Archives cyclables

Depuis que j’ai repris la pratique régulière du vélo, j’ai passé plusieurs soirées sur Google Maps et Google Street View pour essayer de reconstituer un circuit que j’avais l’habitude de faire au sud d’Amiens.

Pour les sorties au départ de Pierre-Rolin pour aller au Bois de Cagny ou au Bois Magneux, aucun problème.

Mais la boucle qui passait derrière Auchan, franchissait des bois, traversait Rumigny… Impossible. Je finissais toujours par me perdre. Pas aidé par la faible couverture Google Street View dans le secteur.

C’était un tracé qui m’avait été transmis par quelqu’un sur le forum de VéloVert.

A l’époque (~2005) Strava n’existait pas, et si les appareils de guidage/suivi par GPS pour vélo existaient probablement, je n’avais bien évidemment pas les moyens d’en être équipé. Alors les parcours se transmettaient soit via un scan de carte IGN surlignée, soit sous forme de feuille de route avec un ensemble d’instructions écrites.

J’avais souvenir que pour cette boucle-ci, ce n’était pas une carte que l’on m’avait fourni, mais du texte. Et Google ne m’aidait absolument pas. Même en ayant réussi à remettre la main sur mon compte VéloVert.

L’envie de retrouver cette trace s’est parfois fortement réveillée, par exemple lorsque j’assistais au lever du Soleil un 1er Janvier (de quelle année ?) au niveau du cimetière d’Hébécourt, où je me souvenais que l’itinéraire passait.

Malgré les efforts de mémoire, toujours impossible d’arriver à boucler la chose.

Et puis aujourd’hui, en parcourant mes archives afin d’enrichir la nouvelle page 10:10, je tombais par hasard sur un fichier Parcours.txt dont le contenu est le suivant :

Hop, un petit parcours varié au départ d’Amiens sud :

– départ du chemin situé juste derrière les maisons « Blockhaus » en face de décathlon (prendre la passerelle en bois pour y accéder)
– on monte ce chemin
– on passe le pont au dessus de l’A16
– tout droit sur un chemin bitumé jusqu’à couper une route provenant de Dury (à droite Dury, à gauche St Fuscien), aller en face sur le chemin
– prendre le premier chemin à gauche, direction un bois
– entrer dans le bois, toujours tout droit, faire la longue descente (attention quelques ornières en travers)
– on arrive en bas de st fuscien, toujours tout droit par le chemin et prendre à droite juste avant de rattraper la route
– le chemin monte dans les bois, on repasse à découvert en longeant un bois, puis on rentre dans un nouveau bois.
– à la sortie de celui ci, là ou le chemin devient d’une couleur plus claire, prendre le chemin à gauche le long du grillage
– continuer sur ce chemin qui monte légerement vers Rumigny
– arrivé à rumigny, laisser le chemin à droite, la rue à gauche et aller en face, on tourne à droite puis à gauche dans un chemin en herbe qui longe une maison (avec son potager dehors, c’est mignon mais zarb…)
– au bout de ce chemin aller à droite puis prendre l’épingle à gauche.
– on arrive ensuite à une genre de decharge pour déchets verts, couper la route et prendre le chemin en face qui la longe
– touner à droite ensuite.
– toujours tout droit, c’est quasi plat, jusqu’a une route recemment gravillonné (on trouve un genre d’emetteur radio sur la droite…)
– aller et descendre dans St Sauflieu, tourner à droite au cedez le passage puis de suite à gauche
– monter la cote sur la route puis à droite (épingle)
– on arrive à un chemin juste avant une maison en bois blanc actuellement en construction, prendre ce chemin, attentions gros cailloux au sol…pas stable
– joli petit chemin ensuite, au bout prendre à droite, petite cote un peu raide
– toujours tout droit apres la cote jusqu’a la route.
– prendre à gauche par la route (a droite c’est Hébécourt)
– ça monte légerement, prendre le chemin à droite juste avant l’A16 et qui la longe un peu
– le chemin descend ensuite et arrive sur une route… en face une maison avec les chiens qui vont aboyer
– prendre à droite par la route, passer le cimetiere, prendre le chemin à gauche (épingle)
– on passe dans un bois (attention des fois des ronces en travers) qui arrive apres une petite butte sur la N1
– prudence au croisement, prendre le chemin en face, là soit tu prends la premiere à gauche et tu rattrapes Amiens sud, soit tu continues tout droit pour descendre vers St Fuscien et remonter la longue descente de tout à l’heure…

Voila…ça doit faire une petite quarantaine de km…
[Parcours.txt]

Immédiatement je comprends de quoi il s’agit et une immense joie s’empare de moi.

J’ouvre un onglet sur Komoot, un autre sur Google Maps, et c’est parti.

A la lecture du texte, les souvenirs reviennent; le chemin en herbe, les déchets verts… Quelques hésitations sur les instructions; certains choses semblent avoir changé depuis; Google Street View est vraiment absent… Mais après un bon quart-d’heure, j’enregistre le parcours. Ça y est. Enfin. Elle est là !

Bon, sur le papier, enfin, l’écran, c’est tout sauf impressionnant. Surtout qu’avec 25km on est loin des 40 annoncés. A tel point que je me dis que si la situation le permet prochainement, je me vois bien prendre le TER direction Amiens avec mon Brompton, faire la boucle, puis reprendre le train direction Lille dans la journée.
Mais l’intérêt n’est pas sportif ici, il est purement sentimental. Maintenant je sais que je pourrai retourner pédaler dans mes souvenirs dès que l’occasion se présentera. C’est l’essentiel !

Au besoin, le fichier GPX de la trace est disponible ici directement.

Exclure par l’inclusion

En début de semaine, je lisais l’édito du dernier numéro d’un magazine dédié au vélo de route autrement, dans lequel le rédacteur en chef expliquait le choix fait par la rédaction d’utiliser l’écriture inclusive dans leurs articles.

Par rapport au magazine, cette décision ne me choque pas. Au contraire. Et c’est d’ailleurs pourquoi j’avais vite compris que je n’étais pas la cible de ce titre et avais arrêté de le lire après quelques numéros.

Un tel choix, comme l’indique parfaitement Alain Puiseux dans son édito, c’est un acte militant. Cela exprime avant tout une position, plus qu’autre chose.

A titre personnel, l’écriture inclusive est quelque-chose qui m’interroge et avec lequel je suis tout sauf à l’aise :

  • Ce n’est pas clair, chaque communauté semble avoir ses règles et ses codes; parfois « ils ou elles » est inclusif, parfois il faut utiliser « iels », parfois ce n’est pas suffisant et il faut utiliser un pronom encore plus inclusif (que je ne retrouve pas présentement, désolé). Point m·é·d·i·a·n ou t-i-r-e-t ? Si on regarde les guides qui peuvent exister sur le sujet, c’est tout sauf une sinécure. Pour un informaticien, les normes sont primordiales, surtout lorsqu’il s’agit de communication entre programmes et/ou machines. Alors comment ne pas être perdu devant une proposition de langage entre humains qui n’est absolument pas normalisé ?
  • C’est dur à lire. Probablement une question d’habitude, mais « tou.te.s » je le lis « toutses », et ça n’a plus aucun sens dans mon esprit.
  • C’est encore plus dur à écrire. Déjà parce que ce n’est pas codifié, mais aussi parce que concaténer des mots par des points, lorsque j’écris du texte, ce n’est pas dans mon habitude; et quand je code, j’ai mon IDE qui m’aide.
  • Parce que je suis un vieux con réac. Après tout, on est toujours le pauvre, l’idiot ou le laid de quelqu’un. Alors, nécessairement, je suis le vieux con réac de quelqu’un.

Selon Wikipédia, il faut d’ailleurs distinguer langage épicène, qui vise à supprimer les discriminations sexistes (hommes/femmes et femmes/hommes), du langage inclusif qui vise à supprimer toute discrimination (de sexe, de genre, de physique…).

C’est donc tout sauf simple. Et il est alors très facile de gotcha quiconque, aussi bienveillant soit-il, voudrait s’essayer à l’inclusivité linguistique.

Dans cette situation, faire le choix militant de l’écriture inclusive, qu’est-ce que cela signifie ? Car le propre du militantisme, c’est de vouloir faire adhérer à ses idées ceux qui ne sont pas encore du bon côté. Et parfois, souvent, en particulier sur Internet où, hasard, la communication se fait majoritairement à l’écrit; militer se fait en reprochant à l’autre camp de ne pas suivre la bonne voie. Et lorsqu’il s’agit d’écriture inclusive, on reproche alors à ceux qui n’adoptent pas nos codes de faire usage d’une écriture qui exclue certains individus.

En 2021, il est globalement acté qu’à l’écrit, sur Internet, reprocher à quelqu’un de ne pas écrire correctement est un acte purement mauvais ne servant qu’à gonfler son égo. Mais alors, maintenant que les personnes avec un niveau moyen de maîtrise de la langue ne sont plus exclues et peuvent s’exprimer librement sur la toile; est-il raisonnable, au nom de l’inclusivité, de s’en prendre aux personnes qui n’emploieraient pas un neo-langage non codifié ? N’est-ce pas là une nouvelle forme d’exclusion ?

Je pense ne pas m’en sortir trop mal en terme d’écriture en français. Par contre, l’écriture inclusive, comme j’ai tenté de l’expliquer ici, et même si je suis tout sauf opposé à l’idée qu’il y a derrière, je suis totalement perdu avec et les quelques fois où l’on m’a reproché de ne pas l’employer, j’ai vraiment senti un malaise et une incompréhension. C’est peut-être le vieux con réac qui parle, mais je ne suis pas convaincu que l’adoption massive d’une pratique si dogmatique permette d’obtenir les profonds changements de société escomptés. Aujourd’hui, cela semble plus être une arme utilisée par certaines communautés afin de se distinguer. Faisant passer l’individu et son attachement à cette communauté avant le collectif.

Manger bouger

Via un e-mail de Strava, j’ai récemment appris qu’en 2019 j’avais passé un peu plus de 450 heures à pédaler sur un vélo.

Il est recommandé de faire au moins 30 min d’activités physiques dynamiques par jour.
[Adopter un mode de vie actif sur mangerbouger.fr]

En 365 jours, cela fait environ 1h de vélo par jour. Soit le double des recommandations.

Qu’est-ce que l’on gagne ? Cela ouvre-t-il le droit à une réduction d’impôts ou une prime à l’acquisition d’un nouveau vélo ? Rien de tout cela ? Dommage.

So what ?

I drive from Capitol Hill to Dupont Circle and back again every day. The traffic is grueling, made worse by all the people trying to stop to let someone out, to pick someone up […] Bike lanes make things safer and smoother. But not all bicyclists obey traffic laws […] don’t run a red light […]
But here’s what happened […] when I broke a traffic rule (a lesser one, in my opinion):
Late to pick up my son, I noticed a fellow parent about to vacate a spot, so I pulled over to wait for him to leave. I pulled over — into a bike lane — so I wouldn’t block traffic on Q Street NW.
[…]
One cyclist waited behind me. When it was finally time for me to pull into the spot, she came around to my window and told me that there’s a law prohibiting obstruction of the bike lane. […] She suggested I should have circled the block rather than create what was, in her view, a safety hazard. I told her that’s not the way the world works. But what I meant was, that’s not the way cities work. She was persistent but respectful and calm.

I, on the other hand, handled it very badly. On the defensive the entire time, I failed to apologize, which is the first thing I should have done […]
I applaud the education efforts of cyclists, particularly this woman’s calm in the face of my really, really obvious frustration. […]
But not every violation is a hazard. […] Better to focus on the violators who are making the roads more dangerous. (I’d start with the cyclists, but that’s just me.) And once we’ve gotten actual dangers under control, we can turn to everyone else.
[I blocked a bike lane. So what? sur WashingtonPost.com]

Je n’ai rarement vu une si belle démonstration d’égocentrisme. Ce qui est rassurant c’est de voir que le problème est bien global, et qu’une partie des automobilistes français est aussi stupide qu’une partie des conducteurs américains.

En un éclair

Le 05 octobre 2017 :

Lille est la première ville de France à accueillir les petits vélos verts de Gobee-bike, réseau de vélos en libre-service et sans station.
[…]
La petite entreprise ne craint ni les dégradations, ni les vols. Le concept est « sécurisé » et « l’esprit de communauté doit jouer ».
[L’offre de vélos en libre-service s’étoffe avec les Gobee.bike sur LaVoixDuNord.fr]

Le 26 octobre 2017 :

Les Gobee bike cartonnent depuis leur arrivée à Lille le 5 octobre. Mais une quinzaine de ces vélos verts en libre-service, sans bornes d’attache, ont été volés. Une soixantaine d’autres ont été gardés chez eux par des utilisateurs. Des dérives marginales, selon la société.
[…]
« Nous avons une forte demande et des retours très positifs. Nous mettons de nouveaux vélos en circulation dans la métropole lilloise. Il y en aura bientôt un millier au total. »
[Plusieurs dizaines de Gobee bikes volés ou privatisés sur LaVoixDuNord.fr]

Le 08 décembre 2017 :

Depuis quelques semaines, il est devenu difficile de trouver un vélo vert pomme dispo et en état de rouler dans Lille. Nous en avons fait l’expérience vendredi : 100 % des vélos trouvés dans la rue (sans passer par l’application GPS) étaient « HS ». Gobee.bike annonce le retour d’une grande partie de sa flotte aux ateliers, et une réduction du périmètre « desservi ».
[…]
Est-ce la fin de Gobee.bike à Lille et dans la métropole ? « Non », répond la start-up, via une déclaration officielle
[…]
La société dit avoir augmenté ses effectifs, avec « dix personnes dédiées à la récupération et la réparation des vélos à Lille ».
[Vélos volés ou détériorés… Gobee.bike réduit la voilure sur LaVoixDuNord.fr]

Le 09 janvier 2018 :

C’est dans une lettre adressée à ses utilisateurs que la société Gobee bike a annoncé la nouvelle : les vélos verts à Lille, c’est fini !
« Ces dernières semaines, le vandalisme et les dégâts causés à notre flotte ont atteint des limites que nous ne pouvons plus surmonter. (…) Nous avons utilisé toutes nos ressources pour remplacer la flotte avec de nouveaux Gobee, en effectuant souvent de très lourdes réparations sur les vélos endommagés. (…) C’est pourquoi, aujourd’hui, nous mettons un terme à notre service dans la ville de Lille. »
[Lille : les vélos verts Gobee bike, c’est (déjà) fini ! sur FranceTVInfo.fr]

Sans surprise. Forcément désolant de voir à quel point la stupidité des gens est prévisible.

Photo.