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Watchoutek Mitou

Fin janvier, à l’occasion de mes recherches pour trouver la plaque à induction qui allait révolutionner ma cuisine, je tombais via les suggestions YouTube sur une vidéo intitulée It’s Time To Break Up With Our Gas Stoves par la chaîne Climate Town.

Je décidais de la regarder car j’avais souvent entendu des gens dire que le gaz restait bien mieux que l’induction pour cuire des aliments.

Quelques minutes plus tard, j’étais totalement bluffé (et convaincu que les gens susnommés sont des boomers).

Sous son titre et sa miniature un peu racoleurs, se cachait une vidéo incroyablement riche, recherchée, pleine d’informations pertinentes et animée avec beaucoup d’humour. Le tout pour aborder un sujet qui m’est cher : l’impact de notre consommation et de nos choix de société sur notre environnement.

Un contenu d’une telle qualité que je regardais toutes les autres vidéos de la chaîne d’une traite. Avec à chaque fois la même satisfaction de découvrir un sujet précis, abordé avec clarté et humour.

C’est absolument génial et je ne peux que vous encourager à faire de même : Climate Town.

Contrairement aux autres chaînes de vulgarisation qui ont tendance à être soit chiantes, soit superficielles, ici il (Rollie Williams) arrive avec ses talents de comédiens à garder chaque vidéo très vivante et intéressante, tout en abordant précisément les sujets.

Contrairement aux autres chaînes écolo qui surfent les problèmes tendances (le numérique, les bateaux…), les sujets abordés par Climate Town sont beaucoup moins populaires et pourtant probablement plus néfastes pour l’environnement (étalement urbain, le tout voiture…). Et plutôt que de juste dire c’est mal, on a droit aux explications sur comment on s’est retrouvés dans la situation actuelle (que ce soit la société, les politiques, les entreprises…) et des pistes pour tenter d’améliorer les choses. Individuellement mais surtout collectivement.

Et c’est hilarant ! Alors que les sujets abordés ne prêtent aucunement à sourire, on en ressort informés et souriants.

Avec plus de 200k abonnés, la chaîne rencontre déjà un petit succès, mais compte-tenu du travail vital qu’elle fournit pour notre avenir, il paraît nécessaire qu’elle atterrisse sur les écrans de tout le monde.

Même si elle ne permet qu’à 1% des spectateurs d’ouvrir les yeux sur l’ampleur de la catastrophe, ça permettra nécessairement de faire avancer les choses dans le bon sens; et on en a besoin !

Le titre est une référence capillotractée à la fameuse quittance des Snuls qui est elle-même une référence au morceau Funkytown de Lipps, Inc.

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Kaleb’s farm

Lors des vacances de Noël, on m’a un peu forcé la main pour regarder le premier épisode la série documentaire Clarkson’s Farm.

Sans grande surprise, je ne me suis jamais intéressé au personnage. Que ce soit Top Gear ou The Grand Tour par la suite; regarder des individus s’amuser à faire n’importe quoi à travers le monde au volant de voitures diverses et variées, si possible en s’assurant qu’elles finissent à la casse avant la fin de l’émission… meh.

Donc forcément, l’idée de voir un boomer faire la même chose dans une ferme, ça me rappelle Massimo Gargia dans La Ferme Célébrités et… re-meh.

J’aurai pris mon temps mais finalement j’ai regardé chacun des huit épisodes.

Pour l’aspect positif, ça n’était pas (tout à fait) conforme à ce à quoi je m’attendais. Et on voit que Jeremy s’est réellement impliqué dans le projet. Il a bossé et, au vu de ses réactions, il semblait vraiment touché par l’issue, positive ou négative, de certains évènements liés à l’activité.
Le concernant, ça s’arrête là.

A côté, le reste du casting est plutôt sympathique, avec en particulier Kaleb (voir photo ci-dessus), dont les répliques et sa relation avec son employeur sont à mourir de rire. Il semble également être un excellent fermier.

C’est d’ailleurs le dernier point positif de la série, mais pas des moindres.
Elle donne une très bonne image de la profession, que ce soit dans le rôle qu’ont ces professionnels dans notre société, l’attachement qu’ils peuvent avoir envers les terres et les animaux qu’ils travaillent ainsi que le côté authentique de leur activité. Enfin, les difficultés qu’ils rencontrent face à l’absurdité du système selon lequel est organisée notre société.

Mais c’est là que l’on bascule dans le négatif.

En effet, à de nombreuses reprises on peut voir à quel point l’agriculture n’est pas viable économiquement. Que sans les aides de l’État (ça se passe dans une Angleterre post-BREXIT donc cheh la PAC) ce serait la faillite immédiate. Et que pour pouvoir prétendre à ses aides, il faut se plier à des dizaines et des dizaines de normes et réglementations, qui changent constamment et qui apparaissent être des absurdités sorties de bureaux londoniens tant leur application dans le monde réel semble contre-productive.

Pour autant, Jeremy n’est pas un agriculteur comme un autre puisqu’il a lui-même un patrimoine très confortable et que son activité semble soutenue par la production Amazon de la série. Résultat il engage régulièrement des dépenses colossales que ne pourrait se permettre un exploitant normal. Et malgré ce capital supplémentaire, il réalise un profit ridicule. Alors qu’en est-il des autres, qui n’ont pas eu cet influx d’argent ? On n’en parle pas.

En plus de cela, Jeremy use de sa célébrité pour tenter d’améliorer les ventes de sa boutique. Là encore, les autres n’ont pas des millions de followers à portée de téléphone.
J’aurai aimé savoir comment il s’en serait sorti sans ces deux jokers. Le voir impliqué en tant que vrai agriculteur.

Sa fan-base introduit un autre problème de la série. Alors qu’il prétend, en tant que neo-agriculteur, essayer de faire le bien pour protéger la nature; il décide de faire appel à ses fans du monde entier pour venir lui acheter… ses pommes de terre.
Résultat, des embouteillages sur des kilomètres se forment autour de son terrain perdu au milieu de la campagne, avec des gens parcourant des distances plus ou moins importantes pour venir acheter… des pommes de terre.
L’absurdité totale. Ou comment engendrer une pollution complètement inutile. Tout ça pour faire écouler… des pommes de terre.
Que chacun aurait pu acheter pour moins cher à côté de chez soit.

Et c’est une sujet qui revient souvent, où il prétend agir pour le bien de la planète. Par exemple quand il loue une pelleteuse pour creuser un bassin au milieu d’une zone naturelle qui se débrouillait très bien. Le chantier, évidemment, se transforme en catastrophe et nécessitera de brûler probablement plus de carburant non renouvelable que ne peut en contenir le dit bassin.
Même chose quand, plutôt que de planter de jeunes arbres achetés à proximité, il préfère faire affréter des arbres de plusieurs dizaines de mètres de haut qui nécessiteront l’usage de machines très énergivores pour les déplacer et les planter.
Si localement cela peut donner l’impression d’une amélioration; il ne fait aucun doute que globalement le bilan est négatif. Il cherche à se donner le beau rôle alors qu’en réalité, il aurait été plus bénéfique en ne faisant… rien !

Une autre situation illustre très bien ce bilan. Il a décidé qu’il voulait faire des moutons. Sans aucune considération du coût d’achat et d’entretien des bêtes, quand vient l’heure de la tonte, le calcul est simple : il paie £1.75 le tondeur par mouton; et vends la toison £0.4. Soit une perte sèche de £1.35 par animal.
C’est la même chose avec ses idées farfelues d’amélioration de ses terres : il améliore localement de 0.4 mais pour cela il crée 1.75 de dégâts globalement.
Si on garde l’angle de la caméra suffisamment serré, ça marche ! Si on recule, c’est catastrophique. Car c’est néfaste mais en plus on fait croire que c’est positif.

Un autre problème qui est parfaitement mis en image, c’est l’absurdité de nos comportements (oui, j’inclue tout le monde ici) face au dérèglement climatique. Après avoir subit les pires pluies depuis des décennies à l’automne, l’exploitation se retrouve face à des records de sécheresse au printemps. Face aux risques que cela implique pour les cultures, quelle solution va employer Jeremy pour tenter d’y remédier ?
Brûler des litres de carburant non renouvelable, évidemment !
C’est ainsi qu’on passer des heures dans son tracteur pour aller pomper 4000 litres d’eau dans une rivière à des kilomètres de ses champs, avant de disperser le contenu de la cuve en quelques minutes pour couvrir une surface ridicule.
Même chose lorsqu’il souhaite pomper l’eau de son bassin pour arroser une prairie. Il juge l’usage de panneaux solaires pas assez efficaces et décide d’utiliser à la place une pompe… au diesel.
Brillant !
Quand on dit soigner le mal par le mal, on fait référence à la chimiothérapie par exemple, avec l’objectif de tuer les cellules qui risquent de tuer l’individu.
Là, en voulant remédier à un problème (le manque d’eau) par l’usage de techniques qui sont très certainement à l’origine du problème, ça relève de la folie et ne fait qu’aggraver la situation pour l’avenir.

Je terminerai en parlant de Jeremy lui même (après tout la série porte son nom) qui s’avère globalement agaçant. Dès le départ, il se comporte en bourgeois ignorant, qui espère combler son manque de savoirs et compétences par l’épaisseur de son portefeuille. C’est comme ça qu’il se retrouve à acheter, en Allemagne, un tracteur Italien (évidemment) qui s’avère totalement inadapté à son exploitation.
Il est trop haut pour son hangar. Il possède un attelage européen qui n’est pas compatible avec les machines qu’il possède déjà. Il est trop large pour son semoir….
Ce genre de bourdes, il en fait en permanence. Parfois c’est drôle car c’est inoffensif. Comme quand il installe une barrière trop petite pour fermer l’enclos. Mais souvent c’est désolant car c’est très dangereux.
J’ai déjà parlé de ses tentatives de se lancer dans la protection de l’environnement et qui s’avèrent en réalité totalement contre-productives.
A un autre moment, il affirme, droit dans ses bottes, que les deux avocats qu’il tient dans ses mains ont produit plus de pollution que ne pourrait le faire l’usage d’une Polo pendant un an.
Évidemment, c’est totalement faux. On parle de 850g de CO2 pour deux avocats. Une Polo c’est ~100g/km. Oui, 100 grammes par kilomètre ! Contre 425 grammes par avocat ! Donc soit il considère que l’usage annuel moyen d’une voiture est de 8.5km, soit c’est un énorme mensonge.
Mais le plus gros problème c’est que ça a été pris pour parole d’évangile par ses fans petrolhead qui refusent de voir la vérité en face et qui cherchent par tous les moyens une justification à leur mode de vie destructeur. Il suffit de rechercher « avocado clarkson » pour se rendre compte de la situation.
Encore une fois, il aurait mieux fait de se taire que de dire de tels âneries. Car après avoir vu cette série, des gens sont maintenant convaincus que rouler toute l’année en voiture est moins polluant que manger… deux avocats. Alors s’ils se tiennent éloignés de ce fruit du démon, ils peuvent bien brûler des centaines de litres de diesel par an.
Et même si parfois il semble prendre conscience de certaines choses, que ce soit vis à vis de l’environnement ou de son bétail, comme quand il semble verser quelques larmes après avoir dépose des brebis à l’abattoir; au final il balaie ça d’un revers de la main à la première occasion, en se faisant rapatrier une voiture depuis l’autre côté de la planète ou en se préparant le dîner avec la viande de ses brebis…
Là encore, son comportement illustre parfaitement le notre, en tant que société d’individus. Et c’est finalement très triste et désespérant.

De la même manière qu’aucune explication ou idée de résolution n’est fournie concernant la situation invivable des agricultures, c’est tout aussi le néant concernant la planète.

Je n’attendais pas à ce que la série offre des solutions, mais dans ce cas autant ne pas en parler. Encore moins si c’est pour propager des informations mensongères qui ne peuvent qu’aggraver la situation.
Volontairement ou non d’ailleurs. C’est là aussi une partie du problème. Je n’ai pas réussi à déterminer s’il était foncièrement mauvais (comme certains savants de Marseille) ou s’il était simplement stupide.

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Sous influence

Dimanche dernier, en faisant tomber une généreuse pincée de stigmates de safran sur les légumes que je préparais pour la semaine à venir, je me rappelais comment j’en étais arrivé là.

A l’origine, j’avais lu cet été une étude qui parlait des effets positifs de la consommation de safran sur la santé mentale. Pas nécessairement déprimé, mais pas au top non plus, j’y voyais avant tout un prétexte pour introduire une nouvelle épice dans mon alimentation car c’est simplement quelque chose que je ne consommais pas du tout.

Dans le commerce physique, si on veut éviter le racket et le suremballage de Monsieur Ducros, ça semble compliqué. Alors je me retrouvais à commander une boîte de Pure Spanish Saffron de chez The Silk Route Spice Company.

Une fois l’objet en main, le nom de l’entreprise m’intrigue, j’en viens à faire quelques recherches sur le sujet et commence alors à écouter Les Routes de la Soie: L’histoire du cœur du monde.

Et à l’écoute de cet ouvrage, je découvre un monde qui m’était alors totalement inconnu. Là encore, je suis piqué par la curiosité et décide d’approfondir un peu plus en lisant Samarcande.

Avec le recul, je trouve amusant de retracer le parcours ayant suivi la lecture d’une étude; qui m’aura amené à apporter un changement à mon alimentation et à découvrir au moins deux livres, simplement via la curiosité.

Aujourd’hui, je glisse régulièrement du safran dans mes repas. Aucune idée de l’influence sur ma santé mentale, mais au moins cela m’aura permis de faire de belles découvertes et d’apporter des réponses à des questions que je me posais depuis des années. C’est déjà ça.

J’en ai également profité pour essayer de me fournir localement via une exploitation à Ennetières-en-Weppes devant laquelle je passe régulièrement à vélo, mais malheureusement la productrice a cessé son activité l’an dernier.

Le titre.

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JDMAI #73

Tenet (2020) : Non. On prend une intrigue type d’un James Bond, on lui ajoute un concept de SF relativement obscur, un casting pas terrible, des dialogues absurdes, des dizaines de scènes d’action supportées par des tonnes d’effets spéciaux et… Bah on s’emmerde sérieusement ! Tous ce travail visuel apparaît clairement comme de la poudre aux yeux pour masquer la faiblesse de l’écriture. C’est prétentieux au possible alors qu’au final c’est un banal film d’action où la SF vient simplement pour offrir un nouveau terrain de jeu, très mal exploité. Je déteste ces œuvres SF dans lesquelles les règles ne sont jamais clairement établies, permettant à l’auteur de les adapter à se guise, au fur et à mesure, en lui facilitant le travail pour fournir un résultat tout à fait inconsistant. C’était déjà la même chose avec Interstellar (2014). L’avantage c’est que ça a tout pour plaire car sous des aspects complexes, ça reste très accessible.

Samarcande – Amin Maalouf : Passionnant. Un beau voyage dans le temps et l’espace. Parfois difficile de s’y retrouver question narration, avec les changements d’époque et de point de vue. Le mélange entre réalité historique et fiction est également perturbant. C’est très intéressant de voir que ce roman, écrit à la fin des années 80 par un oriental, tient exactement les mêmes propos sur l’impact de l’Occident dans les problèmes de l’Orient que The Silk Roads, écrit par un historien anglais en 2015. Un regret concernant la fin bien trop far-fetched avec ce délire sur le Titanic.

Dis-lui que les qualités qu’il faut pour gouverner ne sont pas celles qu’il faut pour accéder au pouvoir. Pour bien gérer les affaires, il faut s’oublier, ne s’intéresser qu’aux autres, surtout aux plus malheureux ; pour arriver au pouvoir, il faut être le plus avide des hommes, ne penser qu’à soi-même, être prêt à écraser ses plus proches amis. Et moi je n’écraserai personne !
[Samarcande – Amin Maalouf]

Dessiner encore – Coco : Fourni un regard intérieur intéressant aux évènements et surtout à leurs répercussions sur l’une de leurs victimes.

La Société du Peloton – Guillaume Martin : L’idée de partir du peloton cycliste pour analyser la société dans son ensemble est pour le moins intéressante. Mais ça ne fournit pas de quoi remplir un livre complet, seulement quelques pages tout au plus. Ce qui force son auteur à pratiquer de nombreuses digressions et à surtout multiplier les répétitions. En cherchant à être équilibré pour être accessible à tous, j’ai surtout l’impression que le résultat est trop tiède. Il ne va pas assez dans les détails du cyclisme sur route professionnel pour vraiment accrocher les passionnés, tandis qu’il use d’un vocabulaire et de références qui ne sont pas suffisamment expliquées pour éviter de perdre ceux qui n’y connaissent rien mais qui pourraient avoir été attirés par l’aspect sociologique de la chose. Le gros du propos « Tout acte, même supposément désintéressé, est nécessairement intéressé » n’a rien de neuf, si ce n’est qu’ici sa démonstration est faite en s’appuyant sur l’expérience du coureur-philosophe. Et c’est d’ailleurs également un des reproches que j’ai à faire à ce livre, c’est que son auteur manque clairement d’expérience de vie, et ce qu’il prend pour vérité générale n’est en réalité que sa propre vision du monde d’athlète de haut niveau, passant les 3/4 de l’année dans une bulle.
Ça et là, on trouve quand même quelques remarques et observations très pertinentes.

Plutôt que de s’étonner des étrangetés de notre monde, de les déplorer, de s’énerver contre les autres, de s’apitoyer sur sa propre misère, ou de vouloir tout contrôler, il faudrait être capable d’assumer ses faiblesses, passer outre les incohérences adverses et accepter d’être jugé responsable d’actions qui nous dépassent.
[La Société du Peloton – Guillaume Martin]

Harry Potter et la Chambre des secrets – J. K. Rowling (Audiobook) : Mes souvenirs étaient bien mélangés, ce que je pensais trouver dans le premier tome était en fait présent dans le second. Avec le recul des années et de l’expérience, c’est fascinant de voir toutes les leçons de vies données dans cette histoire pour enfants.

Ce sont nos choix, Harry, qui montrent ce que nous sommes vraiment, beaucoup plus que nos aptitudes.
[Harry Potter et la Chambre des secrets – J. K. Rowling]

The Man from U.N.C.L.E. (2015) : C’est (très) drôle, c’est rythmé, le casting fonctionne bien, la musique est top, l’image est belle… Un vrai bon divertissement !

Dirty Harry (1971) : C’est, heu, nul… Les personnages sont tous détestables, les séquences totalement absurdes, c’est inintéressant…

Life of Brian (1979) : C’est terriblement drôle, terriblement bien écrit et sous couvert de simplicité, c’est très riche. Le superbe générique parodiant les James Bond, et la célèbre Always Look On The Bright Side Of Life en clôture. Plus que jamais d’actualité, en particulier avec cette scène particulièrement drôle et totalement prophétique.

Stan: I want to be a woman. From now on, I want you all to call me Loretta.
Reg: What?
Stan: It’s my right as a man.
Judith: Well, why do you want to be Loretta, Stan?
Stan: I want to have babies.
Reg: You want to have babies?!
Stan: It’s every man’s right to have babies if he wants them.
Reg: But you can’t have babies.
Stan: Don’t you oppress me.
Reg: I’m not oppressing you, Stan. You haven’t got a womb. Where’s the foetus going to gestate? You gonna keep it in a box?
Judith: Here, I’ve got an idea. Suppose you agree that he can’t actually have babies, not having a womb, which is nobody’s fault, not even the Romans’, but that he can have the right to have babies.
Francis: Good idea, Judith. We shall fight the oppressors for your right to have babies, brother. Sister.
Reg: What’s the point?
Francis: What?
Reg: What’s the point of fighting for his right to have babies, when he can’t have babies?
Francis: It is symbolic of our struggle against oppression.
Reg: Symbolic of his struggle against reality.
[Life of Brian (1979)]

American Crime Story (Saison 3, Épisodes 1 & 2) : Techniquement ça a tout pour être génial, la reconstitution historique est maîtrisée, les images superbes… Mais ça ne marche pas. Déjà parce que sans connaître les évènements racontés, on ne comprend strictement rien. C’est la première fois que je regarde un docu-fiction qui considère que le spectateur maîtrise déjà bien l’histoire. Et dans ce cas, quel intérêt à regarder ? La première saison traitait d’une affaire dont je ne connaissais strictement rien, et la façon dont c’était narré m’avait permis de la découvrir. Là, j’ai quelques notions, et pourtant je suis totalement largué. L’impression d’avoir commencé une série à deux épisodes de la fin.
En plus de cela, les personnages sont très étranges. Tous insupportables et surtout inspirés plus ou moins de leur version réelle. Lorsque je pensais reconnaître une Hillary Clinton, il s’agissait en fait d’une Laura Bush. Non, je ne peux pas aller plus loin.

Narcos: Mexico (Saison 3) : Plutôt déçu. Ils ont décidé de s’intéresser plus à l’impact du trafic de drogue sur la société au sens large que de rester sur les intrigues entre barons de la drogue et autorités, comme c’était le cas jusqu’à présent. Autrement dit, faire un The Wire sauce salsa. Mais sans la profondeur d’écriture et les personnages qui vont avec. Ce qui fait qu’on a des intrigues très différentes, plus ou moins liées, qui pourraient être passionnantes à suivre, mais qui ici sont survolées et le temps qui leur est accordé n’est pas mis à profit pour susciter un réel intérêt.
L’impression qu’ils ont voulu arrêter de faire une série qui pourrait donner une bonne image des trafiquants et à la place dire « hé, regardez, pendant qu’ils s’amusent à faire des milliards, ils ruinent la vie de milliers d’innocents en influant plus ou moins directement sur la politique, la sécurité, l’économie du pays ». Tout en n’accordant pas assez de temps à chacun de ces sujets. Que ce soit la journaliste Andrea Nuñez (qui devient narratrice au passage) ou Victor Tapia, ils auraient mérité leur propre série tellement ce qu’ils avaient à raconter est riche. Sauf qu’à la place ils ont quelques minutes dans chaque épisode.
De son côté, Alejandro Edda est toujours aussi incroyable en El Chapo.

En route ! : Mon projet pour sauver la France – Pierre-Emmanuel Barré : C’est du PEB tout craché, l’écriture est tellement similaire à celle de ses sketchs que naturellement on se met à lire avec sa voix. Et à l’image de sa série vidéo Journal de Campagne sur les élections présidentielles de 2022, c’est à la fois très drôle et très juste. Ça se lit très bien et ça permet de s’extraire un peu de l’absurdité ambiante. Difficile de faire un choix de citations tant c’est rempli de punchlines; mais en voici trois, dont une sur les traditions (pas les baguettes), qui résonnera très bien avec un passage de cet article.

Tout cela étant dit, la meilleure solution pour régler les problèmes dus à l’immigration reste bien sûr de soigner les causes de ces mouvements de population : si on veut que les migrants cessent de migrer, il faut qu’ils aient envie de rester chez eux. Et pour cela, il faut qu’on cesse de détruire et de piller leurs pays. Notre nation a une longue tradition coloniale et belligérante. Pendant des siècles et des siècles, les Français ont conquis des territoires, volé les ressources, exploité les hommes et violé les femmes. C’est ce qui a fait la grandeur de notre pays, certes, mais c’est aussi ce qui a fait la petitesse des autres.
[…]
Chaque citoyen doit pouvoir se déplacer dans les rues de notre pays sans risquer de se faire insulter ou agresser sans raison. Il serait donc judicieux de supprimer la police.
[…]
Certes, il y aura toujours des abrutis pour dire : « Oui, mais le vin, c’est pas pareil, c’est la tradition. » Déjà, laissez-moi vous dire que l’argument de la tradition, c’est le plus stupide du monde. Brûler des sorcières et exciser des enfants, c’étaient aussi des traditions, c’est pas pour ça qu’on en parle avec nostalgie le soir au coin du feu.
[En route ! : Mon projet pour sauver la France – Pierre-Emmanuel Barré]

Two Metres From You – Heidi Stephens : A la base je cherchais simplement une lecture sans prise de tête, alors une comédie romantique se déroulant au printemps 2020, haut placée dans le classement Kindle, semblait totalement adaptée. Et même si à la simple lecture du résumé on se doute de ce qu’il va se passer, c’est suffisamment bien raconté pour qu’on se laisse prendre et surprendre. L’objectif est atteint. Concernant la période durant laquelle l’histoire se déroule, cela doit surement dépendre de comment chacun a vécu la chose, mais personnellement j’aime beaucoup. Non seulement on ça permet de se sentir beaucoup plus proche des personnages mais en plus ça offre un autre point de vue sur les évènements.

It was a tactic she deployed at boarding school too – if she was lonely or depressed or being bullied by the other girls, she’d go and stand in the rain or the snow, the theory being that if things couldn’t be any worse, they would have to start getting better. Some girls self-harmed by starving themselves or carving their arms up with the pointy end of a compass; Gemma just made herself feel as terrible as possible until her emotions hit rock bottom and had nowhere else to go but up.
[Two Metres From You – Heidi Stephens]

Louie (Saison 2) : Compliqué… On s’attend à une comédie mais c’est vraiment pas le genre de série à regarder pour se détendre et rire à des blagues faciles. C’est extrêmement bien écrit et interprété, cru, subtil et si on n’est pas préparé, c’est plutôt déprimant. Des messages et sous-textes dans tous les sens et même si chaque épisode n’est pas directement lié aux autres, il y a une constance via le principal protagoniste. C’est (l)oui(e) !

The Spy and the Traitor – Ben Macintyre : Les deux premières parties peuvent paraître un peu longues car elles décrivent la situation géo-politique autour de la Guerre Froide saupoudrée d’espionnage international. C’est malgré tout très intéressant car c’est rempli de détails qui permettent de mieux comprendre comment tout cela fonctionne et que, malgré le prestige qu’on peut imaginer autour de ces professions, ça reste des gens (presque) comme les autres qui rencontrent exactement les mêmes problèmes dans leurs interactions avec les autres humains. Et contrairement à ce que peut renvoyer une œuvre de fiction, ici absolument rien n’est enjolivé. C’est une accumulation de faits tels qu’ils ont été compris par l’auteur.
La troisième et dernière partie, quant à elle, est ce que j’ai lu de plus passionnant depuis… probablement Harry Potter lorsque j’étais jeune adolescent. C’est très simple, je l’ai commencée en fin de journée et ce n’est qu’au milieu de la nuit, fatigué et déshydraté, que j’ai levé les yeux de la Kindle juste avant de la refermer, le livre terminé.

Intelligence agencies have a reputation for brilliant insight and cool efficiency, but despite close vetting of candidates they are just as likely to hire and retain the wrong sorts of people as any other large organization.
[The Spy and the Traitor – Ben Macintyre]

Et il-y-a même un passage qui rappelle le chef d’œuvre musical de Francky Vincent :

He was occasionally overheard at parties drunkenly shouting: […] ‘Come and see me in my dacha when I retire.’
[The Spy and the Traitor – Ben Macintyre]

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Demain c’est (encore) loin

En 1997, sortait l’album L’École du micro d’argent du groupe IAM, considéré comme l’un des albums majeurs de l’histoire du rap français. En seizième et dernière position des titres de celui-ci, se trouve Demain c’est loin, qui du haut de ses neufs minutes est généralement qualifié de meilleur morceau de l’histoire du rap français.

Personnellement j’ai tendance à être plutôt d’accord avec ces avis. Mais là n’est pas la question.

Ce jeudi, en me rendant sur YouTube, l’algorithme me suggérait le clip NEJ’ – Demain c’est loin feat. Vegedream (ne cliquez pas !). Intrigué car je reconnais évidemment le titre d’IAM, que je reconnais (malheureusement) Vegedream et que je n’ai aucune idée de qui est NEJ’; je décide de cliquer, pensant tomber sur une reprise moderne du chef d’œuvre de 1997.

Après quelques secondes d’écoute je réalise mon erreur. Ça s’appelle NEJ’ mais c’est exactement la même soupe insipide que du bon vieux Aya Nakamura soldé chez Intersport (ceux qui savent, savent). Hello papi mais qué pasa? (mais bordel…) se transforme en Tu sais mon cœur est full.

Absolument aucun lien entre cette vidéo musicale et IAM donc. D’un côté, je suis rassuré : au moins elle n’a pas profané un monument historique. Mais est-ce que je suis le seul a avoir été attiré par le titre ? Je jette alors un œil aux commentaires et rapidement je tombe sur des messages semblant reprocher à NEJ’ (non, je n’écrirai pas artiste pour la désigner, déso, absolument pas déso) de s’être inspirée du travail de quelqu’un d’autre.

Décidément, je suis largué. Aucune idée de qui est Rilès. Je connais de nom Ricqlès, le glouglou qui fait glagla, mais c’est tout.

A ce moment j’imagine que c’est une personne qui a fait une reprise du titre d’IAM et que, dans l’esprit de ces gens, c’est elle l’auteur(e ?) originale de Demain c’est loin. J’ai très peur.

Avant de partir à sa recherche, je lis quelques commentaires supplémentaires.

Si les deux premiers commentaires m’ont laissé perplexe (DA = Dessin Animé dans mon vocabulaire), le troisième vient légèrement donner un sens à tout cela.

En réalité je ne sais pas trop ce qu’est une direction artistique, mais comme ils ne font pas référence directement au titre, je me dis qu’ils doivent faire référence au clip en lui même. Ma théorie sur Rilès était donc fausse. Tant mieux ?

N’y tenant plus, je lance une recherche sur Rilès, clique sur le premier résultat et comprend immédiatement de quoi il était question depuis le départ :

Clairement c’est difficile de passer à côté de l’inspiration. Tout y est : l’objet qui tourne, le nom de la personne qui fait des bruits avec sa bouche, le nom du titre, les paroles qui défilent, le nom de l’album…

La capture de gauche a bien évidemment été faite pour saisir l’incroyable richesse des paroles : Mon cœur je te le donne; A toi, à toi, à toi, à toi. A répéter quatre fois tellement c’est profond, soit seize toi, son père doit être couvreur.

Ce qui m’attriste c’est que sur la vingtaine de personnes qui a remarqué le plagiat, absolument personne n’a parlé d’IAM. Certes, ils n’ont pas déposé Demain c’est loin, mais c’est difficile de faire une chanson intitulée Demain c’est loin sans penser à IAM.

Il faut croire que je me fais vieux. Mais comme le dit Didier : C’est pas moi qui suis trop vieux, votre musique c’est vraiment de la merde !