Con comme une brosse à chiottes

En décembre 2017, lorsque je me rendais dans le Ikea le plus proche de mon nouveau domicile pour y faire l’acquisition, entre autres choses, d’une brosse pour WC, je me souviens de deux choses dans le rayon en question : il y avait une installation qui reproduisait le trône de Game of Thrones avec des brosses à la place des épées, et en dehors de l’aspect esthétique, je choisissais ma nouvelle brosse pour son côté durable; de l’acier pour le bac et le couvercle, mais surtout une brosse remplaçable.

Pourquoi tout jeter lorsque les poils de la brosse sont en fin de service si le reste est encore en parfaite condition ?

Trois ans et demi plus tard, l’inévitable est arrivé et il est grand temps de faire ses adieux à la brosse et d’acquérir une remplaçante.
Je me dirige alors sur le site de la marque pour vérifier que la référence existe toujours* et, situation sanitaire oblige, passer commande en click&collect.

Attiré par la note relativement basse (3.5 étoiles sur 5 pour 57 avis) du produit (Des gens notes des brosses à chiottes sur Internet ? Comment peuvent-ils être déçus par des recharges ? S’ils n’aimaient pas le produit à la base pourquoi acheter des recharges ?) je décide de lire les commentaires et la bêtise humaine se présente une nouvelle fois à nu devant mes yeux :

Je n’arrive pas à comprendre comment quiconque pourrait acheter ce produit sans réaliser qu’il ne s’agit pas d’un ensemble fonctionnel complet mais uniquement de pièces de rechange.
Sur le site, c’est parfaitement visible, et la description du produit indique clairement Brosse de rechange. En magasin, avec l’objet en main, impossible de se tromper, non ?

En plus d’avoir fait une erreur grossière, ces personnes sont tellement dénuées de toute humilité qu’elles considèrent que la faute repose totalement sur le commerçant; à tel point qu’il leur apparaît nécessaire de faire la démarche de partager cette critique au monde entier en postant un commentaire sur la page produit.

Incroyable. Vraiment.

En conséquence, si l’on connaissait déjà con comme un balai, je propose d’introduire cette nouvelle expression, à la fois plus sale et plus précise.

* Malheureusement, il semblerait que tant la brosse pour WC que les brosses de rechange ne soient plus produites et que la marque écoule actuellement son stock. Triste nouvelle pour le côté durable. Cependant, ayant fait l’acquisition d’un lot de deux brosses de rechange (le remplacement a été fait avec succès !), et à raison de quarante deux mois d’usage par brosse, cela signifie que je devrais quoi qu’il arrive pouvoir entretenir mes toilettes sans devoir racheter de brosse complète jusqu’en… 2028. Des bouleversements divers ont le temps de se produire d’ici là !

Exclure par l’inclusion

En début de semaine, je lisais l’édito du dernier numéro d’un magazine dédié au vélo de route autrement, dans lequel le rédacteur en chef expliquait le choix fait par la rédaction d’utiliser l’écriture inclusive dans leurs articles.

Par rapport au magazine, cette décision ne me choque pas. Au contraire. Et c’est d’ailleurs pourquoi j’avais vite compris que je n’étais pas la cible de ce titre et avais arrêté de le lire après quelques numéros.

Un tel choix, comme l’indique parfaitement Alain Puiseux dans son édito, c’est un acte militant. Cela exprime avant tout une position, plus qu’autre chose.

A titre personnel, l’écriture inclusive est quelque-chose qui m’interroge et avec lequel je suis tout sauf à l’aise :

  • Ce n’est pas clair, chaque communauté semble avoir ses règles et ses codes; parfois « ils ou elles » est inclusif, parfois il faut utiliser « iels », parfois ce n’est pas suffisant et il faut utiliser un pronom encore plus inclusif (que je ne retrouve pas présentement, désolé). Point m·é·d·i·a·n ou t-i-r-e-t ? Si on regarde les guides qui peuvent exister sur le sujet, c’est tout sauf une sinécure. Pour un informaticien, les normes sont primordiales, surtout lorsqu’il s’agit de communication entre programmes et/ou machines. Alors comment ne pas être perdu devant une proposition de langage entre humains qui n’est absolument pas normalisé ?
  • C’est dur à lire. Probablement une question d’habitude, mais « tou.te.s » je le lis « toutses », et ça n’a plus aucun sens dans mon esprit.
  • C’est encore plus dur à écrire. Déjà parce que ce n’est pas codifié, mais aussi parce que concaténer des mots par des points, lorsque j’écris du texte, ce n’est pas dans mon habitude; et quand je code, j’ai mon IDE qui m’aide.
  • Parce que je suis un vieux con réac. Après tout, on est toujours le pauvre, l’idiot ou le laid de quelqu’un. Alors, nécessairement, je suis le vieux con réac de quelqu’un.

Selon Wikipédia, il faut d’ailleurs distinguer langage épicène, qui vise à supprimer les discriminations sexistes (hommes/femmes et femmes/hommes), du langage inclusif qui vise à supprimer toute discrimination (de sexe, de genre, de physique…).

C’est donc tout sauf simple. Et il est alors très facile de gotcha quiconque, aussi bienveillant soit-il, voudrait s’essayer à l’inclusivité linguistique.

Dans cette situation, faire le choix militant de l’écriture inclusive, qu’est-ce que cela signifie ? Car le propre du militantisme, c’est de vouloir faire adhérer à ses idées ceux qui ne sont pas encore du bon côté. Et parfois, souvent, en particulier sur Internet où, hasard, la communication se fait majoritairement à l’écrit; militer se fait en reprochant à l’autre camp de ne pas suivre la bonne voie. Et lorsqu’il s’agit d’écriture inclusive, on reproche alors à ceux qui n’adoptent pas nos codes de faire usage d’une écriture qui exclue certains individus.

En 2021, il est globalement acté qu’à l’écrit, sur Internet, reprocher à quelqu’un de ne pas écrire correctement est un acte purement mauvais ne servant qu’à gonfler son égo. Mais alors, maintenant que les personnes avec un niveau moyen de maîtrise de la langue ne sont plus exclues et peuvent s’exprimer librement sur la toile; est-il raisonnable, au nom de l’inclusivité, de s’en prendre aux personnes qui n’emploieraient pas un neo-langage non codifié ? N’est-ce pas là une nouvelle forme d’exclusion ?

Je pense ne pas m’en sortir trop mal en terme d’écriture en français. Par contre, l’écriture inclusive, comme j’ai tenté de l’expliquer ici, et même si je suis tout sauf opposé à l’idée qu’il y a derrière, je suis totalement perdu avec et les quelques fois où l’on m’a reproché de ne pas l’employer, j’ai vraiment senti un malaise et une incompréhension. C’est peut-être le vieux con réac qui parle, mais je ne suis pas convaincu que l’adoption massive d’une pratique si dogmatique permette d’obtenir les profonds changements de société escomptés. Aujourd’hui, cela semble plus être une arme utilisée par certaines communautés afin de se distinguer. Faisant passer l’individu et son attachement à cette communauté avant le collectif.

Histoire de sel

Non, on ne va pas parler vélo, mais bien chlorure de sodium.

Si dans mon alimentation, surtout en cette période de canicule, j’utilise du Sel de Guérande, j’ai aussi dans ma liste de course du simple sel de table pour ma Rhino Horn – produit génial au passage; article à venir ?

C’est ainsi que depuis plusieurs années j’ai pour habitude d’acheter des boîtes de Sel fin iodé de 500g de la marque Cérébos.

En ouvrant la dernière boîte achetée, j’aperçois en bas de celle-ci une écriture bleu-verte avec laquelle mon cerveau ne semble pas être familier. Je peux ainsi lire Équilibre -33% de sodium* Tout le bon goût du sel. Intrigué, je regarde les ingrédients et constate qu’en plus du sel, du chlorure de potassium a été ajouté.

Étrange. Auraient-ils cherché à commercialiser du sel allégé, façon aspartame ?

Je goûte. Forcément c’est différent car je suis habitué au goût du Sel de Guérande. Finalement je procède à mon nettoyage nasal juste après avoir ajouté sel NORMAL dans ma liste de courses.

Fast forward quelques jours plus tard où je me rend dans mon Carrefour local, rayon sel. Avec l’indication NORMAL, je suis cette fois très attentif et décide d’investiguer.
Je retrouve bien le sel fin iodé que j’achète habituellement, mais celui-ci est collé au sel équilibre que j’ai pris par erreur la fois précédente.
Plus intriguant, les boîtes ont exactement la même taille et en dehors de la différence de couleur (bleu contre bleu-vert) il est quasiment impossible de les distinguer sans faire particulièrement attention.
C’est alors que je regarde les étiquettes de prix :

[Captures issues de lebondrive.fr pour le magasin en question]

Oui. Il n’y a pas d’erreur. Même si les boîtes font exactement le même volume, l’une contient 500g de produit quand l’autre n’en contient que 350g. Ce qui n’empêche pas la seconde d’être vendue 319% plus cher. Faisant une différence au prix au kilo de près de 500% !
Tout ça pour… -33% de sodium.

Mais alors, pourquoi ?

Si j’étais déjà bien renseigné sur la question de l’influence de la consommation de sodium sur la pression artérielle pour avoir mené quelques expérimentations personnelles sur le sujet, ce que je savais moins était le rôle qu’a le potassium dans ce marqueur physiologique.

Il semblerait donc qu’en soit ce sel équilibre soit un produit intéressant car non seulement à volume équivalent de poudre (dans la main) il permet de réduire la quantité de sodium ingérée, tout en apportant un apport supplémentaire en potassium, ce qui en théorie devrait amener à faire baisser la pression artérielle des consommateurs. Parfait, non ?

Pas tout à fait…

Tout d’abord car les emballages sont totalement trompeurs. J’estime être un consommateur attentif, je n’ai pas l’habitude de mettre n’importe quoi dans mon panier, j’analyse systématiquement les rayons pour savoir ce qui est nouveau, ce qui n’est plus là, ce qui a été déplacé… et pourtant j’ai fait l’erreur de prendre le mauvais produit. Alors les personnes faisant leurs courses de manière plus distraite tomberont forcément dans le panneau.
Et cela peut devenir problématique car, comme c’est indiqué sur la boîte, le sel équilibre est déconseillé aux personnes suivant un régime pauvre en potassium et dans le même temps il n’a pas été iodé. Non seulement il peut créer un excès nocif mais il peut aussi favoriser une carence.
Enfin il y a vraisemblablement une volonté d’arnaquer le consommateur avec un choix de contenants quasi-identiques pour des contenus totalement différents. Le chlorure de sodium a une masse volumique de 2,17 g·cm-3 quand le chlorure de potassium en a une de 1,98 g·cm-3. En sachant que le second est présent à 33% dans le sel équilibre, une différence de masse volumique de 8,8% ne peut pas expliquer une différence de contenu de 30%. Et encore moins une différence de tarif de 500% quand le chlorure de potassium de qualité alimentaire peut se trouver au détail à moins de 10€/kg.

Moralité, quand on achète du sel, il faut le prendre with a pinch of salt.

L’ennemi du bien

le mieux est l’ennemi du bien : On peut gâter une bonne chose en voulant la rendre meilleure.
[wiktionary.org]

Cette semaine sur mon fil Twitter j’ai vu passer cette infographie de l’ADEME :

Rien que le titre m’a agacé et devant l’absence de sources, j’ai décidé d’aller plus loin comme suggéré.

De base j’ai confondu l’ADEME avec le CEREMA alors forcément je ne voyais pas trop pourquoi ils venaient donner leur avis sur le télétravail. Renseignements pris, ce genre de contenu semble plus logique venant de l’ADEME.

Suite à une recherche web j’arrive sur une page du site de l’agence intitulée 10 bons gestes numériques en télétravail.

Si ça commence bien « Le télétravail évite de nombreux déplacements, réduit nos émissions de gaz à effet de serre et améliore la qualité de l’air » ça se gâte immédiatement « Mais les pratiques numériques ont aussi des impacts. Alors comment adopter les bons gestes ?« .

De base c’est absurde d’établir qu’une pratique est plus vertueuse qu’une autre pour immédiatement assener que changer de paradigme n’est pas suffisant, il est encore nécessaire de faire des efforts personnels pour faire encore mieux.
De plus on parle de télétravail. Travail. Une activité à laquelle des milliards d’individus sont contraints quotidiennement. Et cette communication vient donc demander à chacun de prendre leurs propres responsabilités dans l’intérêt commun. Il n’est pas ici question de parler des gestes du quotidien que l’on fait sur notre temps personnel mais bien sur notre temps professionnel. Tu es forcé d’aller bosser, maintenant c’est à toi de t’assurer que tu bosses vert, sinon t’es une sacrée ordure.
Enfin, dans le cadre de la crise sanitaire que l’on traverse, oser venir demander aux particuliers de prendre le temps de faire des petits gestes pour la planète me semble lunaire. Comme-ci les gens n’avaient pas suffisamment de problèmes à gérer chaque jour entre l’adaptation nécessaire à cette nouvelle organisation du travail, tant pour la communication avec les collègues que l’organisation personnelle suite à l’invasion soudaine de l’espace privé par le travail, la potentielle surcharge d’activité, les craintes liées à l’avenir économique personnel et national et surtout l’inquiétude pour sa santé et celle de ses proches. Non vraiment, c’est le bon moment pour demander aux gens de ne pas oublier d’éteindre leur box avant d’aller dormir. Clairement.

« Les échanges numériques se multiplient avec les nombreux salariés en télétravail. Les réseaux sont très sollicités et des risques de saturation peuvent exister. » Quel est donc le rapport entre l’environnement (les émissions de gaz à effet de serre) et la saturation des réseaux de communication ? Certes il en existe un indirect, mais les besoins en énergie des infrastructures de communication numérique et la saturation de celles-ci sont deux choses bien distinctes. Ne confondons pas tout.

« Des experts affirment qu’aujourd’hui le numérique est responsable de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et, au rythme actuel, ce chiffre pourrait doubler d’ici 2025. » Qui sont ces experts exactement ? Où sont les sources* ? Et surtout utiliser une valeur relative (4% des émissions globales) ça n’a aucun sens. Si effectivement on passe à 8% d’ici 2025 mais que dans le même temps les émissions globales ont été divisées par 10, cela signifie que les émissions liées au numérique auront été divisées par 5. Effectivement c’est un sacré problème ! Et toujours sur le principe des valeurs relatives, si d’ici 2025 nombre d’échanges physiques (travailleur qui prend sa voiture pour aller travailler) sont remplacés par des échanges numériques (travailleur qui reste chez lui pour travailler), au final le bilan écologique n’est-il pas positif ? Oui, ça fait augmenter la part relative du numérique dans les émissions globales, mais est-ce une mauvaise chose ?

« Le nombre d’objets connectés ne cesse de croître dans le monde. Difficile de nos jours de se passer d’un ordinateur et d’un smartphone et d’autres objets comme des montres connectées par exemple. …
La fabrication de tout ce matériel réclame des ressources dont l’extraction pose de graves problèmes environnementaux et sociaux.
 » Là encore on mélange tout. Il faut limiter l’usage de l’infrastructure numérique ou limiter la production du matériel constituant celle-ci ? J’ai du mal à suivre. Quel rapport entre télétravail et montre connectée ?

Passons aux bons gestes.

« 1. Mettre les adresses web fréquemment consultées en favoris
2. Penser à fermer les pages internet une fois votre recherche aboutie
« 
S’il fallait résumer c’est : arrêtez d’utiliser votre navigateur web. Allez acheter le journal, allez à la bibliothèque. Rechercher de l’information sur le web c’est caca. Et bien entendu, le fait que les pages web aujourd’hui pèsent extrêmement lourd, ce n’est absolument pas la faute des sites bourrés de pub. Tout comme les pages qui se rechargent automatiquement de manière régulière, ce n’est pas absolument pas la faute des sites bourrés de pub. Non. Le problème c’est la personne en télétravail qui ne pense pas à la planète car elle fait des recherches sur le web et ouvre plusieurs onglets à la fois.

« 3. Alléger les échanges sur messagerie
4. Faire le ménage dans sa boîte mail
« 
Là ils font preuve d’une belle ignorance du sujet. Avec entre autres la croyance qu’envoyer un fichier via une messagerie instantanée serait moins consommateur de ressources que de le faire par e-mail. A croire qu’ils imaginent que la messagerie instantanée est aux e-mails ce qu’une discussion de vive voix est au courrier postal. Ou encore ils s’imaginent qu’en envoyant une pièce jointe à dix personnes d’une même entreprise, ce fichier sera automatiquement stocké onze fois sur l’infrastructure.

« 6. Faire le ménage dans le Cloud »
Le grand méchant CLAUDE ! En soit c’est purement un conseil de bon sens; ne serait-ce que parce qu’en faisant un nettoyage régulier, ça aide à s’y retrouver. Mais là encore, comme on est dans un contexte professionnel, c’est différent. Ne serait-ce que parce que légalement il est nécessaire de conserver très longtemps (voire indéfiniment) des documents, il apparaît logique de ne pas vouloir supprimer systématiquement ce qui concerne le passé. Et puis il y a les consignes de la hiérarchie. Si le N+1 demande à ce que tout soit conservé dans le CLAUDE, selon l’ADEME c’est le salarié en télétravail qui est en tort ? Enfin c’est discutable mais aujourd’hui beaucoup d’entreprises se reposent sur des services de stockage dans le nuage pour leur politique de sauvegarde. Passer par ces services permet de garantir la pérennité des données. Là où un simple stockage sur le poste de l’employé n’est absolument pas suffisant. Résultat c’est bien souvent le salarié qui subit les choix de son employeur. Alors ce n’est pas à lui de corriger cela depuis chez lui.

« 7. Modérer le streaming vidéo« 
Quel rapport avec le télétravail ? Si une personne regarde des vidéos dans le cadre de son activité, c’est que c’est lié à son activité. Il faut donc qu’elle limite son activité ? Et si ce n’est pas en lien avec son activité, ça entre dans le cadre personnel et dans ce cas ça ne concerne pas le télétravail. Hors-sujet (attention, c’est un lien vers YouTube, plateforme de streaming vidéo, ne pas cliquer si vous êtes en situation de télétravail).

« 8. Utiliser le Wifi plutôt que la 4G sur les téléphones portables« 
Oui enfin ça semble être simplement du bon sens, ne serait-ce que parce que c’est souvent plus stable (et qui permet d’avoir une meilleur autonomie), le débit est généralement supérieur et surtout ça ne tape pas dans le forfait data. Rien à voir avec des question écologiques mais pourquoi pas.

« 9. Désactiver les transferts automatiques de données des téléphones portables« 
Je ne vois pas trop pourquoi spécifiquement les téléphones portables. A mon avis ça doit s’appliquer à tous les appareils.
Par contre quand ils disent « Désactivez … les mises à jour automatiques des applications mobiles » cela vient en contradiction directe de la recommandation donnée dans leur PDF La Face Cachée du Numérique disponible en bas de page : « Entretenez-les et installez des protections contre les virus et les malwares: vous éviterez des pannes et ferez des économies. » En terme de sécurité numérique, se maintenir le plus à jour possible au niveau des systèmes et des logiciels est l’une des précautions qui revient le plus. Laisser ces mises à jour se faire automatiquement semble le meilleur moyen d’avoir un système à jour, le plus sécurisé possible et donc le plus durable. A moins qu’ils estiment que c’est au télétravailleur de vérifier chaque demi-journée si des mises à jours ne sont pas disponibles ?

« 10. Et si vous aimez travailler en musique…« 
La plaisir de la découverte en écoutant la radio. Mais ils prennent vraiment les gens pour des abrutis ? Entre avoir le choix entre une dizaine de playlist majoritairement entrecoupées de dizaines de minutes de publicité, et une bibliothèque en libre accès de plus de 50 millions de titres, la découverte se fera à la radio ? Et quitte à jouer à l’idiot, devoir acheter un poste radio ça fait des ressources supplémentaires, pas bon pour la planète. Et il faut l’alimenter ce poste, alors que l’ordinateur tourne déjà. Alors ?
En soit c’est évident qu’écouter de la musique en streaming consomme plus de ressources qu’écouter la radio, mais l’argument fourni est pathétique et surtout je ne suis pas convaincu que forcer les gens à écouter RMC va en faire de bons citoyens respectueux de la planète. Et puis si on n’a même pas le droit de s’accorder ce petit plaisir d’écouter la musique de son choix pendant qu’on travaille, surtout si c’est pour s’isoler et garder sa concentration, autant faire une Xavier Dupont de Ligonnès tout de suite.

Au final on remarque que ces bons gestes n’ont rien de spécifique au télétravail mais s’appliquent tout simplement aux personnes dont l’activité nécessite l’usage régulier de ressources numériques. Hors-sujet global : 0/20.

Si vous avez bien suivi, j’ai sauté le cinquième point « 5. Limiter le poids des réunions en ligne » pour la simple et bonne raison qu’un bref passage sur leur compte Twitter permet de constater que s’ils demandent aux télétravailleurs de faire preuve de sobriété en terme de pratique de visioconférences, eux n’hésitent pas à en organiser à tour de bras.

Dans le fond je suis d’accord avec eux sur le fait qu’il est nécessaire de ne pas foncer vers la surconsommation de services numériques car le virtuel repose malgré tout sur une infrastructure et des ressources bien réelles et donc limitées. Pour autant je trouve leur communication très malvenue puisqu’elle fait porter sur le travailleur des charges qui ne sont pas les siennes et surtout faire cela en cette période de crise où rajouter de la culpabilité sur des sujets annexes n’est absolument pas la chose à faire. Surtout que tout ceci semble être basé sur des croyances personnelles plus que sur la réalité.

* Les données proviennent vraisemblablement d’un rapport de The Shift Project. Et la plupart des informations disponibles sur le sujet se réfèrent à ce dernier. Cela dit d’autres sources semblent tirer des conclusions bien différentes. En attendant d’en savoir plus, comme toujours, il est nécessaire de douter.

Inutile donc indispensable

Le tribunal judiciaire de Nanterre a ordonné mardi 14 avril à Amazon France […] de restreindre […] son activité aux seuls produits essentiels. Cette restriction s’applique « dans les 24 heures » et pour un mois.

La juridiction […] l’enjoint de restreindre son activité « aux seules activités de réception des marchandises, de préparation et d’expédition des commandes de produits alimentaires, d’hygiène et médicaux, sous astreinte d’un million d’euros par jour de retard et par infraction constatée ».
[Coronavirus : Amazon obligé de limiter son activité aux produits essentiels et d’évaluer les risques pour les salariés sur FranceTVInfo.fr]

Quelle drôle de posture à adopter que de croire que l’on peut décider, sans recul, de ce qui est essentiel ou non.

D’après les critères fournis, un masque de plongée n’est pas essentiel. Du matériel de couture n’est pas essentiel. Et que dire du filament ABS pour imprimantes 3D, complètement inutile !

Cela ressemble plus à une demi-mesure afin de faire mal au méchant Amazon tout en essayant de passer pour les gentils puisque les produits essentiels seront toujours livrables.

Malheureusement chez Amazon, jouer au plus malin c’est une pratique quotidienne :

C’est une première : Amazon va fermer l’ensemble de ses entrepôts français pendant 5 jours
[…]
L’arrêt des entrepôts aura lieu jeudi 16 avril après la matinée de travail, une fois les commandes restantes honorées, et jusqu’au lundi 20 avril inclus. Pour les salariés, cet arrêt de l’activité se fera sans pertes de salaire ni congés payés forcés. Pour compenser cette situation, Amazon envisage de demander à l’État à bénéficier du dispositif national de chômage partiel, à savoir le remboursement de 70% des rémunérations versées.
[Amazon va fermer ses entrepôts français pendant 5 jours sur Capital.fr]

On se dirige tout droit vers une belle réussite avec des clients privés de biens jugés non essentiels et le salaire des employés d’Amazon partiellement payé par les impôts.

Heureusement à la place on pourra aller se régaler d’un bon Menu Maxi Best Of, essentiel à notre survie à n’en pas douter.