : un D sur fond orange.

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Avant d’enchaîner, petite précision utile : en tant que participant de longue date à l’étude NutriNet-Santé j’ai indirectement participé à l’élaboration du Nutri-score puisque l’étude a servi de point d’appui pour les conseillers scientifiques. A la base je trouvais ça intéressant comme idée, mais avec les différentes publications et les différents questionnaires qui étaient proposés, j’ai compris que les lobby de l’industrie agro-alimentaire faisaient bien leur travail et réussissaient à mettre suffisamment la pression pour faire du Nutri-score un allier plus qu’une contrainte. Ce qui fait qu’aujourd’hui j’ai globalement un avis négatif sur ce système, son fonctionnement et la règlementation qui l’entoure.

De part mon alimentation, je suis rarement confronté au Nutri-score. Déjà parce qu’il n’est pas obligatoire (ce qui le rend déjà bien inutile) mais surtout parce que les produits industriels que je consomme ont majoritairement un score A ce qui fait que visuellement je n’y prête pas attention (pour ceux qui y verraient un ton moralisateur, merci de se référer au début de l’article où j’explique que j’ai passé plus de la première moitié de ma vie à me gaver de merdes industrielles). La seule exception étant l’huile d’olive mais là aussi c’est un des gros problèmes du fonctionnement actuel du Nutri-score et il semblerait qu’une mise à jour soit au programme.

Tout ça pour dire que tenir dans mes mains un produit avec un score D, ça m’a fait tout drôle. Et en regardant les ingrédients et les valeurs nutritionnelles, je me suis fait la réflexion suivante : est-ce qu’on a vraiment besoin d’un logo coloré pour savoir qu’une pâte à tartiner chocolatée c’est de la merde ?
Certes, une partie de la population a le cerveau suffisamment sous-développé pour nourrir ses jeunes enfants avec des biberons au Coca-Cola, mais là on parle d’extrêmes, une cause perdue.
Pour le reste de la société, même si la nutrition ne fait pas partie du programme scolaire, est-ce vraiment nécessaire ? Mais surtout, efficace ?

Oui car un autre problème du Nutri-score, c’est que son but n’a jamais été très clair.
Initialement, l’idée était de mettre en avant le côté nocif de certains produits pour que les consommateurs s’en détournent au profit de produits plus sains et, par voie de conséquence, évitent le syndrome métabolique.
Mais officiellement, aujourd’hui il est là est simplement pour informer le consommateur. Dit autrement, la liste des ingrédients et leurs proportions, ainsi que les valeurs nutritionnelles, sont des données trop complexes pour l’inculture du consommateur moyen. Des études semblent dire que ça fonctionne. Quand on voit l’agitation que soulèvent les dérogations sur les ingrédients des produits ultra-transformés, j’ai comme un doute.

L’autre idée derrière ce score, c’est qu’en score-shamant les produits pourris, ça allait pousser les industriels à revoir leurs recettes pour obtenir un meilleur score et s’offrir un greenwashing nutritionnel, car les bon scores A et B sont en vert.
Et sur ce point, je serai tenté de dire que ça semble fonctionner.
Restons chez Banania. Leur poudre “Original” (probablement celle que je consommais il y a une vingtaine d’années; bordel j’suis vieux) a ainsi un score B. C’est déjà très honorable et hum… un peu suspect.
Mais ils sont allés plus loin ! Ils ont ainsi sorti une poudre “Moins de sucres” qui présente un score A. Génial ! On peut donc se faire des lignes de Banania à longueur de journée et vivre en bonne santé !

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On parle de poudre chocolatée pour le petit-déjeuner là. C’est pas vraiment la définition d’un produit nutritionnellement sain, non ?

Focalisons-nous sur la version “Moins de sucres” qui obtient le score A.

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Le premier ingrédient, et donc celui présent en plus grande quantité ? Du sucre. Et pour cause, la poudre est constituée à 48% de sucre !
Oui, près de la moitié c’est du sucre et pourtant, miracle, score A.
Mais comment c’est possible ?
Facile : ils ont rajouté des bonnes choses (fibres), retiré un peu de mauvaises (sucre) et voilà, le tour est joué !

Est-ce que le Banania “Moins de sucres” est nutritionnellement meilleur que le Banania “Original” ? Probablement.
Est-ce que le Banania “Moins de sucres” est un aliment suffisamment sain pour être consommé régulièrement comme porterait à croire son Nutri-score A ? Absolument pas !
Et c’est pareil pour l’“Original” et son B. On est devant deux produits de type plaisir (si tant est que l’on prenne du plaisir à se nourrir d’autant de sucre; chacun ses délires) qui devraient être consommés de manière aussi exceptionnelle que la pâte à tartiner et son score D.
Mais la formule de calcul du Nutri-score actuel est tellement mal pensée (ou plutôt habilement pensée pour le portefeuille des acteurs de l’industrie agro-alimentaire) qu’on en arrive à ce genre d’absurdités.

Je pourrais aller plus loin en expliquant aussi qu’au jeu des substitutions pour obtenir un meilleur score, le consommateur est rarement gagnant puisque remplacer du sucre par un édulcorant permet de passer du rouge au vert facilement, sans pour autant contenir quoi que ce soit d’intéressant pour l’organisme. Pire encore, la consommation d’édulcorants est tout sauf neutre. C’est ainsi qu’un Coca-Cola Classique se tape un E tandis qu’un Coca-Cola Zéro s’en sort avec un B.

Vous l’aurez compris, le Nutri-score c’est de la merde. Des modifications sont au programme mais sans surprise elles se feront avec le moins de contraintes possibles pour les industriels et donc le moins d’impacts positifs pour les consommateurs.
Si vous voulez manger correctement, lisez les ingrédients et les valeurs nutritionnelles.
Sinon continuez à manger ce que vous voulez, le Nutri-score ne vous apprendra rien d’important, le peu de fois où il sera présent sur vos achats.

Si je me focalise sur Banania ici c’est uniquement parce que cette réflexion a été lancée après avoir été confronté à leur pâte à tartiner. C’est évidemment pareil chez tous les autres acteurs de l’industrie agro-alimentaire. Sauf peut-être pour l’affiche raciste.