La paille et la poutre

La semaine dernière, Arte diffusait un reportage intitulé La fabrique de l’ignorance (disponible jusqu’au 20/04 sur Arte.tv ou YouTube).
Ils y expliquent, exemples célèbres à l’appui, comment des individus, des groupements d’individus et des organisations, ont appris à utiliser la méthode scientifique à l’insu du progrès scientifique, dans l’unique but de protéger des intérêts économiques et/ou idéologiques.

Que ce soit en finançant des études servant de leurre, des études basées sur une méthodologie garantissant un résultat en leur faveur, des études sans objectif autre que de noyer la communauté scientifique sous les connaissances… ou de manière moins subtile, en s’offrant simplement l’âme de scientifiques, pour leur faire dire ce qu’ils souhaitent diffuser.

En faisant cela, ils arrivent ainsi à empêcher ou retarder la formation d’un consensus scientifique qui serait contraire à leurs intérêts, tout en jouant sur les connaissances et croyances de l’opinion publique. Permettant ainsi à leurs affaires ou leurs idées de prospérer.
Parfois, coup de chance, cela fait réellement progresser la science; mais ce n’était pas l’objectif initial.

S’il fallait essayer de tirer une conclusion de ce reportage, c’est que plus que jamais, la vérité est attaquée, il ne faut avoir une confiance aveugle en personne, surtout pas la communauté scientifique, et qu’il est primordial de toujours conserver un des principes fondateurs de la science : le doute.

Bien évidemment, il n’a pas été diffusé en ce moment par hasard, et la situation sanitaire que nous connaissons depuis maintenant un an explique globalement le succès exceptionnel de la vidéo sur YouTube (1.8 millions de vue à la rédaction de ces lignes) par rapport au reste du contenu publié sur la chaîne (en une semaine la vidéo est déjà la 12ème la plus regardée). Et d’ailleurs Arte ne s’y trompe pas puisque le sujet est brièvement abordé en fin de reportage.
Mais alors, est-ce que cela va réussir à éclairer les masses et convaincre certains que les idées qu’ils pensent avoir développées ne sont que le fruit de graines plantées dans leurs esprits par d’autres ?
Visiblement non.

Le problème avec ceux qui sont parfois qualifiés de complotistes, et qui se retrouvent potentiellement confortés dans leurs idées à la suite de ce reportage, est que contrairement à ce qu’ils affirment (…), ils ne doutent pas : ils sont persuadés de détenir la vérité; qui se trouve être opposée à celle plus ou moins admise par la majorité.
Et ça se voit également dans le reportage, quand est abordé le sujet du dérèglement climatique qui serait causé par l’activité humaine. Ceux qui n’adhèrent pas à cette théorie sont nommés climatosceptiques. Mais ce terme est clairement inadapté. Dans la majorité des cas les individus concernés ne mettent pas en doute la théorie globalement admise, ils la réfutent totalement.
Affirmer qu’une chose est fausse, ce n’est pas la remettre en cause, c’est la contredire. Le doute n’existe pas. J’ai raison, tu as tort.

JDMAI #62

Six-deux méfie-te !

Éloge de la folie – Érasme : Le fond est pertinent, évidement, sinon cet ouvrage aurait rapidement disparu. Mais la forme est géniale. Un régal !

I Know This Much Is True (Saison 1) : Non. C’est beaucoup trop flagrant qu’on assiste à un délire artistique de la part du réalisateur, qui cherche à prendre le spectateur aux tripes afin de s’attirer sa reconnaissance. Et je n’ai pas trop de doutes sur le fait que la série va recevoir des récompenses. Mais c’est bien trop académique pour être intéressant. Surtout que j’ai été dans l’impossibilité d’avoir de l’empathie pour le personnage principal car il est totalement abject, sous prétexte d’avoir eu une vie difficile. Et encore. Si je met ses soucis en parallèle de ceux des personnage de Petit Pays, j’ai d’autant plus de mal à compatir.
Surtout, derrière ce gros travail sur la forme, je n’arrive pas à saisir le fond. Qu’est-ce qu’on essaie de nous raconter, de nous dire ? L’histoire de deux frères ? Pas vraiment, tant Dominick accapare la majorité de l’intrigue. Et leur père vient voler la vedette en grande partie dans le dernier épisode. Une réflexion sur la maladie mentale ? Absolument pas, c’est limite un détail ici. Sur la famille alors ? Puisque l’on passe du temps à s’intéresser au grand-père, au beau-père, à la recherche des origines, à la mère, aux enfants… Oui. C’est sûrement ça. Mais alors quel est le message ? Car le final ridicule où tout le monde se transforme complètement pour devenir des gens corrects, ça n’a aucun sens, ça sonne terriblement faux.
A côté, les acteurs offrent une performance de qualité, en particulier Rosie O’Donnell. Et si le mois dernier je me plaignais du manque de sérieux dans la reconstitution pour OVNI(s), ici le soucis du détail est appréciable : le personnage principal, peintre en bâtiment, a systématiquement des restes de peinture sur les ongles après une journée de travail, même s’il se retrouve dans un environnement totalement différent.

Kaamelott (BD 1, 2, 3, 4) : De manière générale je ne suis pas grand fan des créations dérivées d’une œuvre, à moins qu’elles apportent quelque-chose de concret (préquel…). Et ici force est de constater que si l’on retrouve bien l’esprit Kaamelott avec des dialogues et répliques correspondant tellement à ceux de la série qu’on les lit avec la voix des acteurs, ça n’apporte pour ainsi dire rien, à part un ersatz de contenu supplémentaire pour les fans. L’humour original repose fortement sur l’excellent jeu des acteurs, et là, sur le papier ça marche nettement moins bien.
Les histoires ont toutes en commun d’ajouter un fort caractère fantastique que l’on ne trouvait pas dans la série, probablement faute de budget ?
Alors je ne sais pas. Je vais très certainement lire les autres tomes si j’en ai l’occasion. Mais ça m’inquiète un peu concernant le film que l’on attend depuis si longtemps…

Letterkenny (Saison 1) : Absurde au premier abord, on réalise ensuite rapidement à quel point c’est brillant. Tout est simple et sert à mettre en mouvement des dialogues comiques d’une rare qualité. Entre le débit et le vocabulaire assez localisé, je ne dois comprendre qu’au mieux 5% de ce qu’ils racontent, mais ça me suffit à apprécier alors j’hésite à refaire les épisodes (6x25mn) avec une analyse de texte complète.

Tehran (Saison 1) : Les deux premiers tiers de l’épisode un (ouch) sont d’un tel niveau que j’ai cru qu’on tenait la nouvelle grande série d’espionnage, qui allait totalement faire disparaître Homeland des esprits. Malheureusement ça retombe aussi vite que c’est monté et si on entrevoit quelques signes intéressants au fil des épisodes, ça reste malgré tout très moyen. Sans parler évidemment du final, qui a le mérite d’être du jamais vu mais qui est plus une insulte envers le spectateur qu’autre chose. Raison pour laquelle je ne prendrai pas le temps de regarder la suite, si suite il y a.
A côté, j’avais peur d’être devant de la propagande sioniste et ce n’est absolument pas le cas. Au contraire ça donne, je trouve, une très bonne image de l’Iran. C’est plus une critique des religieux, qu’ils soient juifs ou musulmans. Alors on va essayer de retenir cette bonne note. Mais ça ne sera pas suffisant.

Crime Scene: The Vanishing at the Cecil Hotel (Intégrale) : Quelle énorme perte de temps ! C’est présenté comme un énorme mystère et on crée de toute pièce des intrigues sur du vide absolu car dans les dernières minutes on apprend exactement ce qu’il s’est passé, rien d’incroyable, c’est même plutôt triste et à mon avis il aurait été bien plus pertinent de passer quatre heures à expliquer comment cela a pu se produire et réfléchir à ce que la société pourrait faire pour ne pas que cela se reproduise.
Non, à la place on passe quatre heures à nous présenter les délires conspirationnistes de youtubeurs égocentriques et cherchant à se faire bien voir sur le dos d’une personne décédée, quitte à créer des victimes totalement innocentes au passage. Comme dans Don’t F**k with Cats.
Au final on en apprend plus sur l’histoire du Cecil Hotel que sur l’affaire en question.

It’s Always Sunny in Philadelphia (Saison 12) : Toujours aussi plaisant. C’est impressionnant comme ils arrivent à se renouveler pour rester pertinents au fur et à mesure des années, tout en conservant leur identité. Beaucoup ont essayé, peu ont réussi.

Gangs of London (Saison 1) : Un bon délire. J’avais pu lire des critiques qui parlaient de chef d’œuvre et autres superlatifs. Alors c’est très qualitatif, tant sur l’écriture que la réalisation, avec un superbe travail sur les scènes d’action/bagarre. Mais ça reste du divertissement. Trop de simplicité/raccourcis pour aller au-delà.
Mention spéciale au casting composé d’acteurs vraiment géniaux qui permettent de masquer une partie des faiblesses. Beau travail.

Shetland (Saison 1) : Une série simple, avec des acteurs bruts et une histoire correcte. Ça fait téléfilm policier France Télévision, mais avec le côté exotique des îles Shetland et local.

No Activity (Saison 2) : Exceptionnel. Tellement simple et tellement drôle. Magnifique maîtrise de l’écriture comique. Génial.

Staged (Saison 2) : Le niveau de Meta de la première saison était déjà particulier, là on atteint des sommets. S’il était question de jouer un rôle consistant à prétendre être soi-même en train de vivre son quotidien à répéter une pièce de théâtre, cette-fois il s’agit de prétendre travailler sur un remake de la saison une, qui est donc reconnue comme œuvre de fiction et non comme réalité. WOW. Sachant qu’en plus à côté chaque épisode reçoit sont paquet de guest stars qui parfois jouent leur propre rôle et parfois interprètent un personnage fictif.
Et à côté ça reste très drôle.
Un excellent exercice d’écriture/réalisation qui n’est pas nécessairement très abordable mais qui est un plaisir à analyser.

Barry (Saison 1) : Désolé, impossible de ne pas faire de comparaison avec Dexter puisque les deux personnages se ressemblent énormément, tant dans leur comportement que dans leur façon de se tenir et de s’habiller.
En dehors de ça, il n’y a pas grand rapport entre les deux puisqu’ici il s’agit d’une comédie. Et c’est… rigolo. Léger. Du divertissement sans prétention avec un côté feel-good évident qui fait que ça se laisse regarder. Huit épisodes de trente minutes ça passe vite.
Mais ce n’est vraiment pas quelque chose de remarquable, l’humour est tout sauf subtil, les intrigues tout aussi simplistes. Et les personnages plutôt attachants.
Le genre de série fait pour se reposer l’esprit entre deux œuvres plus épaisses.