Lettre à personne

Cher collègue,

Lors de tes études, un prêt étudiant tu avais contracté pour acquérir un ordinateur te permettant de jouer aux jeux-vidéos ainsi qu’une automobile fort usagée.
Rapidement, un CDI stable tu trouvais. T’assurant non pas bonheur et prospérité, mais au moins sécurité.
Par la suite tu t’es installé avec ta copine de toujours dans une ville éloignée de ton travail, car un travail alimentaire elle y avait trouvé.
Il ne lui fallut pas plus d’une année pour plusieurs de ceux-ci quitter.
Chercheuse d’emploi à temps plein elle finit par devenir et d’inactivité ses journées elle occupait.

Pour autant, en porteuse de culotte, unilatéralement de serrer ta ceinture elle décida.
Allant jusqu’à t’interdire de profiter à ta guise de tes repas.
Te laissant toutefois, un instant de liberté une fois par mois.
Tandis que pour combler son ennui, de plaisirs futiles elle ne se priva.Docile étant, à rien de tout cela, à redire tu ne trouvas.

Au travail, des comportement incompréhensible tu adoptais.
Avec tes problèmes d’argent, si les dépenses tu devais limiter, les rentrées d’argent tu pouvais augmenter.
Pourtant, les propositions d’heures supplémentaires systématiquement tu refusais.
Et les journées d’absence impayées tu multipliais.
Avec pour raison une baisse de moral de ta copine, une maladie du chat, ou une migraine imaginaire causée par une banale contrariété.

Malgré tout, à l’évolution de ta carrière tu songeas et de sa stagnation tu te mécontentas.
Une fois encore, une stratégie mystérieuse tu employas.
Toute mission à risques mais t’offrant de la visibilité tu refusas.
Et au quotidien, la conduite dite du fonctionnaire, à la règle tu appliquas.
Au minimum tes heures de présence tu limitas et la durée de tes pauses tu augmentas.

Et puis un beau matin, avec le sourire aux lèvres tu es arrivé.
Car la veille, avec ta copine toujours inoccupée, de traverser la France vous aviez décidé.
Alors que votre situation financière s’aggravait après qu’à la casse ta voiture avait terminé.
Et qu’une petite opportunité d’évolution à ta carrière s’offrait.
Pour une contrée sans garantie aucune tu décidais de nous quitter.

Le pire dans tout cela, c’est que d’un point de vue purement professionnel tu es vraiment mauvais. Mais ça j’arrive encore à me convaincre que ce n’est pas ta faute. C’est pour cela que je te souhaite bonne chance.

Wild boar, the real shit

En Belgique, un sanglier poursuivi par des poneys a foncé sur des promeneurs. Les poneys prennent alors le sanglier en chasse. La vidéo totalise déjà plus de 530 000 vues. Mais l’histoire n’est pas si simple.
[VIDEO. Deux poneys prennent un sanglier en chasse: « Ce ne sont pas des sauveurs » sur LExpress.fr]

Non mais sérieusement. L’Express qui fait de la recopie à longueur de journées, paie un journaliste pour enquêter et rédiger un article sur la vidéo d’un sanglier traversant une zone de faible activité humaine.

On admirera la performance des deux humains, entre la femme complètement stupide au comportement enfantin et l’homme, ce gros benêt.

Votez heureux

Vous trouvez que la vie est compliquée, que tout coûte toujours plus cher, que les autres ont davantage de droits et pas vous.
[…]
C’est un peu dur de se l’avouer, mais c’était mieux avant. Vous hésitez à voter pour le Front national pour que ces gens qui nous gouvernent se rendent compte que « quand même, ça commence à bien faire ». Vous tergiversez. Après tout, ça ne peut pas être pire, puisque tout va mal dans votre vie.

Mettez-vous au vélo ! Le FN, vraiment ? Mettez-vous plutôt au vélo, ça rend plus heureux!
[Vous voulez voter FN? Faites plutôt du vélo, ça rend plus heureux! sur LeMonde.fr]

Intéressante façon de connecter les maux de la société, à quelques heures du premier tour des départementales 2015.

J’en profite pour créer une nouvelle catégorie : Vélo.

Chefs c’est de la merde, chef !

En Février dernier, France 2 diffusait la série Chefs. Pas une énième émission de télé-réalité où Jeanine et Marco viennent s’affronter sur la réalisation d’un tiramisu ou d’un navarin d’agneau légumes croquants, mais une vraie fiction en six épisodes.

chefs-france-2

Vu le diffuseur, les chances que je sois au courant de son existence étaient presque nulles; alerte-je-ne-regarde-pas-la-télé-c’est-de-la-merde-sauf-les-films-bulgares-en-VO-sur-Arte, mais l’article de Pierre Langlais, a qui j’accordais jusqu’ici une grande confiance, et publié sur Télérama m’a donné envie.

Chefs est bien écrite, bien mise en scène, bien jouée. On peut contester le fait qu’elle soit une excellente série, mais elle est indéniablement une bonne série.
[Pourquoi il faut regarder « Chefs » mercredi sur France 2 sur Télérama.fr]

Ce lundi je me suis donc assis à la table de Chefs, que j’ai quittée précipitamment une fois l’entrée terminée, soit deux épisodes.

Bienvenue dans le monde des clichés du feuilleton dramatique à la française.

Commençons avec les personnages.

– Élément principal de la série, le chef (Clovis Cornillac), sombre; très sombre et instable; très instable. Pour le sombre on lui fait porter une tenue noire complète en opposition au blanc du reste de sa brigade. Il porte cheveux et barbe fournis et a un bon penchant pour une bouteille d’alcool fort. Question instabilité, là aussi on implique une bouteille. Enfin, afin de montrer que c’est un génie, on lui accorde un brin de folie qui est propre à cette catégorie de la population en le faisant circuler dans une Peugeot 203. L’équivalent motorisé du chapeau de Marc Veyrat.

PEUGEOT-203

– L’ex-taulard (Hugo Becker) qui essaie de faire son retour dans le droit de chemin, qui en est empêché par les rappels du passé et les préjugés du présent mais qui y arrive quand même. Enfin pas facilement hein. Il faut quand même faire vivre le personnage.

– La fille de bonne famille (Joyce Bibring), un peu rebelle, qui a décidé une solution alternative à la carrière qu’avaient dessiné ses parents et qui doit élever son gamin tout seul. Avec un peu d’aide de sa mère, et un peu d’argent de son père.

– La carriériste (Anne Charrier) prête à tout écraser sur sa route, dont sa vertu, ayant tout connu de l’international business et qui se retrouve directrice d’un restaurant en perdition. Pour assurer l’entretien de ses compétences professionnelles, elle pratique la course à pied le running sur les trottoirs de la ville avec en bonne business-woman, le kit main libre sur les oreilles pour ne pas rater un appel et le téléphone à… la main. Derrière sa haine permanente d’autrui, se cachent en réalité de profondes pulsions sexuelles.

– Le vieux sage noir (Jean Bediebe), sorte de bonne conscience de notre sombre chef. Sage mais pas intelligent pour autant. Après tout il est noir, a un accent, un vocabulaire limité et en plus il fait la plonge. Non mais.

– L’arabe maître d’hôtel (Zinedine Soualem), avec sa peau pas trop pigmentée et un costume bien taillé, il assure un quota immigration que l’on peut exposer à la clientèle sans trop de risques. En plus il n’a pas d’accent et sait tenir sa langue. A tel point qu’on le croirait sorti d’une pièce de théâtre classique.

– L’handicapée sympa et rigolote (Juliette), ici une obèse agent de probation, qu’on aime bien charrier et pour qui on a de la compassion, un peu.

– L’asiatique en quête d’intégration (Anthony Pho) avec son teeshirt I Love Paris et qui fait passer son apprentissage des richesses de la langue française en passant par les gros mots. Les asiatiques étant les immigrés les plus intelligents il occupe donc naturellement un vrai poste dans le restaurant : cuisinier.

– La connaissance louche (Max Morel) aka Huggy les bons tuyaux, avec laquelle le personnage principal a un lourd passé. Si elle lui permet de progresser, c’est généralement à un coup élevé; que ce soit en bouteilles de grand cru ou en dommages physiques.

Passons maintenant à la réalisation.

La photographie d’abord, qualifiée de subtile par Télérama. Alors oui, elle est travaillée, mais trop, et mal. Quand la lumière se déplace pour correspondre aux angles de prise de vue, tu te dis qu’un truc cloche, et c’est le cas. Cette impression que le moindre plan a été tourné dans un studio photo est à la longue bien lassante.
Puis la musique et en particulier le générique qui semble être une copie de celui de Fringe.
Et les farces complètement grotesques, dignes d’un Walt Disney où une personne attablée se retrouve propulsée en pleine forêt après avoir goûté une mouillette trempée dans un œuf à la coque.

Un bref passage concernant les dialogues bien trop stricts et travaillés, pour souligner la qualité des envolées lyriques sur la bouffe. Extrait.

Un œuf à la coque… Recomposé; le jaune liquide, le blanc neigeux légèrement émulsionné avec une crème fleurette à la truffe. Des mouillettes de pain de campagne bien toastées avec une larme d’huile d’olive, assez verte. Et pour les truffes, truffes blanches,  truffes d’Alba, évidemment. Servi avec un verre de Barollo, 2001 non, 96… C’est un plat à vous crever le cœur !

Le genre de bullshit qu’aiment bien employer ceux qui n’ont rien à dire et souhaitent y mettre les formes.

pink-lady-apple

Vient ensuite le placement de produits.

Le CSA, toujours en quête de la protection de l’esprit vif de nos concitoyens s’est dit qu’il était beaucoup plus dangereux de voir une personne téléphoner avec un iPhone dans une fiction que de faire la publicité d’individus instables en diffusant en direct et en continu leurs exploits sur des chaînes nationales, a pondu un système d’avertissement du consommateur téléspectateur pour qu’il sache que si une marque était reconnaissable dans le contenu culturel qu’il allait voir, cela n’était pas le fruit du hasard mais le résultat d’un contrat commercial.
C’est donc sur mes gardes que j’analysais avec soin chaque image afin de dénicher les produits astucieusement insérés dans les épisodes.
Le seul placement qui m’est apparu est celui de Pink Lady. Ses cagettes roses et son étiquette en forme de cœur sont facilement reconnaissables, surtout dans une photographie majoritairement sombre. Et là je dis chapeau. On comprend rapidement la logique de ce placement en incluant un produit alimentaire dans une fiction ayant pour thème la cuisine. Mais après ? Mettre la plus aboutie des pommes industrielles dans la cuisine d’un restaurant étoilé ? Qui plus est une pomme à croquer ? Très crédible oui.
Alors du coup quand le produit est incorporé dans un plat c’est forcément cru, via un semblant de carpaccio de pomme. Parce que faire une compote ou une tarte avec de la Pink Lady, bonjour le résultat.
Il faudra tout de même noter que si pour le commun des mortels la Pink Lady se trouve à peu près partout, notre chef ne se les procure qu’au marché avec le reste de ses produits. Tout de même.
J’ai aussi cru apercevoir un Thermomix ou assimilé, mais rien d’évident, juste une forme.

Enfin, et c’est certainement l’élément qui m’a définitivement convaincu de m’arrêter après le second épisode, le nom du restaurant.

Rappel du contexte. Chefs est une série télévisée française ayant pour thème la cuisine et se déroulant à Paris, à 500m de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Alors comment on pourrait l’appeler ce restaurant ? Histoire d’être original tout en étant dans le sujet ? Pourquoi pas Le Paris ? C’est génial comme idée non ?
Je ne sais pas quel esprit malade a accepté cela, mais voilà. Le Paris. Le-putain-de-restaurant-français-à-Paris-dans-une-série-française-qui-s’appelle-Le-Paris-bordel-de-merde.
Qu’une série américaine nous sorte une blague comme celle-ci, pourquoi pas. Les clichés de la baguette, du béret ou de la marinière on comprend; petit budget et peu de temps pour quelques scènes en France qui doivent faire comprendre à l’américain moyen où ça se déroule, d’accord.
Mais là, non, non et non.
Pourquoi pas une Rue de Paris à Paris pendant qu’on y est ?

A part ça, Chefs est une vraie réussite à déguster tel un met de restaurant étoilé.