Traîtresse de vieillesse

La semaine dernière, Renaud sortait une nouvelle chanson sobrement (!) intitulée Corona song.

J’ai tout d’abord cru à une blague, puis j’ai ressenti de la consternation avant une grande tristesse.

Pour citer un auteur plus jeune mais tout aussi talentueux Où sont passées les stars de ma jeunesse ? Morts ou devenus des parodies d’eux-mêmes.

Rien que le titre, avez zéro originalité, était déjà annonciateur du désastre. Et le refrain Coronavirus, connard de virus, soit le combo rime/jeu de mot le plus éclaté au sol de cette année vient faire s’envoler tout doute.
Mais ce n’est pas tout.

Si on s’attarde un peu plus sur les paroles, on a :

Pour ce qui est du clip ce n’est guère mieux.
Avec le célèbre bandana rouge utilisé comme masque de protection mais mal porté la majorité du temps puisqu’il ne couvre pas le nez.
Une scène complètement absurde où on le voit brandir un vieux fusil.
Et plus généralement les plans où il est dans les bois avec quelques individus dans son style, entourés de vieux engins agricoles l’ensemble donne vraiment une impression de redneck.
Là encore en contradiction avec ses propos sur Trump puisque ce genre d’individus fait partie de son électorat.

Bref, l’absence d’originalité et le fait que tout ça ne ressemble pas du tout à ce qu’était Renaud est dur à voir quand on a tant d’estime pour son travail passé.

Posté le 18 juillet 2020 par Jacques Danielle

JDMAI #54

The Wire (Saison 2) : Que ça passe vite ! J’avais en mémoire une histoire très complexe mêlant une quantité impressionnante de personnages (c’est le cas) et finalement une fois que toutes les pièces sont en place, c’est déjà l’avant-dernier épisode. Ça aurait pu durer cinquante, cent épisodes, je prenais immédiatement !

Dunkirk (2017) : Visuellement impeccable. Le choix de ne jamais (ou presque) montrer l’ennemi sous forme humaine est bien vu. La narration un peu chaotique est raccord avec l’histoire. Pour autant, il manque un petit quelque-chose pour rendre le film totalement marquant. Et avoir mis de grands noms au casting n’était vraiment pas indispensable.

The Wire (Saison 3) : En cette période particulière, la saison résonne différemment et on réalise un peu plus à quel point l’écriture est d’une incroyable justesse.

Marcella (Saison 3) : Wow ! La première moitié de l’épisode initial est un bordel incompréhensible jusqu’à ce que l’on ait enfin droit à des explications. La suite est un pur plaisir, avec un mélange d’accents tirés au couteau, de cassosseries délicieuses, d’intrigues rocambolesques et de psychoses gênantes. Avant de terminer sur un final grandiose et complètement délirant, d’un niveau supérieur à ce qu’on pouvait attendre. Tout cela avec une fluidité relativement étonnante. C’est vraiment pas fait pour tout le monde, il suffit de voir les critiques, mais si on apprécie le genre c’est top.

The Wire (Saison 4) : De loin la saison qui prend le plus le spectateur par les sentiments. Que ce soit la joie ou la tristesse. Un régal.

Balle Perdue (2020) : Ça casse peut-être quatre murs de béton, mais pas trois pattes à un canard… Écriture très simpliste et bancale. Mais puisque c’est un film d’action, n’y prêtons pas attention. C’est plus un délire entre potes, et le plaisir qu’ils ont pris à tourner le film ressort assez clairement ce qui permet de passer un bon moment.

Brooklyn 99 (Saison 4) : Rigolo.

The Wire (Saison 5) : Et voilà, c’est (déjà) fini. Encore une saison bien différente des précédentes, avec une intrigue incroyable et de grosses évolutions de personnages. Le dernier épisode est un cran au dessus encore. Comme-ci cela était possible. Enchaîner les saisons était nécessaire car cela permet de réaliser à quel point elles réalisent un ensemble tout à fait cohérent, avec les dernières minutes qui rebouclent à la perfection les premières minutes. Une invitation à regarder de nouveau ce chef d’œuvre. Et quelle galerie de personnages. Impossible d’en choisir un.

Zoey’s Extraordinary Playlist (Saison 1, Épisode 1) : Après The Wire, je voulais calmer le jeu en passant à quelque chose de plus léger et ceci semblait tout à fait adapté. Finalement c’était peut-être trop léger. Le surjeu permanent, les dialogues totalement creux, les clichés constants, l’incohérence omniprésente… Et le pire c’est que j’espérais découvrir quelques perles musicales, comme avec High Fidelity, mais non, ce ne sont que des classiques archi-connus. Suivant.

Parlement (Saison 1) : Excellente surprise. Je m’attendais à un truc niais/bien-pensant visant à donner une belle image de l’Europe. La réalité est tout autre. C’est une critique comique documentée, bien écrite et vraiment très drôle de l’institution et de ses membres. En plus c’est disponible en libre accès sur le site de France TV, alors aucune raison de se priver.

Dark (Saison 3) : Deux solutions. Soit la saison est extrêmement pauvre mais les scénaristes se sont employés à complexifier à l’extrême la narration afin de focaliser l’attention du spectateur sur celle-ci, l’empêchant de réaliser la supercherie façon bonneteau, tout en offrant une explication finale sur un plateau d’argent pour flatter son intellect : bravo, tu as réussi à démêler ce sac de nœuds, tu dois être très intelligent ! Soit je ne suis tout simplement pas client de ce genre de production, ou trop con pour comprendre; le problème c’est moi. Dur de choisir… Une chose est sûre, Dark est vendue comme une série de science-fiction mais c’est faux. C’est au mieux une série fantastique. L’embrouille vient peut-être de là. L’histoire n’a rien de rationnelle. Il ne suffit pas de parler de voyage dans le temps et de balancer quelques théories scientifiques pour être de la SF. Non. En s’affranchissant de tout cadre et de toute contrainte au fur et à mesure de ce qui arrange les auteurs, Dark n’est au final qu’une série sentimentale fantastique. C’est à dire une perte de temps pour ceux qui, comme moi, pensaient être devant une pépite SF suite à la première saison. Heureusement c’est terminé.

Curb Your Enthusiasm (Saison 9) : J’avais oublié à quel point c’était si particulier et si drôle. Dévoré les 10 épisodes.

#Playlist

Hoshi – SQY : Right in the feels. Rarement été autant pris par une chanson nostalgique. Boule au ventre à chaque écoute. Le reste de l’album est tout aussi juste.

Posté le 1 juillet 2020 par Jacques Danielle

Citius, Altius, Fortius

La devise olympique est la devise des Jeux olympiques modernes, composée des trois mots latins « Citius, Altius, Fortius » qui signifient « plus vite, plus haut, plus fort ».
[Devise olympique sur Wikipedia.org]

L’exemple emblématique de ces ultra-trails annulées en raison de la pandémie de coronavirus est celui de l’UTMB, l’ultra-trail du Mont-Blanc qui n’aura pas lieu à la fin du mois d’août à Chamonix. Mais cette période compliquée a aussi permis à certains de réfléchir à l’avenir de ce genre de compétitions. C’est le cas du Jurassien Xavier Thévenard qui veut maintenant mettre en pratique son engagement écologique : il ne veut plus prendre l’avion pour aller courir à l’autre bout de la planète.
[Demain, il arrête de prendre l’avion : l’engagement du champion d’ultra-trail Xavier Thévenard sur FranceInter.fr]

Décision courageuse et très appréciable de la part de cet athlète qui n’hésite pas à mettre ses convictions avant sa carrière.

Il faut dire que vivre en accord avec soit même doit être plus simple que de subir en permanence une forte dissonance cognitive lorsque l’on pratique un sport en pleine nature tout en participant activement à sa destruction par son propre mode de vie.

Après avoir lu l’article de France Inter, je suis tombé sur cet autre intitulé Le sport de haut niveau est-il un non sens écologique ? sur le site inconnu jusqu’alors (attention à la valeur du propos) « BonPote.com ».

Et là je suis clairement dubitatif.

Déjà parce que le sport n’a pas vocation à être respectueux de l’environnement.
Certes il semble logique de se préoccuper de l’impact sur l’environnement que la pratique de certains sports peuvent avoir lorsque celle-ci a lieu en pleine nature. La détruire reviendrait alors à mettre en péril ce sport.
Mais quand on voit que les sports les plus populaires se pratiquent en immense majorité dans des lieux artificiels, on se doute que le judoka n’a pas vocation à se pourvoir en défenseur des ours polaires.
J’entends souvent les critiques vis à vis du Tour de France, pendant lequel l’ensemble du convoi incluant l’organisation, la sécurité, les médias, les sponsors, et enfin les équipes, représente un total d’engins motorisés plus important que le nombre de coureurs cyclistes au départ. Et je suis le premier à m’en désoler lorsque j’assiste à ce spectacle sur le bord des routes. Pour autant, ce n’est pas parce que la bicyclette est vue comme un moyen de transport individuel plus vertueux que l’automobile (ou l’hélicoptère) que la pratique du cyclisme sportif professionnel doit être eco-friendly.

Ensuite parce qu’il ne faut pas se tromper sur la nature du sportif de haut-niveau qui n’est autre qu’un simple acteur de divertissement. Parler de devoir d’exemplarité vis à vis de la société est une erreur. Le sportif professionnel tire ses revenus de ses sponsors/partenaires. Il n’a donc d’autre devoir qu’envers ceux-ci. Ce n’est pas un élu qui doit rendre des comptes à ses administrés et qui touche un salaire provenant des finances publiques. Si à titre personnel un sportif est un connard et diffuse des idées de merde à ses fans, c’est son problème et celui de ses sponsors. Si ses fans décident de suivre ses idées de merde, c’est leur problème. Libre à chacun de continuer à admirer ou non un sportif s’il s’avère qu’il ne partage absolument pas ses idées. Ce n’est pas à la société d’imposer à chaque individu ce qu’il doit penser en fonction de son statut dans celle-ci.

Enfin parce que l’activité d’un sport de haut niveau n’est pas que son activité. Quand un sportif traverse la planète en avion pour participer à une compétition, son impact environnemental n’est pas propre à l’individu mais partagé avec les spectateurs puisque c’est pour eux que le déplacement a été réalisé. Et c’est là toute la différence avec le monde amateur, et raison par laquelle c’est plutôt de se côté qu’il faudrait se pencher.
Quand un cycliste amateur charge son vélo dans la soute d’un avion pour aller rouler seul dans un pays lointain, de la même manière qu’il règle seul le coût du billet, le coût environnemental de ce déplacement est propre au cycliste puisque son activité ne sera partagée avec personne (à la limite avec ses pauvres amis qui devront subir la soirée diapositives de rigueur).
A l’inverse, quand une équipe cycliste européenne se rend en Australie pour courir devant des milliers de spectateurs, le coût est partagé entre toutes les personnes qui prennent part ou assistent à l’évènement.

En admettant malgré tout que cela soit vrai, que les sportifs professionnels aient un devoir d’exemplarité écologique à titre individuel, dans ce cas, quelles seraient les solutions ? Se limiter aux compétitions locales ? Quid de l’universalité du sport dans ce cas ? Remplacer les rencontres physiques par des compétitions dans un monde virtuel ? Oui mais l’impact du numérique sur l’environnement alors ?

Il ne fait aucun doute que le sport peut être un excellent vecteur pour changer de paradigme vis à vis de notre impact environnemental individuel. Pour autant je ne pense pas qu’il faille mettre tout cela sur le dos des sportifs professionnels qui ne représentent en rien la réalité du sport tel que pratiqué par la majorité et appartiennent à un monde totalement différent. Mais que cela n’empêche pas ces derniers à prendre des initiatives individuelles en accord avec eux-même, comme l’a fait Xavier Thévenard.

Posté le 16 juin 2020 par Jacques Danielle

JDMAI #53

Better Things (Saison 4, Épisode 1) : Je me souvenais avoir été déçu par la troisième saison sans savoir exactement pourquoi. J’aurai du vérifier. Envie d’exploser ma télé après dix minutes. Insupportable. Sauf un passage rigolo.

Little America (Saison 1) : Partagé. D’un côté on a de belles histoires réconfortantes bien racontées sur un format court de 25 minutes. De l’autre, cette accumulation de bonheur donne presque la nausée car on sait parfaitement que la réalité ce n’est pas ça. Surtout en cette période où la bêtise humaine sous toutes ses formes a pris le pouvoir. A regarder de manière très espacée pour se remonter le moral, oui, ça doit marcher.

Better Call Saul (Saison 5) : Excellent.

Mr. Robot (Saison 4) : C’est dommage car c’est très bien écrit et réalisé, mais quelques détails (double personnalité…) font que c’est le bordel et très dur à suivre, résultat je ne suis pas suffisamment attentif pour tout bien saisir et je manque beaucoup de choses… Malgré cela, les quelques morceaux que j’arrive à m’approprier sont excellents.

Devs (Saison 1) : Le premier épisode, le pilote, est un pur chef d’œuvre. Un régal absolu du début à la fin. Rempli de promesses incroyables. J’ai même hésité à le revoir avant de poursuivre. Malheureusement tout s’écroule ensuite. Non seulement la suite est nettement moins travaillée à tel point qu’on a l’impression de suivre une autre série, mais en plus tout est très banal, déjà vu et revu, avec le fil conducteur qui n’est qu’un mélange entre Fringe et l’épisode (L’Episode !) San Junipero de Black Mirror. Et c’est tellement prétentieux que ça en est affreusement agaçant. Énorme déception.

SEAL Team (Saison 1, Épisodes 1/2/3/4) : J’attendais d’une telle série de la castagne de qualité comme Strike Back (que je n’ai pas terminée, il est temps de corriger le tir…) ou du patriotisme et de la morale à deux sous comme Six. Mais SEAL Team ne propose rien de cela. Niveau action c’est digne d’une banale série policière tandis que la morale se veut trop poussée et intelligente pour être crédible. Un horrible mélange des genres qui doit très certainement plaire à certains mais qui n’a aucun intérêt à mes yeux.

Strike Back (Saison 6) : Voilà ! Ça c’est du divertissement ! Des personnages intéressants avec des relations plaisantes, de la baston de qualité, pas de drama inutile, une histoire qui permet de faire vivre le truc, de l’humour… On laisse le cerveau sur la table baisse et on apprécie le spectacle. De façon assez surprenante, cette saison est peut-être la série la plus féministe que j’aie pu voir. Très loin des comédies bien-pensantes qui dégueulent de niaiseries individualistes fruits de l’esprit malade de quelques écervelées attachiantes.

Lodge 49 (Saison 1) : Malgré un pitch improbable, l’ensemble est plutôt intéressant. Si l’on fait abstraction de Dud, loser pathétique cliché, on découvre au fur et à mesure des épisodes toute une galerie de personnages perdus plus ou moins drôles et attachants. Ça part un peu dans tous les sens, le dernier épisode est problématique mais sinon ça se tient. Annulée après deux saisons, je vais attendre que la suite soit disponible sur Amazon Prime.

The Wire (Saison 1) : Normalement je ne regarde pas une série déjà vue. Mais j’ai eu envie de replonger dans The Wire. J’avais presque tout oublié. Également à quel point c’est un pur régal. Avec quelques années de recul de plus sur la vie je découvre beaucoup de choses qui m’avaient échappées au premier visionnage et l’écrite n’en apparaît que plus juste. Du génie.

Space Force (Saison 1) : Partagé comme rarement. Parfois très drôle (le passage du chimpstronaut c’est du pur génie made in Steve Carell), souvent gênant, globalement à peine distrayant. La partie comique est finalement décevante. La satire de la politique américaine est plus qu’évidente et ne fait malheureusement pas dans la subtilité. Je ne suis pas particulièrement ce qu’il se passe outre-atlantique pourtant quand est arrivée la congresswoman bavarde et dynamique aux traits hispaniques, j’ai immédiatement reconnu Alexandria Ocasio-Cortez. Mais ils se sont sentis obligés de bien expliquer la blague en appelant le personnage Anabela Ysidro-Campos. Embarrassant. Malgré cela j’ai enchaîné les dix épisodes car la partie drama avec les relations entre les personnages est plutôt bonne. Cocasse pour une comédie.

Posté le 1 juin 2020 par Jacques Danielle

L’ennemi du bien

le mieux est l’ennemi du bien : On peut gâter une bonne chose en voulant la rendre meilleure.
[wiktionary.org]

Cette semaine sur mon fil Twitter j’ai vu passer cette infographie de l’ADEME :

Rien que le titre m’a agacé et devant l’absence de sources, j’ai décidé d’aller plus loin comme suggéré.

De base j’ai confondu l’ADEME avec le CEREMA alors forcément je ne voyais pas trop pourquoi ils venaient donner leur avis sur le télétravail. Renseignements pris, ce genre de contenu semble plus logique venant de l’ADEME.

Suite à une recherche web j’arrive sur une page du site de l’agence intitulée 10 bons gestes numériques en télétravail.

Si ça commence bien « Le télétravail évite de nombreux déplacements, réduit nos émissions de gaz à effet de serre et améliore la qualité de l’air » ça se gâte immédiatement « Mais les pratiques numériques ont aussi des impacts. Alors comment adopter les bons gestes ?« .

De base c’est absurde d’établir qu’une pratique est plus vertueuse qu’une autre pour immédiatement assener que changer de paradigme n’est pas suffisant, il est encore nécessaire de faire des efforts personnels pour faire encore mieux.
De plus on parle de télétravail. Travail. Une activité à laquelle des milliards d’individus sont contraints quotidiennement. Et cette communication vient donc demander à chacun de prendre leurs propres responsabilités dans l’intérêt commun. Il n’est pas ici question de parler des gestes du quotidien que l’on fait sur notre temps personnel mais bien sur notre temps professionnel. Tu es forcé d’aller bosser, maintenant c’est à toi de t’assurer que tu bosses vert, sinon t’es une sacrée ordure.
Enfin, dans le cadre de la crise sanitaire que l’on traverse, oser venir demander aux particuliers de prendre le temps de faire des petits gestes pour la planète me semble lunaire. Comme-ci les gens n’avaient pas suffisamment de problèmes à gérer chaque jour entre l’adaptation nécessaire à cette nouvelle organisation du travail, tant pour la communication avec les collègues que l’organisation personnelle suite à l’invasion soudaine de l’espace privé par le travail, la potentielle surcharge d’activité, les craintes liées à l’avenir économique personnel et national et surtout l’inquiétude pour sa santé et celle de ses proches. Non vraiment, c’est le bon moment pour demander aux gens de ne pas oublier d’éteindre leur box avant d’aller dormir. Clairement.

« Les échanges numériques se multiplient avec les nombreux salariés en télétravail. Les réseaux sont très sollicités et des risques de saturation peuvent exister. » Quel est donc le rapport entre l’environnement (les émissions de gaz à effet de serre) et la saturation des réseaux de communication ? Certes il en existe un indirect, mais les besoins en énergie des infrastructures de communication numérique et la saturation de celles-ci sont deux choses bien distinctes. Ne confondons pas tout.

« Des experts affirment qu’aujourd’hui le numérique est responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et, au rythme actuel, ce chiffre pourrait doubler d’ici 2025. » Qui sont ces experts exactement ? Où sont les sources* ? Et surtout utiliser une valeur relative (4% des émissions globales) ça n’a aucun sens. Si effectivement on passe à 8% d’ici 2025 mais que dans le même temps les émissions globales ont été divisées par 10, cela signifie que les émissions liées au numérique auront été divisées par 5. Effectivement c’est un sacré problème ! Et toujours sur le principe des valeurs relatives, si d’ici 2025 nombre d’échanges physiques (travailleur qui prend sa voiture pour aller travailler) sont remplacés par des échanges numériques (travailleur qui reste chez lui pour travailler), au final le bilan écologique n’est-il pas positif ? Oui, ça fait augmenter la part relative du numérique dans les émissions globales, mais est-ce une mauvaise chose ?

« Le nombre d’objets connectés ne cesse de croître dans le monde. Difficile de nos jours de se passer d’un ordinateur et d’un smartphone et d’autres objets comme des montres connectées par exemple. …
La fabrication de tout ce matériel réclame des ressources dont l’extraction pose de graves problèmes environnementaux et sociaux.
 » Là encore on mélange tout. Il faut limiter l’usage de l’infrastructure numérique ou limiter la production du matériel constituant celle-ci ? J’ai du mal à suivre. Quel rapport entre télétravail et montre connectée ?

Passons aux bons gestes.

« 1. Mettre les adresses web fréquemment consultées en favoris
2. Penser à fermer les pages internet une fois votre recherche aboutie
« 
S’il fallait résumer c’est : arrêtez d’utiliser votre navigateur web. Allez acheter le journal, allez à la bibliothèque. Rechercher de l’information sur le web c’est caca. Et bien entendu, le fait que les pages web aujourd’hui pèsent extrêmement lourd, ce n’est absolument pas la faute des sites bourrés de pub. Tout comme les pages qui se rechargent automatiquement de manière régulière, ce n’est pas absolument pas la faute des sites bourrés de pub. Non. Le problème c’est la personne en télétravail qui ne pense pas à la planète car elle fait des recherches sur le web et ouvre plusieurs onglets à la fois.

« 3. Alléger les échanges sur messagerie
4. Faire le ménage dans sa boîte mail
« 
Là ils font preuve d’une belle ignorance du sujet. Avec entre autres la croyance qu’envoyer un fichier via une messagerie instantanée serait moins consommateur de ressources que de le faire par e-mail. A croire qu’ils imaginent que la messagerie instantanée est aux e-mails ce qu’une discussion de vive voix est au courrier postal. Ou encore ils s’imaginent qu’en envoyant une pièce jointe à dix personnes d’une même entreprise, ce fichier sera automatiquement stocké onze fois sur l’infrastructure.

« 6. Faire le ménage dans le Cloud »
Le grand méchant CLAUDE ! En soit c’est purement un conseil de bon sens; ne serait-ce que parce qu’en faisant un nettoyage régulier, ça aide à s’y retrouver. Mais là encore, comme on est dans un contexte professionnel, c’est différent. Ne serait-ce que parce que légalement il est nécessaire de conserver très longtemps (voire indéfiniment) des documents, il apparaît logique de ne pas vouloir supprimer systématiquement ce qui concerne le passé. Et puis il y a les consignes de la hiérarchie. Si le N+1 demande à ce que tout soit conservé dans le CLAUDE, selon l’ADEME c’est le salarié en télétravail qui est en tort ? Enfin c’est discutable mais aujourd’hui beaucoup d’entreprises se reposent sur des services de stockage dans le nuage pour leur politique de sauvegarde. Passer par ces services permet de garantir la pérennité des données. Là où un simple stockage sur le poste de l’employé n’est absolument pas suffisant. Résultat c’est bien souvent le salarié qui subit les choix de son employeur. Alors ce n’est pas à lui de corriger cela depuis chez lui.

« 7. Modérer le streaming vidéo« 
Quel rapport avec le télétravail ? Si une personne regarde des vidéos dans le cadre de son activité, c’est que c’est lié à son activité. Il faut donc qu’elle limite son activité ? Et si ce n’est pas en lien avec son activité, ça entre dans le cadre personnel et dans ce cas ça ne concerne pas le télétravail. Hors-sujet (attention, c’est un lien vers YouTube, plateforme de streaming vidéo, ne pas cliquer si vous êtes en situation de télétravail).

« 8. Utiliser le Wifi plutôt que la 4G sur les téléphones portables« 
Oui enfin ça semble être simplement du bon sens, ne serait-ce que parce que c’est souvent plus stable (et qui permet d’avoir une meilleur autonomie), le débit est généralement supérieur et surtout ça ne tape pas dans le forfait data. Rien à voir avec des question écologiques mais pourquoi pas.

« 9. Désactiver les transferts automatiques de données des téléphones portables« 
Je ne vois pas trop pourquoi spécifiquement les téléphones portables. A mon avis ça doit s’appliquer à tous les appareils.
Par contre quand ils disent « Désactivez … les mises à jour automatiques des applications mobiles » cela vient en contradiction directe de la recommandation donnée dans leur PDF La Face Cachée du Numérique disponible en bas de page : « Entretenez-les et installez des protections contre les virus et les malwares: vous éviterez des pannes et ferez des économies. » En terme de sécurité numérique, se maintenir le plus à jour possible au niveau des systèmes et des logiciels est l’une des précautions qui revient le plus. Laisser ces mises à jour se faire automatiquement semble le meilleur moyen d’avoir un système à jour, le plus sécurisé possible et donc le plus durable. A moins qu’ils estiment que c’est au télétravailleur de vérifier chaque demi-journée si des mises à jours ne sont pas disponibles ?

« 10. Et si vous aimez travailler en musique…« 
La plaisir de la découverte en écoutant la radio. Mais ils prennent vraiment les gens pour des abrutis ? Entre avoir le choix entre une dizaine de playlist majoritairement entrecoupées de dizaines de minutes de publicité, et une bibliothèque en libre accès de plus de 50 millions de titres, la découverte se fera à la radio ? Et quitte à jouer à l’idiot, devoir acheter un poste radio ça fait des ressources supplémentaires, pas bon pour la planète. Et il faut l’alimenter ce poste, alors que l’ordinateur tourne déjà. Alors ?
En soit c’est évident qu’écouter de la musique en streaming consomme plus de ressources qu’écouter la radio, mais l’argument fourni est pathétique et surtout je ne suis pas convaincu que forcer les gens à écouter RMC va en faire de bons citoyens respectueux de la planète. Et puis si on n’a même pas le droit de s’accorder ce petit plaisir d’écouter la musique de son choix pendant qu’on travaille, surtout si c’est pour s’isoler et garder sa concentration, autant faire une Xavier Dupont de Ligonnès tout de suite.

Au final on remarque que ces bons gestes n’ont rien de spécifique au télétravail mais s’appliquent tout simplement aux personnes dont l’activité nécessite l’usage régulier de ressources numériques. Hors-sujet global : 0/20.

Si vous avez bien suivi, j’ai sauté le cinquième point « 5. Limiter le poids des réunions en ligne » pour la simple et bonne raison qu’un bref passage sur leur compte Twitter permet de constater que s’ils demandent aux télétravailleurs de faire preuve de sobriété en terme de pratique de visioconférences, eux n’hésitent pas à en organiser à tour de bras.

Dans le fond je suis d’accord avec eux sur le fait qu’il est nécessaire de ne pas foncer vers la surconsommation de services numériques car le virtuel repose malgré tout sur une infrastructure et des ressources bien réelles et donc limitées. Pour autant je trouve leur communication très malvenue puisqu’elle fait porter sur le travailleur des charges qui ne sont pas les siennes et surtout faire cela en cette période de crise où rajouter de la culpabilité sur des sujets annexes n’est absolument pas la chose à faire. Surtout que tout ceci semble être basé sur des croyances personnelles plus que sur la réalité.

* Les données proviennent vraisemblablement d’un rapport de The Shift Project. Et la plupart des informations disponibles sur le sujet se réfèrent à ce dernier. Cela dit d’autres sources semblent tirer des conclusions bien différentes. En attendant d’en savoir plus, comme toujours, il est nécessaire de douter.

Posté le 15 mai 2020 par Jacques Danielle

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