Money’s rules

Dans les locaux de l’entreprise pour laquelle je travaille, il existe une pièce portant le doux nom de salle de pause.

En plus de tables et de chaises destinées à favoriser les échanges entre collaborateurs, on y trouve un réfrigérateur pour pouvoir y déposer sa boîte repas pour le midi, un évier pour faire sa petite vaisselle, un micro ondes pour manger chaud, et un source d’eau filtrée.

Mais l’élément central de la pièce, celui qui est à l’origine de la venue plusieurs fois par jours de nombreuses personne, c’est bien évidemment la machine à café.

Depuis que cette salle a été installée, il y en a deux : une première servant les boissons chaudes les plus courantes (café long/court/sucré/crème…) pour 30 cents, et une seconde servant des breuvages un peu plus évolués (soupe avec des croutons, chocolat avec des céréales…) pour 5 cents de plus.

C’est sans conteste machine la moins chère qui remportait le plus grand succès; c’était la seule devant laquelle se formait une queue, et qui était parfois à court de matières premières.

En Janvier dernier, sans crier gare, un contrat était signé avec une entreprise de livraison de paniers de fruits. Chaque semaine, quatre généreux paniers remplis de divers fruits étaient ainsi livrés dans la salle de pause en début de semaine, et chacun était alors libre de se servir.

Proposer aux collaborateurs un moyen sain de casser la croûte, et cela gratuitement, l’idée était plus que louable.

Puis, au début du mois de Juin, un changement important s’est produit. La machine à café numéro 2, celle qui n’était que peu utilisée, fut remplacée par un distributeur de sucreries : des barres chocolatées, des sodas sucrés, des sachets de biscuits apéritifs… Le meilleur de ce que l’industrie agro-alimentaire sait produire.

Coup dur pour le projet visant à inciter les gens à adopter une alimentation saine.

Mais c’était sans compter sur le second changement qui s’est opéré quelques semaines plus tard : la résiliation du contrat de livraison de paniers de fruits.

Après avoir proposé gratuitement des fruits, on installe un distributeur de poison payant, et enfin on supprime les fruits.

Je suppose que c’est une sale logique économique qui se cache derrière tout cela, car l’entreprise touche un pourcentage sur chaque achat fait sur les machines. Et si le gain doit être supérieur lors de la vente d’une barre chocolatée à 80 cents par rapport à un café à 30, il l’est encore plus par rapport à un fruit offert.

A court terme, il y a donc un gain réel. Par contre, sur la durée, j’ai comme un gros doute.

Lors de ma première visite à la médecine du travail, la personne qui m’avait ausculté m’avait dit que, selon les statistiques, un informaticien prend, en moyenne, 5 kilos lors de ses quatre premières années de travail. Et ça, sans avoir besoin d’aide.

Alors si en plus à côté il est encouragé à mal se nourrir sur son lieu de travail, cette moyenne risque d’évoluer malheureusement vers le haut…

Et un salarié qui s’empoisonne au quotidien et/ou qui s’engraisse plus que de raison, ce n’est sûrement pas un salarié dont la productivité augmente, bien au contraire.

Posté le 15 juillet 2013 par Jacques Danielle