Histoire de sel

Non, on ne va pas parler vélo, mais bien chlorure de sodium.

Si dans mon alimentation, surtout en cette période de canicule, j’utilise du Sel de Guérande, j’ai aussi dans ma liste de course du simple sel de table pour ma Rhino Horn – produit génial au passage; article à venir ?

C’est ainsi que depuis plusieurs années j’ai pour habitude d’acheter des boîtes de Sel fin iodé de 500g de la marque Cérébos.

En ouvrant la dernière boîte achetée, j’aperçois en bas de celle-ci une écriture bleu-verte avec laquelle mon cerveau ne semble pas être familier. Je peux ainsi lire Équilibre -33% de sodium* Tout le bon goût du sel. Intrigué, je regarde les ingrédients et constate qu’en plus du sel, du chlorure de potassium a été ajouté.

Étrange. Auraient-ils cherché à commercialiser du sel allégé, façon aspartame ?

Je goûte. Forcément c’est différent car je suis habitué au goût du Sel de Guérande. Finalement je procède à mon nettoyage nasal juste après avoir ajouté sel NORMAL dans ma liste de courses.

Fast forward quelques jours plus tard où je me rend dans mon Carrefour local, rayon sel. Avec l’indication NORMAL, je suis cette fois très attentif et décide d’investiguer.
Je retrouve bien le sel fin iodé que j’achète habituellement, mais celui-ci est collé au sel équilibre que j’ai pris par erreur la fois précédente.
Plus intriguant, les boîtes ont exactement la même taille et en dehors de la différence de couleur (bleu contre bleu-vert) il est quasiment impossible de les distinguer sans faire particulièrement attention.
C’est alors que je regarde les étiquettes de prix :

[Captures issues de lebondrive.fr pour le magasin en question]

Oui. Il n’y a pas d’erreur. Même si les boîtes font exactement le même volume, l’une contient 500g de produit quand l’autre n’en contient que 350g. Ce qui n’empêche pas la seconde d’être vendue 319% plus cher. Faisant une différence au prix au kilo de près de 500% !
Tout ça pour… -33% de sodium.

Mais alors, pourquoi ?

Si j’étais déjà bien renseigné sur la question de l’influence de la consommation de sodium sur la pression artérielle pour avoir mené quelques expérimentations personnelles sur le sujet, ce que je savais moins était le rôle qu’a le potassium dans ce marqueur physiologique.

Il semblerait donc qu’en soit ce sel équilibre soit un produit intéressant car non seulement à volume équivalent de poudre (dans la main) il permet de réduire la quantité de sodium ingérée, tout en apportant un apport supplémentaire en potassium, ce qui en théorie devrait amener à faire baisser la pression artérielle des consommateurs. Parfait, non ?

Pas tout à fait…

Tout d’abord car les emballages sont totalement trompeurs. J’estime être un consommateur attentif, je n’ai pas l’habitude de mettre n’importe quoi dans mon panier, j’analyse systématiquement les rayons pour savoir ce qui est nouveau, ce qui n’est plus là, ce qui a été déplacé… et pourtant j’ai fait l’erreur de prendre le mauvais produit. Alors les personnes faisant leurs courses de manière plus distraite tomberont forcément dans le panneau.
Et cela peut devenir problématique car, comme c’est indiqué sur la boîte, le sel équilibre est déconseillé aux personnes suivant un régime pauvre en potassium et dans le même temps il n’a pas été iodé. Non seulement il peut créer un excès nocif mais il peut aussi favoriser une carence.
Enfin il y a vraisemblablement une volonté d’arnaquer le consommateur avec un choix de contenants quasi-identiques pour des contenus totalement différents. Le chlorure de sodium a une masse volumique de 2,17 g·cm-3 quand le chlorure de potassium en a une de 1,98 g·cm-3. En sachant que le second est présent à 33% dans le sel équilibre, une différence de masse volumique de 8,8% ne peut pas expliquer une différence de contenu de 30%. Et encore moins une différence de tarif de 500% quand le chlorure de potassium de qualité alimentaire peut se trouver au détail à moins de 10€/kg.

Moralité, quand on achète du sel, il faut le prendre with a pinch of salt.

Citius, Altius, Fortius

La devise olympique est la devise des Jeux olympiques modernes, composée des trois mots latins « Citius, Altius, Fortius » qui signifient « plus vite, plus haut, plus fort ».
[Devise olympique sur Wikipedia.org]

L’exemple emblématique de ces ultra-trails annulées en raison de la pandémie de coronavirus est celui de l’UTMB, l’ultra-trail du Mont-Blanc qui n’aura pas lieu à la fin du mois d’août à Chamonix. Mais cette période compliquée a aussi permis à certains de réfléchir à l’avenir de ce genre de compétitions. C’est le cas du Jurassien Xavier Thévenard qui veut maintenant mettre en pratique son engagement écologique : il ne veut plus prendre l’avion pour aller courir à l’autre bout de la planète.
[Demain, il arrête de prendre l’avion : l’engagement du champion d’ultra-trail Xavier Thévenard sur FranceInter.fr]

Décision courageuse et très appréciable de la part de cet athlète qui n’hésite pas à mettre ses convictions avant sa carrière.

Il faut dire que vivre en accord avec soit même doit être plus simple que de subir en permanence une forte dissonance cognitive lorsque l’on pratique un sport en pleine nature tout en participant activement à sa destruction par son propre mode de vie.

Après avoir lu l’article de France Inter, je suis tombé sur cet autre intitulé Le sport de haut niveau est-il un non sens écologique ? sur le site inconnu jusqu’alors (attention à la valeur du propos) « BonPote.com ».

Et là je suis clairement dubitatif.

Déjà parce que le sport n’a pas vocation à être respectueux de l’environnement.
Certes il semble logique de se préoccuper de l’impact sur l’environnement que la pratique de certains sports peuvent avoir lorsque celle-ci a lieu en pleine nature. La détruire reviendrait alors à mettre en péril ce sport.
Mais quand on voit que les sports les plus populaires se pratiquent en immense majorité dans des lieux artificiels, on se doute que le judoka n’a pas vocation à se pourvoir en défenseur des ours polaires.
J’entends souvent les critiques vis à vis du Tour de France, pendant lequel l’ensemble du convoi incluant l’organisation, la sécurité, les médias, les sponsors, et enfin les équipes, représente un total d’engins motorisés plus important que le nombre de coureurs cyclistes au départ. Et je suis le premier à m’en désoler lorsque j’assiste à ce spectacle sur le bord des routes. Pour autant, ce n’est pas parce que la bicyclette est vue comme un moyen de transport individuel plus vertueux que l’automobile (ou l’hélicoptère) que la pratique du cyclisme sportif professionnel doit être eco-friendly.

Ensuite parce qu’il ne faut pas se tromper sur la nature du sportif de haut-niveau qui n’est autre qu’un simple acteur de divertissement. Parler de devoir d’exemplarité vis à vis de la société est une erreur. Le sportif professionnel tire ses revenus de ses sponsors/partenaires. Il n’a donc d’autre devoir qu’envers ceux-ci. Ce n’est pas un élu qui doit rendre des comptes à ses administrés et qui touche un salaire provenant des finances publiques. Si à titre personnel un sportif est un connard et diffuse des idées de merde à ses fans, c’est son problème et celui de ses sponsors. Si ses fans décident de suivre ses idées de merde, c’est leur problème. Libre à chacun de continuer à admirer ou non un sportif s’il s’avère qu’il ne partage absolument pas ses idées. Ce n’est pas à la société d’imposer à chaque individu ce qu’il doit penser en fonction de son statut dans celle-ci.

Enfin parce que l’activité d’un sport de haut niveau n’est pas que son activité. Quand un sportif traverse la planète en avion pour participer à une compétition, son impact environnemental n’est pas propre à l’individu mais partagé avec les spectateurs puisque c’est pour eux que le déplacement a été réalisé. Et c’est là toute la différence avec le monde amateur, et raison par laquelle c’est plutôt de se côté qu’il faudrait se pencher.
Quand un cycliste amateur charge son vélo dans la soute d’un avion pour aller rouler seul dans un pays lointain, de la même manière qu’il règle seul le coût du billet, le coût environnemental de ce déplacement est propre au cycliste puisque son activité ne sera partagée avec personne (à la limite avec ses pauvres amis qui devront subir la soirée diapositives de rigueur).
A l’inverse, quand une équipe cycliste européenne se rend en Australie pour courir devant des milliers de spectateurs, le coût est partagé entre toutes les personnes qui prennent part ou assistent à l’évènement.

En admettant malgré tout que cela soit vrai, que les sportifs professionnels aient un devoir d’exemplarité écologique à titre individuel, dans ce cas, quelles seraient les solutions ? Se limiter aux compétitions locales ? Quid de l’universalité du sport dans ce cas ? Remplacer les rencontres physiques par des compétitions dans un monde virtuel ? Oui mais l’impact du numérique sur l’environnement alors ?

Il ne fait aucun doute que le sport peut être un excellent vecteur pour changer de paradigme vis à vis de notre impact environnemental individuel. Pour autant je ne pense pas qu’il faille mettre tout cela sur le dos des sportifs professionnels qui ne représentent en rien la réalité du sport tel que pratiqué par la majorité et appartiennent à un monde totalement différent. Mais que cela n’empêche pas ces derniers à prendre des initiatives individuelles en accord avec eux-même, comme l’a fait Xavier Thévenard.

Inutile donc indispensable

Le tribunal judiciaire de Nanterre a ordonné mardi 14 avril à Amazon France […] de restreindre […] son activité aux seuls produits essentiels. Cette restriction s’applique « dans les 24 heures » et pour un mois.

La juridiction […] l’enjoint de restreindre son activité « aux seules activités de réception des marchandises, de préparation et d’expédition des commandes de produits alimentaires, d’hygiène et médicaux, sous astreinte d’un million d’euros par jour de retard et par infraction constatée ».
[Coronavirus : Amazon obligé de limiter son activité aux produits essentiels et d’évaluer les risques pour les salariés sur FranceTVInfo.fr]

Quelle drôle de posture à adopter que de croire que l’on peut décider, sans recul, de ce qui est essentiel ou non.

D’après les critères fournis, un masque de plongée n’est pas essentiel. Du matériel de couture n’est pas essentiel. Et que dire du filament ABS pour imprimantes 3D, complètement inutile !

Cela ressemble plus à une demi-mesure afin de faire mal au méchant Amazon tout en essayant de passer pour les gentils puisque les produits essentiels seront toujours livrables.

Malheureusement chez Amazon, jouer au plus malin c’est une pratique quotidienne :

C’est une première : Amazon va fermer l’ensemble de ses entrepôts français pendant 5 jours
[…]
L’arrêt des entrepôts aura lieu jeudi 16 avril après la matinée de travail, une fois les commandes restantes honorées, et jusqu’au lundi 20 avril inclus. Pour les salariés, cet arrêt de l’activité se fera sans pertes de salaire ni congés payés forcés. Pour compenser cette situation, Amazon envisage de demander à l’État à bénéficier du dispositif national de chômage partiel, à savoir le remboursement de 70% des rémunérations versées.
[Amazon va fermer ses entrepôts français pendant 5 jours sur Capital.fr]

On se dirige tout droit vers une belle réussite avec des clients privés de biens jugés non essentiels et le salaire des employés d’Amazon partiellement payé par les impôts.

Heureusement à la place on pourra aller se régaler d’un bon Menu Maxi Best Of, essentiel à notre survie à n’en pas douter.

France, 2019

Depuis douze ans, Gaëlle et Patrick Loosveldt ont la même habitude : pour rentrer chez eux, ils se garent sur le large trottoir devant leur maison […] Le mois d’octobre est venu bousculer cette routine. En moins de trente jours, le couple a été verbalisé huit fois […] une somme de 1 080 euros, soit 135 euros par infraction.
[…]
cette salve de contraventions est liée à un mouvement de grève qui s’est déroulé durant l’été au sein de la police municipale d’Angoulême […] Deux salariés s’estimant lésés par les négociations avec la mairie ont donc décidé de mettre la pression sur la municipalité en suscitant la colère des administrés.
[…]
Les riverains, qui déplorent être pris pour « des vaches à lait », en appellent à la municipalité, qui a récemment promis un aménagement des places de stationnement. En attendant, les habitants estiment « ne pas avoir le choix de stationner sur les trottoirs ».
[…]
Regrettant « un manque de discernement de ces agents », Xavier Bonnefont, le maire de la ville
[…]
[a] écrit à l’officier du ministère public pour réclamer l’annulation de ces amendes. « Il m’apparaît injuste et éminemment regrettable que nos habitants, souvent de condition modeste dans ces secteurs, soient contraints de payer des amendes à un taux important », estime le maire dans son courrier
[A Angoulême, des policiers verbalisent à tour de bras pour dénoncer leurs conditions de travail sur LeMonde.fr]

En résumé :

  • Des gens qui violent la loi en toute impunité depuis des années
  • Des salariés du public qui décident d’exprimer leur mécontentement envers leurs conditions de travail en faisant leur travail
  • Un élu qui user de son pouvoir pour laisser ses administrés violer la loi

Tout va bien.

Oui mais les entreprises…

« Arrêtez de taper sur l’avion », stop au « matraquage des automobilistes », halte au « viande bashing »… Chaque fois qu’une mesure est proposée pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre (GES), responsables du changement climatique, la levée de boucliers est immédiate, avec toujours le même argument : la « »vraie » pollution viendrait d’ailleurs.
[…]
les voitures des particuliers sont responsables de près d’un sixième de la contribution française au changement climatique (15,7%)
[…]
Si l’agriculture est une source majeure de gaz à effet de serre (18,9 % des émissions françaises), l’élevage représente plus de la moitié de ce total à lui seul (9,0 %), principalement celui des bovins.
[Voiture, industrie, viande… Quelles sont les causes du réchauffement climatique en France ? sur LeMonde.fr]

Je n’ai jamais compris la distinction chez les réfractaires à l’effort, entre le fait qu’ils reconnaissent que consommer de la viande puisse être néfaste pour l’environnement, mais de l’autre prétendent ne rien pouvoir faire contre la pollution ayant comme source les entreprises.
Pourtant les consommateurs de viande ne sont pas les producteurs. Ce sont bien des tierces personnes, physiques et morales, qui produisent la pollution. Mais réduire sa consommation de viande permettrait de réduire son impact environnemental.
Alors pourquoi ne serait-il pas possible de faire de même en changeant sa consommation de biens et services produits par les entreprises polluantes ?

Lors de son explosion, la bombe libère des millions de particules fines dans l’atmosphère qui génèrent une importante pollution, bien plus élevée que celle due à la circulation automobile. En 2012, Airparif a analysé la concentration des particules fines dans l’air suite au spectacle dans la capitale et a observé une augmentation de plus de 3.000 % dans la zone de tir. Le niveau retombe ensuite rapidement à la normale, mais au niveau national, la concentration en particules fines demeure encore 42 % plus élevée durant les 24 heures qui suivent un feu d’artifice
[Les feux d’artifice sont-ils polluants ? sur Futura-Sciences.com]