Interlude musical

[…]
À la cantine, quand j’étais petit, c’était à base de « Po-po-po-porc »
Si t’en manges pas, tant pis pour toi, va faire du spo-po-po-port

[…]
Les frères font du cash avec ces choses qu’ils cachent
Ces choses qu’ils stockent, qu’ils gardent et qu’ils amassent
Lits superposés, petit frère en pyjama
Dort sur un paquet d’sable, le pauvre fait des cauchemars
La mère se doute de rien, c’est dehors qu’elle fait l’ménage
Dedans, c’est la petite sœur, son cousin lui fait des menaces
Lui, c’est l’petit d’un grand qui, lui, est l’petit d’un grand
C’est comme au bureau, la rue a son organigramme
Des villes, des départements, des quartiers, des clans
Le chef d’orchestre, c’est la pauvreté qui organise les drames
Des petits dealers précaires se font presque la guerre
Des petits chiffres d’affaires convertis en Nike Air
Les autres rappeurs font des films, j’rappe des documentaires
En gros, c’est des menteurs #MCMetteurEnScène
La rue n’a rien d’glamour, ça pue la merde
[…]
Rien d’fancy : la rue, c’est triste
La rue, c’est crapuleux, c’est dangereux, c’est strict
Et j’noircis pas l’tableau, même s’ils ont blanchi l’traître
Un délinquant le devient à chaque fois qu’un flic le traite
[…]
Et à chaque coin d’rue, y’a un test
Alors tu portes le masque du mec de tess
Et tu seras jamais à l’aise en dehors d’chez toi
Y’a peu d’questions où tu réponds pas : « J’sais pas »
T’es bipolaire, t’es schizophrène, peut-être, t’es parano
T’as l’banlieusard syndrome

Et si tu connais qu’la merde, tu seras fier d’la merde
Tu en feras ta valeur, la porteras en street wear
[Banlieusard Syndrome par Disiz]

 

Sur mes papiers, y’a écrit « Français »
Mais, au quotidien, c’est pas tout à fait vrai
Suis-je un banlieusard ou un citadin
Un provincial ou un parisien ?
Adolescent, pendant les cours, j’évitais les guet-apens
En vacances à Tours, j’faisais du cheval chez ma tante
[…]
Et puis Noël en famille dans la plate Picardie
Les yeux qui brillent, le cœur en tachycardie
Les fêtes finies, je retourne à Evry
[…]
Les repas en famille, les nuits blanches à la cité
Plus tard, l’Afrique à chaque fin d’été
Mon identité est non-identifiée

J’bois pas d’pinard, j’aime le fromage
Suis-je à moitié français ?
J’kiffe plus les bouquins que la bagarre
Suis-je un mec de quartier ?
J’aime Mohammed, Moïse et Jésus
Et, ça, j’devrais le nier ?
J’vais pas m’faire plus français que je l’suis déjà
J’vais pas m’assimiler

[…]

On m’regarde chelou parce que je bois pas
C’est comme si j’te regardais chelou parce que tu crois pas
Ou qu’tu portes une croix ou une kippa
Tu veux pas qu’j’force le trait, ne me nie pas
Dans le beau pays de François Pays-Bas
Ce vieux pays qui ne vieillit pas
[…]
Et je suis c’que j’veux
Où j’veux, quand j’veux
Personne ne m’définit, ni vous, ni eux
Campagne, ville, Afrique chaque solstice d’été
Mon identité est non-identifiée

[…]

Mon enfance en damier sur des dizaines de diapos
J’suis bien plus qu’un papier, bien plus qu’un drapeau
Si t’es certain de c’que t’es, j’te tire mon chapeau
J’me suis échappé de tous vos ghettos
[Complexité Française par Disiz]

Extraits de Transe-Lucide.

Posté le 8 mai 2014 par Jacques Danielle