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Pas de jambon, pas de Gaviscon

A quelques heures près, cela fait cinq ans que je n’ai pas ingéré un morceau de viande et je me suis dit que c’était une bonne opportunité pour passer quelques minutes à réfléchir sur ces +1800 jours qui se sont écoulés sans produits carnés.

Mais avant de commencer, je dois avouer une chose : il m’est arrivé de manger, bien malgré moi, de la viande durant cette période. En effet, le 2 Mai 2019, à l’arrivée de Lille-Hardelot, une volontaire me tendait un sandwich au fromage accompagné d’une bouteille d’eau. Si habituellement je ne fais pas confiance à la nourriture que l’on me donne, en cette rare occasion, après 5h passées sur le vélo, je croquais à pleines dents dans le petit pain et ce n’est qu’après avoir avalé la première bouchée et en dirigeant l’encas vers mon orifice buccal pour en prendre une seconde que je distinguais assez nettement une tranche de jambon sous la mimolette. De rage je jetais le restant de sandwich dans la poubelle la plus proche (merci l’organisation, je n’ai pas eu à chercher loin, il y en avait partout !) et pris de nausées, je me demandais si je devais ou non me faire vomir pour ne pas garder plus longtemps dans mon estomac ces miettes de porc. Finalement, après avoir réalisé la logistique que cela impliquait, je piochais une barre dans mes poches arrières que j’utilisais pour faire passer le goût, avant de tout rincer en avalant un bidon d’eau.
Est-ce que cela a remis à zéro mon compteur ? J’ai par la suite décidé que non puisque ce n’était pas une décision volontaire de manger un morceau de jambon et que je ne suis pas allé plus loin dès que j’ai pris conscience du contenu réel du sandwich.

Voilà pour cette précision.

Une autre maintenant. Mon dernier repas carné officiel, c’était une Tatin de Boudin noir aux Pommes à l’Estaminet Chez La Vieille lors du déjeuner du samedi 31 Décembre 2016. A ce moment-là j’avais déjà décidé qu’en 2017 j’expérimenterai autant que possible de ne plus consommer de viande. Et plutôt que de me lancer le 1er Janvier sur le principe des bonnes résolutions, j’avais convenu que le repas du réveillon se ferait sans viande. Le midi était donc la dernière occasion d’ingérer de la chaire animale.
De manière amusante, ce 31 Décembre 2016, c’est aussi le jour où j’ai reçu mon premier home trainer, le Tacx Bushido Smart. Le lendemain, je créais mon compte Zwift et réalisais ma toute première activité sur Watopia.

Enfin, un dernier détail. Si j’ai choisi de ne plus manger de viande, c’était avant tout dans le but de conduire une expérimentation personnelle; à savoir voir combien de temps je résisterais à l’appel du sang ainsi que si j’allais mourir de multiples carences ou si j’allais pouvoir continuer à mener une vie active normale. Car dans ma démarche permanente de tendre vers un monde meilleur moins pire, je me disais que si quelqu’un comme moi pouvait vivre sans viande, alors je pourrais utiliser mon expérience pour démontrer aux sédentaires dubitatifs que la viande n’est pas nécessaire à la vie, encore moins lorsque l’on ne se déplace pas par soit même. L’un des arguments des pro-viande étant que sans protéines animales, pas de muscles, et donc, impossible d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur, la pédale d’accélérateur du SUV et, pire encore, la disparition des testicules pour tous les mâles alpha.
Mais pourquoi se passer de viande ? Parce que ça tue la planète frère !

Le bilan maintenant.

Est-ce que ça a été dur ? En toute honnêteté, absolument pas. C’était une de mes principales craintes. J’ai globalement mangé de la viande chaque jours ou presque depuis aussi loin que je m’en souvienne et, suite à un changement d’hygiène de vie, je m’étais même mis à en consommer beaucoup plus, parfois matin, midi et soir ! Alors arrêter brutalement, ça risquait d’être compliqué… Mais en fait pas du tout, pour simplifier les choses j’avais fait les courses en avance pour la première semaine, résultat je n’ai pas eu besoin de me poser de questions sur le contenu de mes repas, et j’ai enchaîné sur le même principe la semaine d’après, puis celle d’après… A aucun moment je n’ai eu une quelconque envie ou je me suis dit qu’il me manquait quelque chose dans mon alimentation. Pire encore, la première fois que je me suis retrouvé directement confronté à un plat contenant de la viande, à un repas de famille, je n’ai eu aucun mal à refuser puisque l’idée même de manger cela me donnait la nausée. Oui, par un habile subterfuge, j’avais réussi à me dégoûter de la viande et cela n’a pas changé depuis.

Question santé ? C’est à la fois simple et compliqué de répondre. Le seul effet visible que ce changement d’alimentation a eu sur ma santé, ça concerne mon système digestif. Si avant j’avais très (très) régulièrement des problèmes de transit qui se manifestaient par des brûlures d’estomac et des selles n’étant ni de type 3 ni de type 4, m’obligeant à faire appel à des solutions médicamenteuses, forcément néfastes; depuis, je n’ai plus aucun problème: une à deux fois par jour, je dépose à la piscine de beaux enfants de type 3 ou 4. La seule et unique fois où ça n’a pas été le cas, c’était pendant une gastro, évidemment.
En contrepartie, niveau flatulences, c’est la fête. Cela vient logiquement de la consommation élevée de légumineuses. Mais leur odeur est bien moindre que l’essence de mort qui se dégage d’un individu contenant de la chaire en putréfaction.
Les prises de sang effectuées régulièrement n’ont montré aucun signe inquiétant. Au contraire, mon bilan lipidique s’est amélioré. Pour la vitamine B12, je prends chaque jour mon VEG1 et voilà.
Là où ça se complique, c’est vis à vis du sport. En effet, certains prétendent que la viande est indispensable à tout athlète, tandis que d’autres prétendent que sans viande, un athlète peut mieux performer.
Alors déjà, je ne suis pas un athlète (lol), mais surtout, je n’ai commencé à m’entraîner plus ou moins sérieusement qu’avec Zwift, donc quand j’avais déjà arrêté la viande. J’ai constaté que mes performances se sont améliorées avec l’entraînement, mais rien ne me dit qu’en ayant fait la même chose avec un régime alimentaire carné j’aurai pu faire mieux, moins bien… ou la même chose. Tout ce que je sais c’est que j’ai l’impression de toujours mal récupérer, comme avant.
Par contre, le fait de ne plus avoir de brûlures d’estomac, ça me permet d’être plus à l’aise sur le vélo et de pouvoir pédaler sereinement bien plus souvent qu’avant. Alors, peut-être, cet aspect m’aide. Mais c’est impossible de fournir une conclusion objective à la question.

C’est fade/ça manque de goût, non ? Je n’ai jamais compris à quoi les gens font référence quand ils parlent ainsi. Je consommais majoritairement de la volaille et de la charcuterie. La viande rouge, en dehors d’orgies de côtes de bœuf de 800g à partager (visiblement ça n’existe plus, maintenant c’est 400g maxi) chez Courtepaille que je faisais passer avec diverses sauces, je trouvais ça vraiment pas terrible. Et si on regarde, aucune de ces viandes n’étaient consommées sans assaisonnement. Que ce soit du sel, des épices, une marinade, de la sauce…
Alors oui, du quinoa sauce rien c’est pas fou, mais en réalité, qu’il y ait de la viande ou non dans un plat, on l’assaisonne et voilà, c’est bon, ça a plein de saveurs, plein de textures !
Ce préjugé vient probablement du fait que les produits estampillés VG étaient pendant longtemps infâmes ou alors pas prévus pour être consommés tels quels, contrairement à l’immense majorité des produits carnés vendus dans le commerce. Le tofu Bjorg est très célèbre pour cela. N’en achetez pas. N’en mangez pas. C’est dégueulasse. Par contre, du vrai tofu, préparé correctement (pas plus compliqué que faire des œufs brouillés), c’est un régal. Et l’offre se développe à pas de géants, proposant de plus en plus de produits gustativement intéressants; mais généralement catastrophiques d’un point de vue nutritionnel, vive l’industrie agro-alimentaire et ses poisons préparés.
Maintenant je suis devenu expert dans la confection de mélanges totalement improbables; et même quand ça ne marche pas, un peu de Kikkoman ou de levure de bière et le tour est joué !

Avec les autres ?
Limite c’est le truc le plus chiant.
Être le relou qui refuse d’aller dans tel ou tel restaurant car ils n’ont rien de convenable, ou alors se faire apporter trois haricots verts à l’eau avec le regard méprisant du serveur.
Devoir faire face à l’agressivité de certains quand ils se sentent attaqués à tort : on me demande pourquoi je ne mange plus de viande, j’explique que c’est parce que ça pollue inutilement frère, la personne y voit un reproche envers ses habitudes de consommation et décide de démonter ma démarche en y cherchant des côtés négatifs (voir plus loin). Après quelques mauvaises expériences sur le sujet, quand je ne connais pas suffisamment la personne ou que j’ai simplement la flemme de devoir rentrer dans son délire, je dis que c’est pour des raisons de santé, parce que ça me permet de me sentir mieux sur le vélo, parfois même que c’est mon médecin qui me l’a recommandé… L’avantage c’est que jusqu’à présent, ça a soit permis de clore le sujet immédiatement, soit ça a attisé la curiosité de la personne et j’ai pu élaborer sur le sujet. Alors que l’argument de l’environnement ça s’est systématiquement mal passé. Étonnant.
Devoir faire le dos rond face à l’hypocrisie des gens qui t’expliquent qu’ils sont flexitariens ou alors qu’ils font l’effort de réduire leur consommation pour ne manger que de la viande de qualité achetée chez le boucher, mais qui continuent à acheter des plats carnés sans la moindre idée de leur provenance dès qu’ils mangent à l’extérieur.
Enfin, devoir se justifier de choses avec lesquelles on n’a rien à voir. Oui, Roger le viandard qui, parce que je lui ai dit que je ne voulais pas de sa terrine de sanglier, me confond avec Capucine la vegan antispéciste aux cheveux bleus qui s’amuse à vandaliser des boucheries avec ses potes joueurs de djembé, bah excuse-moi gros mais ces abrutis j’peux pas les encadrer non plus. Donc j’vais t’expliquer quelques concepts, et si après ça tu continues à m’voir comme ces baltringues, va bien niquer ta mère; perso j’irai pas pleurer quand tu t’prendras une balle parce-que vous aviez encore décidé d’aller chasser pour décuver.

Petite pause pour préciser deux/trois détails sur le flexitarisme là. Comme le disait si bien Jean-Pierre Coffe : c’est de la merde ! Déjà parce que ça ne veut rien dire. C’est quoi la différence entre omnivore et flexitarien ? La fréquence à laquelle on mange de la viande ? Mais quelle fréquence exactement ? Visiblement le gens n’y comprennent rien car certains (7% des sondés quand même) se disent flexitariens tout en déclarant consommer de la viande quotidiennement (source : Sondage FranceAgrimer) !
Mais surtout, parce-que le flexitarisme c’est un concept promu par l’industrie de la viande pour inciter les consommateurs à ne rien changer à leurs habitudes, ou en tout cas à réduire le moins possible leur consommation de produits carnés. Pour preuve, le site Naturellement Flexitariens dont le slogan est Aimez la viande, mangez-en mieux. Comme l’indiquent clairement les mentions légales, ce site est édité par l’Interbev c’est à dire l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes.

Et le soja alors, ça tue la forêt amazonienne ! Oui, et en plus si plus personne ne mange de viande, on ne pourra jamais nourrir tout le monde, et les éleveurs vont se retrouver au chômage ! Et puis le végétarisme c’est un complot des islamo-gauchistes qui veulent grand-remplacer les traditions françaises.
Là encore on est sur du bon gros préjugé. Ne pas manger de viande ça ne veut pas dire se gaver de soja. D’ailleurs il y a de grandes chances que j’en consomme moins qu’un omnivore lambda. En effet, comme je cuisine la majorité de mes repas, je ne suis pas très client des tofu, PST, ou tout autre produit à base de soja type lait, yaourt, crèmes… Finalement ma consommation régulière elle vient du Kikkoman. Si le fabriquant n’indique ni la provenance ni les quantités impliquées; à raison d’une bouteille de 150mL par mois, j’ai du mal à imaginer que ma consommation soit supérieure à quelques centaines de grammes par mois.
Et même quand je consomme des produits à base de soja, dans l’immense majorité des cas (incertitude vis à vis du Kikkoman mise à part) c’est du soja français ou européen. Rien à voir avec la forêt amazonienne.
Par contre, le soja sud-américain consommé directement par les humains (en opposition à celui donné au bétail qui sera ensuite abattu puis vendu en barquettes aux chasseurs de bonnes affaires), lui, il l’est sous forme d’huile, de protéines ou de lécithine, que l’on retrouve dans des produits consommés par tout le monde, y compris les omnivores. Un paquet de Prince ? Du soja. Un rôti de chapon farci ? Du soja. Et dans ce genre de cas, zéro information sur la provenance. Donc si le soja pour lequel on a détruit la forêt est consommé par les humains, c’est pas dans le tofu qu’il est caché.
Lorsque l’on arrête de manger de la viande, on libère indirectement des terres cultivées pour nourrir le bétail, qui peuvent être alors utilisées pour produire le supplément nécessaire de végétaux. Oui, il y a des exceptions; dans certains régions du monde les animaux assurent un apport énergétique bien plus régulier et accessible que de cultiver. Mais là on parle de la société moderne, où l’on chasse les saucissons et cueille les poireaux dans un supermarché.
Et pour les traditions, c’est l’argument le plus éclaté qui soit. Perpétrer une pratique sous prétexte de tradition, c’est vraiment le degré zéro de l’évolution. A ce compte là on serait encore à se bouffer les tiques dans des arbres.

Des conseils ? Oui. C’est physiquement logique mais ça ne coûte pas plus cher de manger sans viande. L’industrie de la viande est subventionnée à plein tube, résultat on peut trouver facilement des produits carnés de très mauvaise qualité à des prix ridicules. Tandis que des équivalents à base de végétaux vont coûter plus cher car moins subventionnés et moins développés. Mais si l’on compare à des produits carnés équivalents, on est dans les mêmes tarifs. Et surtout, qu’ils soient carnés ou non, les produits fortement transformés c’est… de la merde ! Si on a l’habitude de manger un steak haché, la logique veut qu’on le remplace par un steak végétal. Sauf que la plupart des steaks végétaux du commerce c’est surtout du gras et du sel. Pas terrible pour remplacer les protéines d’un steak. Et ça embarque au passage diverses substances étranges qui ne sont pas nécessaires à l’alimentation. Mais pour que ça soit attractif, il faut une bonne texture, une bonne tenue à la cuisson…
Le secret, c’est alors de les faire soit même (c’est pas hyper compliqué) ou de simplement s’en passer et de profiter d’un changement de régime alimentaire pour découvrir des milliers de nouvelles choses.
Et comme j’en ai parlé avant, de toute façon, que ce soit carné ou non, les produits très transformés c’est surtout une belle arnaque pour empoisonner le consommateur tout en se faisant un beau profit sur son dos.
Alors autant repartir sur des bases saines en revoyant un peu sa façon de préparer ses repas.
Les plats préparés ça peut servir à aider la transition, ou simplement quand on a la flemme ou qu’on veut manger un truc mauvais, mais au quotidien ce n’est clairement pas viable à mes yeux.
Cela dit, j’apprécie de voir à quelle vitesse ce marché évolue, avec l’arrivée d’acteurs majeurs de la viande qui proposent des produits à la fois bons gustativement et plutôt correct sur la nutrition; signe qu’ils voient dans cette évolution de consommation des profits à réaliser.
Sur le même sujet, certains gloussent en voyant du vin labellisé vegan. Et c’est pareil avec certains fromages qui se disent végétariens. Oui, car même s’ils ne contiennent pas directement de la viande, les fromages réalisés avec de la pressure animale ont nécessité de tuer des veaux pour récolter le liquide.
J’insiste donc, peu importe son régime alimentaire, il faut fortement se méfier des produits transformés car bien souvent ils cachent des choses qu’on n’imagine pas. Et c’est rare que l’on cherche à cacher des choses positives.

Mais alors, végétarien, végétalien, vegan ? C’est une question que l’on me pose très souvent. Et à laquelle je réponds par : je ne mange pas de viande. Oui, on aime bien mettre les gens dans des cases, mais encore faudrait-il comprendre ces cases. Car en dehors de ceux qui s’y intéressent, peu de gens savent ce qui se cache réellement derrière ces trois mots. Surtout que derrière il y en a d’autres.
Sur une semaine normale, je ne mange ni viande (ni poisson), ni œufs, ni produits laitiers. Mais je vais manger du miel. Alors sur la semaine, c’est quoi ?
Et si je mange à l’extérieur et que le seul moyen de se nourrir correctement c’est de prendre un plat qui contient des produits laitiers ou des œufs, je vais pas me laisser mourir. Alors sur l’année, c’est quoi ?
Quand j’ai du renouveler mon portefeuille, j’ai évité le cuir pour prendre une matière végétale. Mais de plus en plus de pièces de ma garde-rode sont constituées de laine mérinos. Clairement pas vegan.
En me mettant derrière une étiquette, je me rattache obligatoirement aux gens qui se revendiquent y appartenir. Et je me refuse d’être associé à ces dictateurs de la bonne conscience.
Alors je ne suis rien de tout ça, simplement, je ne mange pas de viande. C’est tout.

Rendez-vous en 2027 pour le bilan d’une décennie sans viande ?